Mia Madre, la confusion face à l'inévitable

Nanni Moretti présente dans Mia Madre l’histoire d’une cinéaste troublée par la maladie de sa mère. Un film mêlant les générations et les émotions inspiré de la propre existence du réalisateur italien.

Dans le monde du cinéma italien, les grands noms font partie du passé. Pasolini, Fellini, Monicelli, Leone… le cinéma doit beaucoup à ces réalisateurs transalpins mythiques. Et si la génération suivante parvient moins à s’exporter internationalement, elle peut compter sur un fer de lance d’immense talent en la personne de Nanni Moretti. Quatre ans après Habemus Papam, le réalisateur est retourné au travail pour nous livrer Mia Madre, un film s’inscrivant à la fois dans la tradition de son œuvre et y apportant une vision novatrice. Dans le film, Margherita Buy, qui joue la protagoniste principale, une réalisatrice répondant au nom de Margherita, doit faire face à la situation difficile de sa mère atteinte d’une maladie à l’issue quasiment irréversible. Moretti a commencé à écrire le scénario de Mia Madre juste après que sa mère soit morte, le film faisant donc écho à la vie personnelle de son réalisateur, qui paraît se représenter à travers le personnage de Margherita. A certains moments même, le frère de cette dernière, joué par Nanni Moretti, donne des conseils à sa sœur sur sa façon de voir le quotidien, les autres, mais aussi le cinéma. Difficile d’affirmer si Moretti a voulu se mettre en scène, comme il a l’habitude de le faire, ou bien tout simplement baser son film sur un élément de sa propre vie. Au-dessus de cela, Mia Madre est une œuvre jouant sur les niveaux et sur les différences : on bascule souvent dans les rêves et les cauchemars de Margherita, qui n’arrive pas à penser à autre chose qu’à sa mère qui peut mourir à n’importe quel instant. Tiraillée par ce qui arrive, elle éprouve le plus grand mal à réaliser le film qu’elle est en train de tourner, pas aidée par Barry Huggins, l’acteur américain interprété par un John Turturro génial.
D’un contexte qui ne prête pas à sourire, Nanni Moretti n’a pas choisi la carte du tire-larmes, préférant offrir à son public un méli-mélo de rires et de pleurs, même si les premiers prennent le plus souvent le dessus grâce à des personnages secondaires remarquables.
Dans sa tristesse, le personnage de Margherita contraste avec les autres figures féminines, que ce soit sa mère ou sa fille, qui apportent au film l’aspect d’héritage générationnel – Margherita se demandant à un moment ce qu’elle va faire de tous les livres se trouvant chez sa mère. Le rapport entre la vie personnelle et la vie professionnelle de Margherita est à la base du film, et l’évolution de son caractère tout au long de celui-ci est rythmée par la santé de sa mère, qui elle-même influe sur son autorité de réalisatrice et son rapport au réel.
En moins de deux heures, Nanni Moretti parcourt ainsi de nombreux thèmes qui lui sont chers, pour parler de lui sans parler de lui, et, si son scénario est parfois un peu alambiqué, ce n’est qu’un moyen de mener le spectateur vers l’issue du film, extraordinaire de beauté et d’émotion, tout comme l’œuvre cinématographique qu’elle conclut.

Mia Madre, un film de Nanni Moretti, actuellement au cinéma.


 

AFP