L’ouragan Matthew a ravagé l’île d’Haïti, entre jeudi et vendredi, faisant au moins 850 morts. L’île des Caraïbes, malheureusement coutumière de catastrophes naturelles, pourra-t-elle s’en relever ?

 

Une île habituée aux violences de la météo
 

Chaque heure, le bilan ne cesse de s’alourdir. 100, 300, 400, puis 850 victimes seraient à déplorer après le passage de l’ouragan Matthew, le plus puissant depuis une décennie à être passé par l’île. Il faut dire qu’Haïti présente de nombreuses caractéristiques favorisant l’apparition de tels monstres de puissance : une région tropicale, une température de l’eau élevée et une atmosphère souvent instable car l’île est sur la « route » des perturbations venues d’Afrique de l’Ouest. Haïti présente de plus le défaut d’être extrêmement soumise à la déforestation. Les arbres peuvent endiguer en partie l’effet du vent en le retenant, ce qui n’est plus possible sur l’île. 
Le cyclone Matthew a atteint la catégorie 5, la plus haute possible sur l’échelle de Saffir-Simpson. Le dernier à avoir atteint cette puissance dans l’Atlantique avait eu lieu en 2007. Il faut également d’ores et déjà surveiller le cyclone Nicole, actuellement en catégorie 2, qui suit de près Matthew et qui fond sur Haïti, à peine remis du premier déluge. 
L’île est donc particulièrement habituée à ces phénomènes. Certains « coups de vent » sont moins médiatisés mais également très violents : l’année dernière, de nombreux typhons s’y étaient abattus. Depuis 2000, le Centre national des cyclones a décompté 242 ouragans ou tempêtes tropicales dans la région du golfe du Mexique.

 

Que faire face à la menace ?
 

C’est tout le dilemme d’Haïti. S’il est possible de prévoir relativement à l’avance l’arrivée de ces typhons, prévenir la population peut souvent s’avérer difficile. Nombreux sont ceux habitant dans des zones reculées, où l’information peut mettre du temps à arriver. De même, il n’est pas rare que certains refusent de quitter leur maison, de peur des pillages, assez fréquents. 
En outre, l’Etat dispose de moyens extrêmement limités. Dans une situation économique délicate depuis de nombreuses années, l’île a déjà dû engager de conséquentes dépenses en 2010 après le séisme qui avait fait plus de 200 000 morts sur la péninsule. Aujourd’hui, il est presque impossible pour le gouvernement, très instable qui plus est, d’organiser une aide humanitaire en quantité et en qualité : l’ONU estime que 350 000 personnes ont besoin d’assistance en urgence. L’eau potable, les soins, la nourriture viennent à manquer et les médecins craignent que ce manque de soins puisse engendrer l’apparition d’une épidémie de choléra. 

L’aide internationale se met petit à petit en place. L’UE a promis une enveloppe de 255 000 euros, qui sera évidemment trop modeste pour assurer tous les besoins. François Hollande assurait vendredi sur ses réseaux sociaux qu’« un Falcon 50 des forces armés [avait] effectué des vols de reconnaissance afin d’évaluer les dégâts. » Il avait également assuré qu’un avion « sera affrété pour transporter 32 tonnes de matériel humanitaire. » Comme le rappelait vendredi Jean-Michel Caroit, correspondant du Monde en République Dominicaine, la France a toujours su « mobiliser rapidement ses moyens depuis la Guadeloupe et la Martinique. » face aux catastrophes dans les Caraïbes.
Les appels aux dons sont en tout cas déjà bien lancés, par Action contre la faim, Care, la Croix-Rouge ou Handicap International. Seulement, n’oublions pas que le séisme de 2010 avait été marqué par la grande désorganisation entre les agences internationales et les ONG qui avaient débarqué en nombre à Haïti. 
Il s’agit là sans doute du plus grand défi qui attend la coopération internationale face à ce nouveau désastre subi par les Haïtiens.



Théophile Pedrola
(Crédits photo : Hector Retamal / AFP)