A Paris 8, au coeur de l'aile occupée par les migrants

Depuis près d'un mois, un collectif de migrants est installé dans une aile de l'université Paris 8. Une occupation joyeuse, pour oublier la peur de l'expulsion.

Texte et photos
Léo Sanmarty

1er mars 2018

Ils sont marocains, érythréens, algériens, somaliens… Une dizaine de réfugiés vivent dans le bâtiment A de l’Université Paris 8 à Saint-Denis (93) depuis le 30 janvier dernier. Pour aller à leur rencontre, il faut entreprendre un véritable parcours du combattant et obtenir l’accord de l’équipe de communication qui encadre les migrants.
 

Une fois autorisé à leur parler et à prendre des photos, on rentre dans leur intimité, dans leurs histoires. Certains sont en France depuis plusieurs années, d’autres viennent du centre temporaire d’accueil pour réfugiés situé Porte de la Chapelle, et la plupart vivent dans la peur de se faire expulser par la police. L’objectif des migrants et de ceux qui les soutiennent : revendiquer la liberté de circulation, obtenir des papiers et des logements.
 

« Des militants les ont orientés vers notre établissement », disait un communiqué de la présidence de l’Université Paris 8, justement nommée « Université-Monde ». Mais cette occupation, qui dure depuis plus d’un mois, pose aujourd’hui problème à la faculté, qui souhaite que les migrants s’installent dans un lieu plus approprié, pour une plus grande sécurité et pour permettre la reprise des cours. Toutes les propositions de l’établissement en ce sens ont été refusées par les militants, qui parlent au nom des migrants et attendent une réponse de l’Etat à leurs revendications.

On entre dans le bâtiment occupé par un long couloir ; un plan du lieu avec le rôle de chaque pièce est disponible dès l’entrée : une cuisine, une salle de réunion, une autre pour la logistique, et des dortoirs. Les murs sont couverts de messages prônant la paix, la liberté et la recherche du bonheur.
 

Certains visiteurs proposent leurs services pour traduire des documents ou contribuer aux repas. C’est le cas de Fabrice, au chômage, qui a accompagné une amie d’origine éthiopienne, sensible à la cause. « C’était important pour nous de venir ici, aider à ranger, à nettoyer et surtout montrer qu’ils ne sont pas seuls » .

De grands stocks de pâtes sont entreposés sur des étagères et la vaisselle trempe dans des baquets remplis de savon. L’odeur de l’oignon fraichement coupé, des légumes cuits et de la sauce tomate traverse les pièces. Les rampes d’escalier sont recouvertes de linge propre.

Les migrants sont chaleureux, accueillants ; ils n’ont rien, ou pas grand-chose, mais vous proposent de partager leur repas. Des grands « taureaux » sont organisés avec des ballons de fortune dans la cour en face du bâtiment ; la barrière de la langue n’est plus un problème, le football la délie. Des jongles, des passes : la recette pour décrocher un premier sourire.

« J’ai peur de me faire expulser », explique Issam, migrant éthiopien qui a traversé les Alpes pour venir en France. « Je voudrais remercier tous les étudiants qui aident, sans eux je n’aurais rien », ajoute-t-il. Issam espère que la présidence de l’université, qui a mis à disposition des douches pour les migrants, continuera d’apporter son aide. « Je n’ai pas vu ma famille depuis des années, j’ai quitté mon pays pour trouver du travail et nourrir mes proches », confie le jeune homme. Pour ce faire, Issam souhaite passer le baccalauréat en France, même s’il est conscient du chemin qui lui rester à parcourir, et préfère ne pas brûler les étapes.
 

A ce jour, les migrants et les militants ignorent combien de temps cette solution initialement provisoire perdurera et jusqu’à quand le bâtiment restera occupé.