Une Coupe Davis remaniée, pour le meilleur et pour le pire

Avant même sa confirmation, la nouvelle version de la Coupe Davis divise le monde du tennis. Présentation d’une mouture qui chamboulerait tout pour la compétition centenaire.

Par Timothé Goyat-Verdeguer
Photo Flickr

8 mars 2018

Le 26 février, un vent glacial s’est abattu sur les courts de tennis. Et pour une fois, ce n’était pas dû à la météo, mais à la Fédération Internationale de Tennis (ITF). L’association a dévoilé une proposition de réforme de la Coupe Davis qui s’apparente à une véritable révolution. En effet, si cette refonte est confirmée lors du comité annuel de l’ITF en août prochain, la nouvelle formule devrait réunir 18 équipes lors d’une semaine de compétition à partir de fin novembre 2019.

 

En quoi consiste cette refonte de la Coupe Davis ?

 

Le créateur de la compétition, Dwight Davis, a dû se retourner dans sa tombe en entendant la nouvelle. Au revoir les quatre tours en équipe et bienvenue à une semaine intensive de compétition ! Alors même que les différents tours se disputaient sur le terrain d’une des deux équipes, il est prévu que toutes les équipes se rejoignent dans le même lieu pour deux matches de simple et un double, disputés au meilleur des trois manches.

 

Le lieu, qui n’a pas encore été désigné, devra donc posséder des infrastructures colossales afin d’accueillir autant de joueurs et de supporters. Autre sacrifice et pas des moindres : les rencontres seront disputées en trois sets, au lieu de cinq à ce jour. Le spectacle est lui aussi laissé à l’abandon, au profit d’un gain de temps. L’idée étant de caser le plus de confrontations possibles dans le temps réparti, permettant ainsi de concentrer le regard des médias sur la compétition, et donc de maximiser les profits.

 

Un système longtemps décrié

 

Le désintérêt grandissant pour la Coupe Davis n’est pas inconnu sur le circuit ATP, mais les joueurs eux-mêmes ne devaient pas s’attendre à un tel remaniement. Elle est prise en grippe depuis quelques années par les membres du top 10, qui la zappent régulièrement et militent pour qu’elle soit remise au goût du jour. Les causes ? Un calendrier déjà bien trop fourni pour certains et des matchs à rallonge qui fatiguent le corps et favorisent les blessures. Rafael Nadal, Novak Djokovic ou Andy Murray en savent quelque chose, eux qui accumulent les pépins physiques ces derniers mois.

 

Autre point non moins important, puisque la Coupe Davis ne dépend pas de l’ATP mais de l’ITF, participer à la compétition rapporte très peu de points au classement ATP. Or, bien figuer au classement est le point de mire de la saison de la plupart des joueurs. Ceci explique en partie que certains d’entre eux préfèrent se reposer pour mieux attaquer les tournois qui suivent. D’autant plus que ces tournois permettent de glaner plus facilement des points supplémentaires et donc de se rapprocher des plus hautes marches du classement ATP.

 

Qui est l’instigateur de cette Coupe Davis 2.0 ?

 

Consciente du besoin de changement et dans la peur de voir émerger un autre tournoi, en plus de la Laver Cup de Roger Federer, l’ITF a pris cette fois-ci les choses en main avec un partenaire pour le moins étonnant : le footballeur Gérard Piqué.

 

« No se queda ». L’actuel défenseur du FC Barcelone a surpris tous les amateurs de tennis avec cette collaboration. Dire qu’il s’est trompé de sport serait mal le connaître. Outre son job à plein temps sur les terrains de foot, Piqué est devenu un incroyable homme d’affaires. Il est entre autres fondateur et président de Kosmos, qui bénéficie du soutien de Hiroshi Mikitani, président de Rakuten et principal sponsor du... Barça. Avec le partenariat Kosmos-ITF qui porte sur 25 ans et trois milliards de dollars (2,4 milliards d’euros), il agrandit un peu plus ses réseaux et rejoint les hautes sphères du tennis, lui qui peut aussi compter sur le soutien de son compatriote Rafael Nadal.

Un accueil mitigé dans le monde du tennis


Les fans de tennis, joueurs et entraîneurs du monde entier ont vivement réagi à l’annonce. En voyant la compétition se transformer en coupe du monde du tennis, les réactions ont été partagées. De nombreuses personnes ont grincé des dents, tandis que d’autres, ont applaudi ce changement, nécessaire pour eux.

Yannick Noah, entraineur de l’équipe de France tenante du titre, a clairement affiché sa déception sur Twitter : « La fin de La coupe Davis. Quelle tristesse. Ils ont vendu l'âme d'une épreuve historique. Sorry mister Davis. » Même son de cloche pour le numéro 1 français Lucas Pouille qui, comme le rapporte Ouest France, a déclaré : « Pour moi, c’est une peine de mort pour la Coupe Davis. Ils ont juste pris l’idée de l’ATP d’une Coupe du monde par équipes. C’est exactement la même chose. Une semaine, beaucoup d’équipes, pas mal d’argent. C’est ça qu’ils veulent faire. »

 

Du côté des partisans de la réforme, on retrouve en tête d’affiche les retraités américains Andy Roddick et Mardy Fish. Le premier a annoncé sur Twitter qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle : « Je pense que c’est nécessaire et inévitable pour que survive de la Coupe Davis. » Son compatriote, satisfait lui aussi, a expliqué avoir attendu cette révolution pendant très longtemps.

Nul doute que ce débat va agiter pendant de longs mois les courts de tennis et les fédérations de chaque pays. Mais, il va falloir se montrer patient avant d’obtenir le verdict final. Rendez-vous fin août pour découvrir ce qu’il va advenir de la sublime Coupe Davis !