Pour les prud’hommes, traiter un homme de « PD » ne constitue pas une insulte homophobe, surtout si elle est prononcée dans un salon de coiffure. Retour sur une décision aussi inattendue que ridicule.
 

L’affaire a commencé il y a dix-huit mois, en octobre 2014. Un jeune homme en période d’essai dans un salon de coiffure reçoit un message rempli d’amour de sa manager : « je ne le garde pas […] je ne le sens pas ce mec : c’est un PD, ils font tous des coups de putes ». Le jeune coiffeur était simplement malade, mais en retournant le lendemain au travail, il allait effectivement voir sa période d’essai se terminer prématurément. S’estimant insulté et mis à pied à cause de sa présumée homosexualité, l’homme entame une procédure judiciaire contre son employeur, assisté par le Défenseur des Droits qui défendait sa version des faits. En se basant sur celle-ci, il ne faisait quasiment aucun doute que le jeune coiffeur obtiendrait gain de cause. Mais c’était sans compter sur la malice de la défense, arguant que le terme utilisé par la manager ne constituait pas une insulte, puisque « pédé » est un mot rentré dans le langage courant, même si l’employeur a tout de même reconnu que le sms envoyé était inapproprié. Car l’affaire résidait aussi sur la décision de mettre fin à la période d’essai du jeune homme, la défense a également déclaré que ce dernier « refusait d’exécuter certaines tâches », qu’il « travaillait lentement » mais qu’il voulait malgré tout accéder rapidement au poste de manager. Des propos qui tiennent la route, si l’on exclut la partie homophobe, qui n’a, semble-t-il, pas choqué le tribunal des prud’hommes !

 


Un verdict polémique

La décision prise par les prud’hommes la semaine dernière a fait des étincelles. Le Conseil a condamné l’employeur pour avoir licencié le jeune homme sans véritable motif, mais n’a pas retenu l’accusation homophobe. Sur ce point, le verdict symbolise ni plus ni moins la version de la défense, reformulée dans un langage judiciaire, en rajoutant même un élément justifiant l’ensemble : « En se plaçant dans le contexte du milieu de la coiffure, le Conseil considère que le terme de « PD » employé par la manager ne peut être retenu comme propos homophobes car il est reconnu que les salons de coiffure emploient régulièrement des personnes homosexuelles, notamment dans les salons de coiffure féminins, sans que cela ne pose de problème ». Il est important de signaler, sans remettre en cause le professionnalisme des membres du Conseil, que ces derniers ne sont pas des juges professionnels, mais des élus de salariés et d’employeurs. Ils n’ont donc pas forcément l’expérience et le savoir-faire des magistrats titulaires d’un diplôme. Ce n’est pas cette décision qui va nous prouver le contraire…
 


L’homosexualité une nouvelle fois discriminée

Pourquoi cette décision pose-t-elle problème ? Pour avoir la réponse, il suffit de s’en référer au code pénal. L’article R624-4 dispose que « l’injure non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, est punie de l’amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe. Est punie de la même peine l'injure non publique commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap. » Le conseil des prud’hommes n’a pas sanctionné les propos de la manager qui, faut-il le rappeler avait écrit dans le sms que le jeune homme était « PD », et que les homosexuels « font toujours des coups de putes ». De ce fait, la défense s’exposait à une peine de 6 mois de prison et de 22.500 euros, en considérant que l’injure était publique puisqu’elle s’adressait à une tierce personne, pour propos homophobes.

Au-delà du code pénal, le fait de considérer que le doux message de la manager pouvait être justifié par le contexte d’un salon de coiffure, pose de réelles questions sur l’homophobie latente de nombreuses personnes. Dans un autre domaine, l’attaquant du Real Madrid Karim Benzema avait par exemple traité au téléphone Mathieu Valbuena de « tarlouze » avant de déclarer à la justice que le terme qu’il avait prononcé n’était rien de plus qu’une expression que l’on se dit entre amis pour rigoler. Bref, malgré les efforts engendrés depuis plusieurs années pour diminuer voire mettre fin à la discrimination des homosexuels, cette affaire prouve une nouvelle fois que se débarrasser de ce phénomène n’est finalement qu’une douce utopie.