Programme du jour : Die Antwoord, Nick Cave, PNL, The Weeknd, Nirvana.

 

Le duo sud-africain déjanté Die Antwoord nous ressort ses histoires et ses voix uniques, deux ans après Donker Mag.

Yolandi et Ninja sont probablement les deux personnalités les plus complémentaires de la musique actuelle. Dans leur folie apparente et leur apparence, ils ont réussi à rassembler des millions de fans derrière eux, et derrière une musique qui n’était pourtant pas facile d’accès au premier abord. Mais peu à peu, ils ont laissé de côté leurs racines afrikaaners pour se concentrer sur l’anglais. Et habitant désormais à Los Angeles, ils évoluent au centre de l’attention. Mount Ninji and Da Nice Time Kid est leur quatrième album studio.
Le duo est désormais une force sûre, mais cela augmente les attentes autour de lui. Il sait heureusement s’entourer, n’avance pas masqué - au contraire de son producteur DJ Hi-Tek, aka God. Dans son mélange de rave et de hip hop diversifié, le groupe appelle ici des noms issus de différents univers, comme Jack Black et Dita Von Teese. On connaissait la musique du premier, mais pas de la seconde…
La musique de Die Antwoord peut aussi bien être cadrée que partir dans tous les sens. Dans ce sens, quelles attentes avoir de ce nouvel album ? L’entrée en matière en forme de comédie musicale de We Have Candy nous fait comprendre que les Sud-Africains ont fait de l’intro skit une habitude. La partie rap de ce titre d’ouverture sonne parfois comme Eminem, un côté que l’on retrouvera sur Alien en fin de disque, les deux noms ayant en commun une tendance à la surenchère de paroles explicites. Daddy est de ce type, la production de God commence fort et les paroles sont assez ambigües. Mais l’album démarre vraiment avec Banana Brain, mené par la voix perchée de Yolandi et de longues parties rave mixant le drum’n’bass avec des sons modernes taillés pour les boîtes. Le tout est prenant et accrocheur, et a tout du tube. L’hommage assumé à Cypress Hill en featuring avec Sen Dog sur Shit Just Got Real est un très bon moment, qui s’estompe un peu sur le titre suivant Gucci Coochie. La seconde partie de l’album remet le sale et le déviant en avant, notamment sur le morceau Rats avec Jack Black. La voix cassée et accentuée de l’acteur membre de Tenacious D apporte un vrai plus à ce titre, et s’insère parfaitement dans l’univers du groupe. Mais pour la fin, on reste sur notre faim. La trap de Stoopid Rich et le psyché Fat Faded Fuck Face laissent la place à l’humour noir de Ninja et Yolandi, mais ne transcendent pas à l’écoute, sonnant comme du déjà-vu.
Le fait est que l’album s’essouffle. Die Antwoord tente d’apporter de la nouveauté sans prendre le soin de placer de réel temps fort entre ses mystérieuses explorations des tréfonds de l’humanité, et de leur humanité propre. Le côté plus personnel et posé de morceaux comme Alien et I Don’t Care est quelque chose de nouveau chez le groupe, le second sonnant comme une chorale électro alternant avec les passages de rave totale. Les crescendos alternatifs nous prennent aux tripes, et God, Yolandi et Ninja terminent sur une bonne note un quatrième album qui peine à convaincre sur la longueur, mais qui, par bribes nombreuses, montre que les expatriés sud-africains peuvent encore rester longtemps dans l’industrie musicale sans que personne ne leur en veuille vraiment.
P.I.

Le vendredi 16 septembre 2016 restera une date gravée dans l’histoire de PNL : c’est la date de sortie de leur 3ème album, intitulé Dans La Légende. 

Les deux frères d’une cité du 91 nous ont préparé un opus de 16 titres, dont 4 avaient déjà été sortis en single. PNL avait fait monter notre excitation en sortant un premier titre, La vie est belle, il y a près de 7 mois. Tourné dans le désert du Namibie, le clip nous offrait des vues impressionnantes, sur une instru planante et sur des paroles… typiquement PNL.

Souvent reprochées aux deux frères, les paroles de leurs chansons n’ont pas l’air d’avoir été spécialement recherchées. On est clairement loin de Oxmo Puccino ou de Kery James, mais au fond on s’en fout un peu. Le vocodeur est utilisé à outrance sur tous les titres, mais fonctionne parfaitement sur les instrus. PNL s’offre même un peu d’autodérision à ce sujet, dans le morceau titre Dans la légende :

"Xin xin xin xin zang

Khey khey khey khey khey

J’sors des mots de merde

Et tu m’payes payes payes payes payes"

Ici, Ademo fait référence au grand nombre d’onomatopées que lui et son frère utilisent dans leurs titres : le "khey khey khey khey khey" nous rappelle par exemple le titre J’suis PNL sorti sur l’album précédent, Le Monde Chico. Il s’auto-caricature, et ironise sur le fait qu’il peut dire n’importe quoi, ça plaira quand même. Evidemment, simplement résumer PNL à des insultes et des onomatopées sur des instrus d’une excellente qualité serait une erreur. Certains titres sont plus recherchés, même si on tourne toujours autour des mêmes sujets, qui sont la drogue, la famille, le trafic, des meufs et du foot, comme dans les titres Humain, Sheita ou encore Bambina. Le tout en critiquant les médias :

 

"Fuck vos interviews, j’aurais pu passer dans vos reportages de chien"

Ce vers, issu de Tu ne sais rien, nous rappelle que PNL se place en dehors du cirque médiatique habituel, pas d’interview, pas de tournée promotionnelle à la radio ou à la télé, même pas de label. Loin d’être seuls, les deux frères ont réussi ce que très peu de personnes arrivent aujourd’hui à faire : percer, puis réussir, en indé.

Cette absence des médias est paradoxale quand on voit que leur clip tourne sur toutes les grosses chaines urbaines, sur Skyrock, et que leurs vidéos Youtube cumulent des millions de vue très rapidement. Dernier coup d’éclat en date, le clip de Naha, sorti il y a tout juste une semaine, atteint déjà 10 millions de vues, un fait rarissime pour des musiques francophones. Sur Spotify aussi PNL s’offre le luxe de placer la quasi-totalité de son album dans le top 20, même une semaine après sa sortie.

 Dans la légende est marqué par son homogénéité, il n’y a pas de morceaux qui se détachent vraiment, ce qui nous donne une impression, à première écoute, que tous les morceaux se ressemblent. Si certains possèdent des refrains marquant, notamment sur les titres DA ou Onizuka, les autres nous donnent l'impression de les avoir déjà écoutés. PNL font ce qu’ils savent de mieux, et ne prennent aucun risque : des textes globalement assez simples sur des putains d’instru planantes.

Après Le Monde Chico, sorti fin 2015, Dans la Légende s’inscrit dans la continuité, le style est un peu plus peaufiné, mais les sons ne sont pas forcément meilleurs, sans être pires. En clair il n’y a pas d'évolution artistique chez PNL, en tout cas pour le moment. Mais dans tous les cas, ils excellent dans leur domaine, et au final ça nous va. M.W.

Lorsque Nick Cave revient, il est rarement possible de dire « pour notre plus grand plaisir », et pour cause : plus le temps avance, plus cette mauvaise graine semble s'enfoncer dans une tristesse et une mélancolie chronique. En 2013, l'Australien sortait Push The Sky Away, encensé par la critique, album sombre, lyrique, empreint de cette gothique et pop sobriété qui fait tout son style et sa classe. Bien qu'excellent peu importe son état d'esprit, c'est peut-être quand tout va mal que Cave livre le meilleur de sa musique, à l'image de The Boatman's Call en 1997, et il semble le prouver une fois de plus avec Skeleton Tree. En 2015, Nick Cave perdait son fils, dans des circonstances qui ne nous intéressent pas ici. Ce qui nous intéresse, c'est à quel point cet événement tragique hante l'artiste dans chaque chanson de ce nouvel album. Nick Cave se libère, Nick Cave fait le deuil, Nick Cave dévoile sa douleur. A travers Skeleton Tree, l'Australien fait sa propre thérapie, et tente de surpasser ses épreuves difficiles.
Dès la première chanson, on sent que l'album est différent du précédent. Aucune guitare ne pointe à l'horizon, et le maître décide de troquer un chant mélancolique contre un quasi spoken word envoûtant. Jesus Alone dévoile un accompagnement électronique, derrière lequel s'effacent les Bad Seeds pour ne laisser transparaître qu'une batterie très discrète mais presque militaire, et un piano soulignant magnifiquement les pointes mélodiques de la voix de Cave lors des courts refrains. On entend bien que quelque chose a changé, que l'état d'esprit de Nick Cave n'est plus le même que sur l'album précédent. Son énergie semble s'être évanouie sous le poids du spleen, qu'il traîne inlassablement tout au long de l'album. Rings Of Saturn ressemble fort à une ballade d'un artiste pop actuel, au synthétiseur hypnotisant et quelque peu maladroit, et aux chœurs assez moyens ; mais la voix du chanteur rattrape tout, à grand coups de magnifique parler désabusé. Les trois chansons suivantes, Girl In Amber, Magneto et Anthrocene, sont trois réussites d'un Nick Cave toujours désespéré, livrant à l'auditeur un état des lieux très détaillé de son esprit. Vient ensuite I Need You, qui se trouve dans une longue lignée de ballades écrites par l'Australien, qui naviguent entre tristesse, fausse-joie et lyrisme grandiloquent, à l'image de Lay Me Low sur l'album Let Love In de 1994. Chanson d'amour désespérée, au sens caché assez explicite, I Need You pourra plaire aux aficionados du monsieur, mais reste une chanson assez classique, voire parfois désagréable, principalement à cause d'un chant à la limite du forcé. Nick Cave n'en reste pas là, et se rattrape formidablement sur la fin de l'album. Sur Distant Sky, rappelant les planants derniers albums de Talk Talk (de même que Magneto un peu plus tôt), Nick Cave semble se rendre à l'évidence, acceptant la réalité, l'embrassant même. Invitant la chanteuse Else Torp à venir poser sa voix sur Distant Sky, Nick Cave réalise probablement la plus belle chanson de l'album, aux intonations mélodiques presque optimistes après cette demi-heure de tristesse. L'album s'achève sur la chanson-titre, ballade plus traditionnelle pour le chanteur, avec un retour discret de guitare acoustique. Avec ce morceau, Nick Cave paraît enfin sorti de sa thérapie, achevant un album pour lui cathartique et libérateur. Magnifique dernière chanson, Skeleton Tree fait espérer un avenir plus souriant à son auteur.

Skeleton Tree à tout de l'album de transition. Il pousse encore plus loin la tristesse de l'album précédent, s'inscrivant dans un contexte tragique pour son auteur-compositeur, et se termine par une chanson libératrice et pleine d'espoir. Si tout le reste de l'album, qui ne semble qu'une suite à la dernière chanson éponyme de Push The Sky Away, se morfond dans une sublime tristesse, créant une cohérence formidable à l'ensemble, la dernière piste montre que Nick Cave a l'intention de relever la tête. Bien qu'inégal, Skeleton Tree montre que tout peut arriver à l'Australien, mais que rien ne peut déboulonner un géant de la musique comme lui.
T.H.

Le single de la semaine, c'est la collaboration exceptionnelle entre The Weeknd et Daft Punk, pour le single Starboy.

Il y a plusieurs jours déjà que l'annonce d'un featuring entre le chanteur de R'n'B et le duo français de musique électronique a été annoncé. Si le dernier album du premier est sorti l'année dernière, les seconds n'avaient en revanche plus produit de titre depuis Random Access Memories, datant d'il y a trois ans déjà. On les avait certes entendus sur un morceau de Pharrell Williams, Gust Of Wind, mais leur participation ne s'étendait pas à plus que les refrains.
Avec des stars mondiales réunies sur un même titre, il était logique de s'attendre à un résultat réussi. Les premières secondes du single révèlent une instrumentale marquée par les percussions électroniques et une basse artificielle lourde. Le piano typiquement R'n'B prend ensuite le dessus sur le fond et fait apparaître la haute voix de The Weeknd. Le chanteur canadien évoque sa célebrité dans un égotrip chanté, n'hésitant pas à accélérer les rythmes sur les pré-refrains pour donner du dynamisme et de la variété à l'ensemble. La patte de Daft Punk ne se sent finalement pas tant que ça, si ce n'est sur les "ah ah ah" vocodés du refrain et sur les voix trafiquées du pont. Celle de The Weeknd est en revanche omniprésente, et si son prochain album déjà annoncé contient ne serait-ce que cinq morceaux du même calibre, il aura réussi un coup de maître.
P.I.

 

Il est sorti il y a 25 ans jour pour jour, et il a changé une époque. La décennie musicale des 90’s commence avec Nevermind, dans les bacs le 24 septembre 1991.

Deuxième « long play » de Nirvana, cet album mythique contient dans ses 12 morceaux l’essence du style grunge : guitare et basse puissantes et en unisson, batterie lourde et rapide, chant eraillé. Le symbole de l’album, mis à part sa pochette emblématique (un bébé dans une piscine tentant d’attraper un billet accroché à un hameçon), est son titre d’ouverture. Smells Like Teen Spirit, tube intemporel au riff inoubliable, a lancé la carrière du groupe en lui offrant une visibilité à la télévision. A l’époque de la fameuse « génération MTV » débutée dix ans plus tôt, le clip du trio fait mouche surtout auprès des jeunes : le concert au ralenti pendant un match de basket de lycée et les cheveux longs des musiciens leur parlent, et ils regardent. Ils achètent l’album et écoutent, surtout, car la qualité de l’album est indescriptible. Chacun des titres atteint l’auditeur de manière différente, et le fait instantanément accrocher à la rébellion amorcée par les gars de Seattle. Le mystérieux et torturé Kurt Cobain devient l’idole de la gent féminine, son charisme allant de pair avec ses mèches blondes. Derrière la guitare incandescente du jeune homme de 24 ans, ses deux compagnons de studio et de route Krist Novoselic (basse) et Dave Grohl (batterie) font parler leur technique pour offrir aux gamins nés dans les années 80 leur première vraie émotion musicale.
C’est bien simple : cinq des six premiers morceaux font partie des meilleurs du groupe. Après Smells Like Teen Spirit, on retrouve In Bloom, Come As You Are, Lithium et Polly, seulement entrecoupés du frénétique Breed. Des noms qui parlent à la majorité des fans de musique. Normal, car ils sont des morceaux d'histoire. Le talent dans la composition de Cobain ressort de ces titres, et certaines lignes de paroles sont, rétrospectivement, tristement symboliques (comme "I swear that I don't have a gun" dans Come As You Are) dans la vie et la mort du chanteur du groupe. 
Sa fougue, son énergie, son émotion, accentuées par le talent d'un trio en parfaite harmonie, ont fait de cet album un artefact indispensable de la musique du 20ème siècle. Il s'insère parfaitement dans son époque en remettant au premier plan le pur son rock et en inspirant des millions de jeunes, mais aussi des groupes qui lui étaient contemporains, à l'image de Pearl Jam ou Green Day. S'il ne fallait retenir qu'un album par décennie, Nevermind serait sans nul doute celui des années 90.
P.I.
 

 

Thomas Hermans, Paul Idczak, Maxime Wangrevelain
(Crédits photos : UMG Recordings, Geffen Records, Bad Seed, Zef Records, QLF Records)