Des rencontres passionnantes

 

Un peu au dessus de la Place du Vieux-Marché, historiquement connue comme étant le lieu où Jeanne d’Arc a été brûlée en 1531, ils rencontrent un trentenaire blond à la croisée des deux mondes : « La nuit je dors dans la salle d’attente des Urgences de Rouen. Mais j’ai repris les études, nous explique-t-il humblement. Je suis dans un lycée hôtelier et je vais avoir un logement bientôt. Mais pour l’instant je vis grâce aux associations comme la vôtre. » Souriant, il les amène au local de l’association SHMA qui donne des repas gratuitement à ceux qui sont dans le besoin. Bruno et Mathilde jouent les Pères Noël et distribuent joyeusement les paquets tout en discutant et blaguant. Tout le monde se précipite en voyant les paquets emballés, appréciant cette petite attention qui signifie beaucoup. Une dizaine d’hommes les entourent, les yeux rivés sur les sacs débordant de présents. Mais ce n’est pas la cohue. Ils attendent tous patiemment qu’un cadeau leur corresponde et une fois qu’ils ont ce qui leur convient, ils s’écartent et laissent la place aux autres. Étonnamment, ils n’arrachent pas le papier cadeau. Quand on recroise le groupe d’hommes un peu plus tard, certains ont encore le paquet sous le bras.

 

Alors que Mathilde et Bruno s’apprêtent à remonter vers la gare, ils se font alpaguer par un groupe de trois sans-abri, dont Bruno, pour qui c’est la deuxième maraude, reconnait un membre : « Ah ! Mimile le Breton ! », salue-t-il allègrement. Après de joyeuses accolades et deux tournées de café chaud, Mimile et ses compagnons se tournent vers Bruno : « On t’a cherché ! Alors, tu as repris notre idée ? C’est bien ça ! » Lors de sa précédente maraude, l’un des hommes du groupe, un Calaisien, lui avait conseillé de porter les cagettes qui servent au service du café autour du cou grâce à une sangle, laissant ainsi les mains libres à la personne. L’idée a été rapportée et appliquée directement, pour la plus grande fierté de Mimile, dont un sourire barre le visage. La discussion va bon train et dérive sur ses tatouages : « Je les ai fait en prison. On prend des morceaux de plastique, on  les brûle, on ajoute des cendres de cigarettes, on mélange avec du savon et on perce la peau avec une lame de rasoir », explique-t-il avec son accent du Nord. « J’en ai même en couleur ! » ajoute-t-il avant de s’empresser de nous montrer. « Tu rajoutes juste de l’encre de stylo quatre couleurs ».
Le temps file. Il est plus que l’heure de retourner à la gare. Promesses de se revoir, remerciements et bises s’échangent entre les volontaires et les sans-abri. Des liens créés en quelques minutes qui laissent des sourires sur tous les visages. Des petites attentions qui font du bien et qui rendent Noël un peu unique.



Cécile Lemoine, à Rouen
Photos Cécile Lemoine / LPA

Deux volontaires de l'ordre de Malte dans les rues de Rouen (Cécile Lemoine/LPA)