Arnaud Montebourg était cette semaine le premier invité de la saison des Mardis de l’ESSEC. Nous y étions, voici ce que nous en avons retenu.

Ah Arnaud Montebourg, cet homme politique grande gueule qui aime jouer avec son image pour faire vendre et rassembler. En ce mardi 27 septembre, ce n’est pas un meeting qui l’attend dans le grand amphithéâtre de l’ESSEC, mais une série de questions sur sa carrière et son programme, en vue de sa candidature déjà annoncée aux prochaines élections présidentielles. Après une introduction assez aristocratique de sa personne par deux étudiants de l’école de business, l’homme de gauche commence par rappeler que, malgré son nom à consonance noble, il n’est en aucun cas originaire de ce milieu social, nous apprenant que « [son] grand-père était boucher-charcutier, en face la gare (sic) » de la ville d’Autun, en Bourgogne.
Montebourg, homme du peuple pour le peuple, une image de marque ? A 53 ans, il semble être passé par tous les états dans sa carrière. Débutée comme avocat il y a presque trente ans, il quitte le métier au débute des années 2000 pour se reconvertir dans la politique. Mais là aussi, la lassitude (forcée ?) se fait sentir et, à la suite de son éviction du gouvernement Valls l’année dernière, il se tourne vers l’entrepreneuriat et intègre le conseil de surveillance de l’entreprise d’électroménager Habitat. Un choix guidé par l’envie de réaliser « un vieux rêve » mais également par une volonté de « ne plus vivre de la politique », un milieu où il commençait à ressentir « de la lassitude et de l’inutilité ».


« Rassembler, c’est à la portée de la main »

Désormais de retour dans un monde politique qu’il n’aura pas quitté longtemps, Arnaud Montebourg revient avec l’ambition de redonner à la gauche ses lettres de noblesse. Pour lui, faire changer les choses, c’est « dans l’ADN » de son camp politique, en qui il fait toujours confiance. Cette partie de son intervention est marquée par un mot d’ordre : rassembler. Artisan et grand partisan des primaires « pour le bien de la démocratie », il croit en « la mécanique du rassemblement » à gauche de l’échiquier politique, afin de parvenir au choix d’un candidat unique pour l’échéance du printemps prochain. Le problème, selon ses dires, c’est qu’« il y a trop de conservateurs » et que les progressistes ne sont plus nombreux. L’ancien ministre de l’économie et du redressement productif, lui, n’a pas peur de se revendiquer de la seconde catégorie.

« Les syndicalistes savoyards m’ont offert des opinels en aluminium »

Interrogé ensuite sur son bilan ministériel en demi-teinte, Arnaud Montebourg le défend vigoureusement. Certes, il y a eu des grands échecs, comme Petroplus, l’usine PSA d’Aulnay et Goodyear… L’intéressé ne les oublie pas, mais met en avant ce qu’il a fait de bien : grâce à lui, « Renault a embauché par milliers » et relocalisé « 300 000 véhicules sur le territoire français ». Quant à l’exploitation d’aluminium dans la vallée de la Maurienne, Montebourg l’a récupérée des mains de la multinationale anglo-australienne Rio Tinto pour conserver le « made in France » qui lui est si cher. En guise de cadeau, les syndicalistes savoyards lui ont offert « des opinels en aluminium ». Drôle d’anecdote pour défendre une action ministérielle davantage portée sur les sauvetages désespérés que sur une politique macro-économique active… L’ex-ministre en profite au passage pour lancer une petite pique à son successeur à l’économie Emmanuel Macron, à qui il reproche d’avoir « dilué les plans industriels qu’il a enclenchés » lors de ses mois à Bercy.

« Revenir au plein emploi, c’est possible »

En candidat à la présidentielle digne de ce nom, la star de la soirée est interrogée sur les grandes valeurs mises en avant dans son programme.
La première, c’est le plein emploi. Arnaud Montebourg place son atteinte comme l’un des objectifs principaux de son éventuel quinquennat, et annonce la couleur sur la manière d’y parvenir : « il faut se concentrer sur la croissance. En voulant lutter contre le déficit, on ne fait que le creuser ». Pour faire valider cette idée, celui qui prône un retour aux vraies valeurs de la gauche se sert de la réussite de la politique du président américain Barack Obama, fondée sur la croissance, et qui a largement fait baisser le taux de chômage outre-Atlantique.
Dans le cas de la France, l’ex-avocat est catégorique : « Si nous n’avons pas 1,6 ou 1,7% de croissance chaque année, nous ne pourrons pas nous développer ». Un bon moyen pour essayer de faire assimiler au public une politique très ambitieuse, qui apparaît aujourd’hui comme une utopie perdue dans un futur incertain. Arnaud Montebourg avoue lui-même qu’il ne pourra tenir cet engagement : son objectif quinquennal dans le domaine consisterait donc à « diminuer le chômage d’un point et demi et la dette de dix points », pour amorcer un retour au plein emploi à plus long terme.
S’il compte bien lutter contre la pauvreté, Arnaud Montebourg n’est toutefois pas nécessairement favorable à la mise en place d’un revenu garanti*. « Il y a un certain nombre de problèmes préalables à sa mise en place », avoue-t-il. En cause notamment, le fait qu’un revenu universel comme celui-ci revienne « à dépolitiser la protection sociale, à abandonner l’idée d’Etat Providence ». Si argent il y a pour des dépenses dans le social, le futur candidat à la primaire de la gauche préfère l’utiliser « dans une formation personnalisée pour les chômeurs ».


« Refaire la France passe par le service national »

Le deuxième pilier du programme d’Arnaud Montebourg, c’est sa volonté de lutter efficacement contre le terrorisme. Selon lui, « on ne se sortira pas du terrorisme sans la mobilisation de l’ensemble de la société française ». Cette mobilisation, elle passe dans son programme par un retour du service national, qui durerait « six mois » et permettrait aux jeunes Français de « partager avec d’autres compatriotes des devoirs nationaux », et de lutter ainsi contre une tendance à la non-mixité sociale de plus en plus marquée dans l’Hexagone. Ce service national servirait, dans la pratique, à pallier le manque d’effectifs sur le terrain, car, comme aime à le rappeler Montebourg, « Nicolas Sarkozy a retiré la police de proximité et dissout le renseignement de proximité ». S’engager à rattraper les erreurs des autres, décidément une habitude en politique.

« On ne sort pas de la crise par l’austérité »

Arnaud Montebourg se montre également très critique envers l’action de l’Union européenne. Sans être eurosceptique pour autant, il utilise des termes forts pour montrer son désaccord avec la politique de Bruxelles. Il considère ainsi les règles établies lors du traité de Maastricht comme « obsolètes et caduques » et accuse les dirigeants européens de vivre dans leur propre bulle : « ils sont les seuls à ne pas comprendre qu’on ne sort pas de la crise par l’austérité ! » Le socialiste est en faveur de « règles évoluant dans l’intérêt [des pays membres] », offrant à ceux-ci la possibilité d’« avoir le choix », ce qui, pour lui, n’est pas le cas aujourd’hui. Sur ce sujet, Arnaud Montebourg prévient enfin : « notre prochain gouvernement sera peut-être le dernier gouvernement pro-européen ».

« La VIème République changerait la conversation politique du pays »

 

S’il est élu président, Arnaud Montebourg l’a promis : il mettra en place une VIème République. Quelles seraient ses principales caractéristiques ? L’homme de gauche en liste plusieurs à l’ESSEC : « la transformation en profondeur du Parlement et du Sénat, la mise en jeu de la responsabilité des ministres indépendamment de la motion de censure votée, la suppression de plusieurs autorités administratives indépendantes dans le secteur économique, et le tirage au sort de la moitié des parlementaires sur les listes électorales (100 sénateurs sur les 200 sièges dans le nouveau Sénat, ndlr) ». La mise en place d’une sixième version de la République constitue pour Montebourg une nécessité car, actuellement, « l’empilement législatif et l’inflation normative » sont autant d’éléments qui contribuent à « la destruction du respect pour le bien public ».
Remettre les citoyens au cœur du débat politique par le tirage au sort, et accorder à ces citoyens « un droit d’évaluation » sur les décisions gouvernementales, voilà ce que souhaite ouvertement Arnaud Montebourg. Si cela permettra vraiment, dans les faits, de « changer la conversation politique » comme il l’affirme haut et fort, difficile à dire. Sa VIème République verra-t-elle un jour le jour ? La primaire de la gauche nous apportera les premiers éléments de réponse, mais, au vu des dernières rumeurs sur sa campagne, l'avenir ne s'annonce pas vraiment rose pour le Bourguignon.

 

* le revenu garanti est un revenu fixe que chaque citoyen recevrait mensuellement durant toute sa vie.

Thomas Hermans et Paul Idczak, à Cergy
(Crédits photo : Noir sur blanc / Les Mardis)