En se qualifiant pour le second tour dans l’indifférence générale, Marine Le Pen a validé sa fameuse stratégie de dédiabolisation. Son Front National était officiellement consacré comme l’un des plus grands partis de France. Aujourd’hui, tout est (déjà) beaucoup plus compliqué.
 

Macron, le meilleur adversaire du FN
 

Lundi 24 avril, au lendemain du premier tour de l’élection, le début de campagne, ou, plutôt, de non-campagne, d’Emmanuel Macron, a laissé craindre quelques jours du pire. L’ancien ministre ne semblait même plus concerné et son silence du lundi avait succédé à une soirée de victoire présidentielle dans une brasserie huppée, La Rotonde. Pendant ce temps, Marine Le Pen parlait, bougeait, montrait qu’elle avait anticipé ce second tour, face à ce qui était le meilleur adversaire possible pour elle, le plus inexpérimenté et, surtout, lui permettant de déballer sa rhétorique sur l’opposition entre le mondialisme qu’incarne Emmanuel Macron et sa préférence nationale.

Alors, on se dit que, finalement, tout n’est pas joué.

Tout s’est inversé lors de la désormais fameuse visite de l’usine Whirpool, à Amiens. 
L’histoire, on la connaît, Marine Le Pen arrive en messie face aux employés en souffrance, alors qu’Emmanuel Macron reste en retrait des caméras avant de se montrer, essuyant une volée de huées. Seulement, son Facebook live, réalisé dans des conditions difficiles, face à des ouvriers, pendant plus d’une heure, à couteaux tirés, a commencé à renverser la table. Ce qui s’apparentait à un piège très bien tendu par Mme Le Pen s’est retourné contre elle. Cette erreur est évidemment totalement indépendante de sa volonté. Evidemment ? Certaines semblèrent au contraire volontaires. De manière à rester encore un puissant pouvoir d’opposition ? La question se pose.
 

Un accord contesté
 

L’accord de gouvernement signé avec Nicolas Dupont-Aignan peut poser plus de questions. Le fondateur de Debout la France n’avait pas grand intérêt à signer cet accord, qui lui fera tout perdre si le FN ne gagne pas dimanche. Tout, sauf peut-être un accord financier en vue du remboursement de sa campagne, puisqu’il n’a pas atteint les 5% de voix requis pour le remboursement de celle-ci. L’annonce de cet accord a été très mal reçue par les votants du maire de Yerres et ne garantit clairement pas à Mme Le Pen d’empocher les 4,6% de votants que lui « assurait » l’accord. Finalement, tout cela contribue surtout à affaiblir encore la droite, que grignote peu à peu le Front National, cultivant l’ambition non dissimulée de représenter à présent la seule alternative crédible sur ce bord de l'échiquier, face à la crise que vont traverser Les Républicains. Ainsi, Marine Le Pen place encore ses galons, comme si les élections « intermédiaires », à commencer par les législatives, puis 2022 étaient devenus les priorités face à la mauvaise tournure que semblent prendre les événements.
 

Un débat bâclé
 

Face à ce constat, le débat aurait pu être l'occasion pour Marine Le Pen de faire briller ses idées, face au candidat qu'elle considérait comme parfait adversaire. Absolument pas. Dans un refus absolu d'échange et de débat, elle a fait échouer ce grand moment de politique. Son image resteront dans les têtes comme la représentation de cette élection : violente et insupportable. Ce débat, elle l’avait préparé, comme le montraient ses nombreux dossiers face à elle. Seulement, ses incohérences et son refus de présenter son programme ont laissé l'impression qu'elle se mettait délibérément hors-jeu, comme si elle était bien plus à l'aise dans ce contre pouvoir conférant toute sa légitimité à sa rhétorique anti système. Tout ça pour ça ? Et si Marine Le Pen savait qu'elle ne voulait pas être présidente ? La question est provocante, mais le débat mérite d'être mis sur la table. Au plus grand dam de ses électeurs.

PAR THÉOPHILE PEDROLA
PHOTO CREATIVE COMMONS

Les incohérences de Marine Le Pen et son refus de présenter son programme ont laissé l'impression qu'elle se mettait délibérément hors-jeu, comme si elle était bien plus à l'aise dans ce contre pouvoir conférant toute sa légitimité à sa rhétorique anti système.

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