Décisions en Occident, affrontements en Orient, la politique mondiale semble suivre cette logique depuis maintenant presque 20 ans. Qu’en est-il à l’intersection de ces deux espaces ?

L’Europe de l’Est semble être devenue une sorte de ventre mou indépendant de toute dynamique externe. Pourtant, les enjeux stratégiques mondiaux sont peut-être plus proches géographiquement de chez nous. La zone des Balkans, qualifiée de poudrière à plusieurs reprises depuis plus d’un siècle, ne dort pas et est encore aujourd’hui sujette à des tensions internes sur fond d’influences externes. Coup d’œil sur deux hommes à la tête de deux pays au cœur de l’actualité internationale.

 

En Turquie, jusqu’où ira Erdogan ?
 

Le 16 avril dernier s’est tenu un important référendum dont l’issue plonge un peu plus le pays dans une forme de pouvoir toujours plus autoritaire. La Turquie fait aujourd’hui pour l’Europe office de « rempart » dans la crise des migrants et dans la guerre menée contre l’Organisation Etat Islamique. La sécurité demeure l’un des enjeux principaux du pays et sert sans cesse d’argument au renforcement des prérogatives du président, notamment suite à la tentative de coup d’Etat militaire en juillet 2016.

Par ailleurs, le président cherche parallèlement à donner une place plus importante à la Turquie dans la crise au Moyen-Orient. Pour cela, il n’hésite pas à jouer sur plusieurs tableaux à la fois. Toujours membre de l’Otan, la Turquie s’est ainsi également rapprochée des Saoudiens en prenant position pour le monde sunnite. 

Enfin, après les tensions diplomatiques qu’ont connues les deux pays en 2015 et 2016, la Turquie et la Russie ont récemment trouvé des convergences stratégiques en Syrie. Vladimir Poutine a en effet annoncé qu’il soutenait les turcs dans leur combat face aux kurdes à la frontière, qui, rappelons-le, sont toujours coincés entre l’OEI et les forces du régime de Bachar Al-Assad, tout en subissant une importante répression en Turquie. Dans ce contexte troublé de tous bords, le président turc tente donc de gagner en puissance à différentes échelles, nationale, régionale et internationale. Le résultat du référendum du 16 avril confirme cette tendance et montre également que, malgré le résultat serré, Erdogan bénéficie du soutien de la majorité du peuple. Avec 18 amendements à la Constitution, il supprime entre autres le poste de Premier Ministre et accroît ses propres prérogatives. Il peut ainsi mener toujours plus facilement sa lutte contre l’opposition, la presse indépendante ainsi que les ONG de défense des droits de l’Homme. Une situation sur laquelle l’Union européenne ferme plus moins les yeux en raison de l’accord signé en mars 2016 qui lui permet de renvoyer en Turquie chaque réfugié ayant transité par le pays.

 

Vucic, président de la Serbie dès le premier tour
 

Avec 55% des voix obtenues dès le premier tour, Aleksandar Vucic, 47 ans, est devenu le nouveau Président de la République de Serbie avec un score sans appel puisque le poursuivant le plus proche n’a récolté que 16% des voix. En attente d’investiture, il demeure aujourd’hui président du gouvernement, fonction qu’il exerce depuis 2014. Ancien ultranationaliste revendiqué, il a par la suite rejoint les rangs du Parti Progressiste (SNS) qu’il a fondé en 2008. Il s’affirme désormais comme pro-européen en vue d’une éventuelle intégration de la Serbie dans l'Union. Son élection a été saluée par la chancelière allemande Angela Merkel, ce qui ne l’empêche pas de développer des liens avec Vladimir Poutine.

Tout n’est pourtant pas rose en Serbie, et l'arrivée au pouvoir de Vucic est perçue avec inquiétude par ses opposants ainsi que par les médias non-gouvernementaux. En effet, Vucic était à la fin des années 90 le ministre de l’information de Slobodan Milosevic. C’est durant cette période qu’il s’est formé comme communiquant hors pair et bâtisseur d’image. Il est aujourd’hui accusé de faire preuve d’autoritarisme, ayant la main mise sur une partie des médias du pays et n’hésitant pas à faire campagne de manière assez violente contre ses adversaires. L’Union européenne, envers laquelle il a affirmé sa détermination pour l'intégrer, le perçoit cependant d’un bon œil. Pour elle, l'homme est un gage de stabilité pour la région, et également le seul à avoir été capable d’attirer des investissements étrangers et pour relancer l’économie du pays. Aux yeux de ses partisans, il est vu comme celui qui pourra redorer l’image de la Serbie, souvent vue en Occident comme le pays responsable des guerres d’indépendance yougoslaves.

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