Programme du jour : Kate Tempest, Mr. Oizo, Daya, Pixies, Archive, Green Day, Stevie Wonder et Weezer.

Poète et rappeuse, la Londonienne Kate Tempest replace ses textes sur son deuxième album, Let Them Eat Chaos.

Kate Tempest n’est pas le patronyme le plus connu de la scène musicale anglo-saxonne, et encore moins du vaste monde du hip-hop. Les Britanniques ne sont pourtant pas réputés pour compter de nombreux MCs à succès, leur historique musical reposant sur les grandes figures de genres plus classiques comme le rock et la pop. Il est vrai qu’il serait faux de définir Kate Tempest comme une simple rappeuse. Née dans une petite cité du sud-est de Londres il y a trente ans, elle se découvre dès 16 ans un fort intérêt pour les scènes d’open mic, le développe et en fait sa force. Aujourd’hui devenue une artiste récompensée à plusieurs reprises pour ses textes et auteure d'un premier LP remarquable il y a deux ans, elle publie son deuxième album Let Them Eat Chaos, représentation d’une plume et d’un style spoken-word accéléré qui la rendent reconnaissable au milieu de ses collègues du domaine. 
Car oui, la Londonienne ne fait pas tout comme tout le monde. Pour preuve, le premier single tiré de son nouvel album est un titre à moitié a cappella, Picture A Vacuum, faisant figure d’introduction sur Let Them Eat Chaos. Si l’auditeur ne le savait pas, il est prévenu : la voix de Kate Tempest est son meilleur atout, et on ne peut apprécier son talent sans avoir des affinités avec son fameux accent du sud de l’Angleterre. L’album alterne en effets entre des titres rapides sur lesquels l’artiste modifie sa vitesse de parler pour passer en mode hip-hop, et d’autres parties au sein même des morceaux qui apparaîtraient sur tout autre album comme de simples interludes, mais qui, ici, sont de réels moments de storytelling. L’écriture vigoureuse aussi qualitative que quantitative de la trentenaire britannique lui permet effectivement de nous emmener avec elle aux tréfonds des quartiers sud de Londres, là où elle a grandi. Racontant les histoires pas vraiment gaies de toute une galerie de personnages issus de cette partie de la capitale tout en critiquant fortement les institutions, la politique et le tournant qu’ont pris les sociétés occidentales aujourd’hui, Kate Tempest parvient véritablement à nous donner envie d’en entendre plus. Le poignant Europe Is Lost, troisième single, est une représentation parfaite du point de vue critique de l’artiste : au long des cinq minutes du morceau, l’espoir disparaît peu à peu, le tout marqué par des paroles toujours plus évocatrices des défauts du monde en 2016, s’en prenant aussi bien au pouvoir britannique (« And it's back to the house of lords with slapped wrists / They abduct kids and fuck the heads of dead pigs ») qu’à la jeunesse du 21ème siècle (« It's the BoredOfItAll generation / The product of product placement and manipulation ») dans un réquisitoire aux allures de mise en garde garantie sans filtre. 
Avec une plume aussi aiguisée, il est facile de suivre le fil et de ne pas faire de faute d’orthographe. Et dans son entrain, Tempest ne fait pas non plus de faute au niveau des instrumentaux accompagnant sa voix. On l’aura compris, tout s’articule autour de ses mots, mais les beats en font aussi beaucoup. Entre soft dubstep (Ketamine For Breakfast, Whoops), beats hip hop modifiés (Europe Is Lost) et électro industrielle rappelant parfois le travail du compositeur Cliff Martinez (Perfect Coffee, Tunnel Vision), la musique de Let Them Eat Chaos est un outil parfait pour laisser la rappeuse réciter ses textes. Et quand la jeune femme baisse de rythme pour nous faire un peu souffler au centre de cet ouragan vocal (Breaks), c’est pour mieux nous renvoyer des punchlines engagées aux oreilles quelques minutes plus tard. Tunnel Vision est une conclusion entre industriel et onirisme, s’échappant du rythme lent et de la saccade du flow de Tempest lors d’un refrain montant et punchy, introduisant un dernier couplet s’achevant sur des mots d’espoir et de rassemblement (« I’m pleading with my loved ones to wake up and love more ») et deux minutes d’instrumental en point final. Aimons-nous, aimons l’œuvre de Kate Tempest, et tout ira bien. Peu importe le résultat de son injonction, avec ou sans happy ending, Let Them Eat Chaos est une œuvre magnifique à quasiment tous les points de vue. P.I.

Le birdman de l’électro française revient à ses platines avec son nouvel album, All Wet.

Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo, n’est pas le genre de personne qui se repose sur ses lauriers. A 42 ans, celui qui compte de multiples cordes à son arc artistique enchaîne les projets à la vitesse de la lumière. Films, EP, albums, collaborations, tout cela ne semble que formalité dans un esprit porté, il faut croire, par une certaine folie créatrice. Les albums de Dupieux ont toujours été semblables à ses films, et la corrélation entre les deux faces du bonhomme se sont d’ailleurs exercées à plusieurs reprises. La plus évidente est « Wrong Cops », son avant-dernier long-métrage sorti en 2013, qui met en scène une bande de policiers américains allumés et fans de musique électronique. Composant entièrement la bande originale de ses œuvres cinématographiques sous le pseudonyme de Mr. Oizo, Quentin Dupieux aime jouer avec son identité, laissant les spectateurs les moins avertis innocents et ignorants devant l’alliage artistique se déroulant dans le film pour lequel ils ont acheté un billet.
S’il joue avec nos nerfs et notre compréhension générale dans les salles obscures, Quentin Dupieux ne peut pas transporter ses fans de la même façon en usant de la simple musique. En transposant son humour absurde sur quelques morceaux très inspirés – Positif et De Luca, pour ne citer qu’eux – le DJ a, par instants, pu faire un petit lien entre les trames souvent burlesques de ses films et la techno pur jus de ses albums musicaux.
Un an et demi après « Réalité », le quarantenaire ressort de sa villa angelino avec Flat Eric, son fidèle chien en peluche star de ses clips, pour une nouvelle fois détoner dans les enceintes planétaires. All Wet est son cinquième album, succédant dans sa discographie à The Church, sorti en novembre 2014. Le Flat Eric pixellisé ornant la pochette est-il annonciateur d’un retour à un style plus rétro ? Réponse : ce n’est absolument pas le cas. Le producteur français envoie du lourd dès les premières notes, et, au vu de la durée moyenne des morceaux (moins de deux minutes), on se dit que le tout devrait ressembler à un DJ set transposé sur un album. Même s’il n’est pas linéaire, All Wet nous offre moins de surprises que ne le ferait une performance live de son compositeur. Mr. Oizo se répète moins que sur certaines de ses œuvres antérieures, mais ses expérimentations touchent parfois leurs limites auditives : c’est notamment le cas sur Low Ink, Chairs et The One You Buy. A côté de ces passages pas franchement réussis, les collaborations de l’album donnent lieu à toutes sortes de styles, contrastant avec l’habituel mélange house-techno du vétéran de la French Touch sur ses parties solo. Les duos avec Skrillex sur End Of The World et Charli XCX sur Hand In The Fire sont les plus réussis d’entre eux : les lyrics répétitives et ironiques du premier (« Now it’s gonna be exciting to watch the end of the world ») succédant à une intro à inspiration électro hip hop dans une montée typique de l’invité du titre, avant que le tout ne s’arrête et lance une trance typée deep house ; le titre avec Charli XCX est de son côté une des rares occasions où Dupieux place de réelles paroles non répétées dans ses morceaux, donnant certes à l’atmosphère générale de la production un schéma entendu dans les grandes stations de radio, mais qui ne ferait pas râler les amateurs de dancefloors plus underground pour autant. Le morceau-titre, en duo avec Siriusmo, est un des rares moments où le rythme se ralentit sur l’album. Ses passages quasi-oniriques en ouverture et au centre de ses trois minutes en font un des meilleurs morceaux du disque. Pour retrouver des « traces » des œuvres précédentes de Mr. Oizo, il faut savoir viser juste. Le minimaliste Sea Horses et ses voix virtuelles en contiennent, tout comme l’étrange Your Liver, articulé autour d’une phrase évoquant au choix un échange d’organes ou une preuve d’amour alambiquée, au-dessus des petites touches électro industrielles de Dupieux.
All Wet est au final un album qui ne nous dépayse pas de l’habituel dans la carrière derrière les platines de Mr. Oizo, mais son inégalité et ses expérimentations pas forcément bienvenues à certains instants ne lui permettent pas d’être hissé plus haut qu’il ne doit être. Pour le producteur de chez Ed Banger, cela reste de très bonne facture : l’important, c’est que le public bouge.
P.I.
 

 
 
 

L’artiste Daya n’est pas très connue du grand public, et pourtant vous avez sûrement entendu sa voix sur le hit Don’t Let Me Down en collaboration avec The Chainsmokers. Depuis, elle a publié quelques singles, et sort maintenant son album, intitulé Sit Still, Look Pretty.
 

L’album s’ouvre sur le titre Dare, morceau qui se détache des autres par des chants décontractés, et un refrain plutôt entêtant. La chanson risque de bientôt passer en boucle à la radio, et ce ne serait pas étonnant. L’album enchaîne sur Legendary et surtout sur I.C.Y.M.I, acronyme pour «  In Case You Missed It », qui est une break-up song comme toutes les popstars de 17 ans peuvent produire.

La jeunesse de Daya se ressent clairement dans l’album et dans les lyrics, Ce n’est pas spécialement très recherché, et des références à la pop culture émanent des titres, comme dans Talk :


«  I don’t believe in Yeezus/ I like him Kanye West »
 

Certains titres, clairement féministes, sont malheureusement teintés d’immaturité : c’est le cas de Thirsty, ou elle explique que les mecs ont « la dalle » sur elle, ou encore sur Sit Still, Look Pretty, qui est d’ailleurs le dernier single promotionnel sorti.

Ce single a déjà frappé fort sur Spotify, puisqu’il vient de dépasser les 106 millions d’écoute, légèrement derrière Hide Away, qui trône déjà à 213 millions d’écoute, mais qui tourne déjà depuis plus d’un an. L’album contient également une balade,  Back to Me, qui est très bonne, même si les paroles ne cassent pas trois pattes à un canard. Enfin, Sit Still, Look Pretty se termine sur le titre  We Are, chanson entrainante qui pourrait également avoir du succès à la radio.

Daya fait partie de ces jeunes artistes  nord américaines qui commencent à se faire un nom, comme Alessia Cara ou Hailee Steinfeld. Ces artistes se ressemblent en puisant leur imagination dans l’adolescence, le début de la vie adulte, la responsabilité, la pop culture, et évidemment un peu de sexe. En gros : de la pop et de l’autotune sur des rythmes electro. Rien d’incroyable, mais rien de mauvais non plus. M.W.

Il semble donc que la sortie d'un album des Pixies n'est plus un événement. Loin de leurs heures de gloire de la fin des années 90, alors que le groupe de Black Francis réinventait le rock, les Pixies ne sont plus aujourd'hui qu'un groupe pop-rock modeste, tentant tant bien que mal d’imiter des modèles dépassés depuis longtemps. Et quand on sait qu'ils sont eux-mêmes les modèles, le destin du groupe fait encore plus de peine. En 2014, les Pixies avaient sorti leur premier album depuis plus de 20 ans, le raté Indie Cindy, qui surfait allègrement entre tentatives avortées de retour aux source et pop commerciale décevante. Head Carrier était censé remettre tout le monde d'accord après l'échec de 2014. Est-ce le cas ? Absolument pas.
Point positif de l'album : il n'est pas aussi mauvais qu'Indie Cindy. Encore une chance, il aurait fallu que Black Francis le veuille vraiment. Est-il réussi pour autant ? Vraiment pas. L'album rate plus ou moins toutes ses tentatives, que ce soit la ballade pop (Classic Masher), l'hymne surexcité (Baal's Back), la petite expérience (Um Chagga Lagga) ou même le plagiat de Where Is My Mind (All I Think About Now). Malgré tout, quelques chansons sortent quelque peu du lot, comme la chanson-titre, même si un peu trop timide, ou la sympathique ballade Tenement Song. Le reste de l'album navigue entre l'inaudible et le moyen plus. Pas grand chose à se mettre sous la dent donc, pour en plus un album de 33 minutes seulement. 2016 sera l'année où la sortie d'un album des Pixies aura arrêté d'être un événement.
T.H.

Le premier album du DJ américain ZHU sort en France, deux mois après sa publication outre-Atlantique.

Anonyme à son début de carrière, ZHU ne l’est plus depuis près d’un an et demi. Mais peu importe sa véritable identité, elle n’influe pas sur la musique qu’il compose et produit. Révélé au grand public en 2014 lorsque son titre Faded s’est rapidement transformé en tube remixé par de nombreux noms de la musique électronique, le sino-américain était très attendu pour son premier album. Davantage proche de la génération X, ZHU le nomme Generationwhy, probablement en référence au jeune garçon illustrant sa pochette. L’interrogation démarrant dès le titre de l’album sorti le 29 juillet outre-Atlantique et la semaine dernière sur le sol français, le pourquoi du comment de l’heure d’électro de ZHU se trouve uniquement dans sa musique, puisqu’il n’est pas vraiment homme à parcourir les médias pour faire sa promo.
Le style du  Faded était élégant et prenant, et par définition réussi :  des claviers mêlés à la voix à tonalité variable de ZHU et une basse puissante en fond, soit le cocktail d’un hit efficace. Première révélation à l’écoute : Generationwhy n’est clairement pas une suite stylistique de Faded et du premier EP de ZHU. Son falsetto est clairement le fil conducteur de l’album, faisant émerger les inspirations tropicales du DJ de 27 ans. Mariée à des compositions diverses, la hauteur de sa voix apporte à des titres comme In The Morning et le funky Cold Blooded une substance qui les fait émerger de la masse. Mais s’il fait plaisir à entendre sur de nombreux morceaux, le timbre de voix de ZHU finit par lasser, particulièrement sur les longs refrains de Money et toute la seconde partie de l’album. Heureusement, il n’est pas le seul à poser sa voix sur les productions estivales de Generationwhy. Non-crédités, les autres chanteurs et chanteuses apportent un peu de ventre à des morceaux qui ont tendance à en manquer cruellement, même si la veine est parfois la même – Good Life s’égare par exemple en longueurs et le spoken word d'Adam Schmalholz en conclusion n’ y change pas grand-chose. They constitue le meilleur apport vocal à l’album : sa performance sur le titre bonus Working For It en collaboration avec Skrillex est un temps fort arrivant malheureusement un peu trop tard dans le disque. Non, Generationwhy n’est pas désagréable à l’écoute, et on ressent la volonté farouche de ZHU de s’inspirer de la scène dance de la fin des années 80 pour l’adapter à la décennie 2010. Le travail n’est pas mal fait, mais le résultat classe des morceaux comme Palm Of My Hand dans le rang de l’insipide. Le DJ se démarque et ne fait pas forcément ce que l’on attendait de lui. Si Faded était taillé pour les radios house, la majeure partie de Generationwhy va probablement finir perdue dans la catégorie des morceaux diffusés sur les playlists des centres commerciaux : on les écoute sans les écouter, en pensant à autre chose, et on les oublie.
P.I.

Archive est de retour. Depuis quelques années maintenant, le groupe devenait décevant, avec le passable Axiom et le très moyen Restriction. Sur ce dernier album, sorti l'année dernière, le collectif londonien glissait quelque peu vers une pop sans âme, marquée par un manque d'inventivité douloureux pour les auteurs de Again. The False Foundation avait l'objectif de redresser la barre. Pari à demi réussi.
Archive n'aura jamais été aussi introspectif, planant et ambient que sur The False Foundation. La première piste, Blue Faces, donne le ton, alignant quelques notes de piano et une voix désabusée façon Spirit Of Eden, avant d’entamer un très beau crescendo bruitiste et introductif de l'électro du reste de l'album. On ne pourra jamais reprocher à Archive de ne pas savoir se réinventer. Viennent ensuite Driving In Nails et The Pull Out, qui, sans casser des briques, servent bien l'ambiance de l'album, à la fois sauvage et calibrée, battue par un rythme électro sans faille. Arrive ensuite The False Foundation, la chanson-titre, qui aurait pu avoir sa place sur le très bon Controlling Crowds de 2009. On sent qu'Archive reprend du poil de la bête, la chanson étant l'hymne que tout le monde attendait sur l'album précédent, sans jamais le voir arriver. Cette réussite relance l'album, mais est tout de suite désamorcée par Bright Lights, qui rappelle la première piste en remplaçant le piano par des sonorités electro douces-amères. A Thousand Thoughts, sorte de croisement entre Radiohead et le Because des Beatles, sans être désagréable, ne convainc pas outre mesure. L'auditeur commence alors à douter de la capacité d'Archive à relancer l'album, mais c'est sans compter sur la piste suivante, l'excellente Splinters, sûrement la meilleure de l'album. On a là un hymne désabusé Archive pur jus, porté par un piano envoûtant et emprisonné dans une rengaine musicale presque apocalyptique. Archive séduit à nouveau, quel plaisir de les retrouver à ce niveau, qu'on attendait plus depuis With Us Until You're Dead en 2012. Suit ensuite l'insipide ballade Sell Out, ainsi que la moyenne Stay Tribal, qui comme son nom le trahit, est la chanson la plus énergique de l'album. Rien de bien engageant malgré tout, et on se dirige alors doucement vers la dernière piste de l'album. The Weight Of Love commence comme un bouillon electro, dissipé peu à peu par une mélodie savoureuse et aux teintes optimistes, devenues rares chez Archive. Après moults métamorphoses, la chanson s'achève par une reprise du thème de la première piste de l'album. La boucle est bouclée.
Archive réussit enfin à nous redonner le sourire. Bien qu'en demi-teinte, l'album offre quelques moments de bravoure appréciables tant ils nous manquaient sur les précédents. Malgré tout, il faut bien remarquer qu'une bonne moitié de l'album est assez dispensable, d'autant que celui-ci fait plus de 50 minutes. Bien que cohérent, l'oeuvre n'aurait pas souffert d'une bonne dizaine de minutes en moins. Mais qu'importe, The False Foundation fait espérer le meilleur, le groupe de Darius Keeler et Danny Griffiths semblant à nouveau se diriger dans la bonne direction.
T.H.

Dans la famille « je recycle toujours la même chanson jusqu'à la fin du monde et de plus en plus commercial au fur et à mesure pour faire de la thune », je demande le groupe de rock. Vous pensiez Muse ? Perdu ! C'est Green Day. Et ils font pire, bien pire que Muse même. Cet album est mou, répétitif, et identique à ceux d'avant, qui étaient eux-mêmes nuls. Donc forcément... Je n'ai qu'une chose à vous dire, Green Day : merde. T.H.

Stevie Wonder, pour tout le monde, c'est Superstition. C'est le gentil aveugle qui joue un peu bêtement sur son piano des hymnes funk un peu attendus et dépassés, entendus partout et par tous. Sauf que Stevie Wonder, c'est tout sauf ça. C'est un compositeur de génie, un interprète formidable, un producteur visionnaire. Depuis le début des années 70, Wonder avait pris l'habitude de sortir d'excellents albums, emplis d'une énergie solaire et communicatrice, donnant envie au moindre abattu de se trémousser sur des rythmes soul endiablés. Et voilà que le bougre sort Songs In The Key Of Life en 1976, un quasi-triple album, empli de tubes dantesques et de ballades réconfortantes. Stevie Wonder livre alors l'album anti-dépresseur universel, celui qui, après une bonne écoute, remet sur pieds n'importe quel convalescent. Sir Duke, Pastime Paradise, Joy Inside My Ears, As, Another Star... cette multitude de chefs-d’œuvre constituent l'album majeur du maître, celui qui le fait entrer dans la légende de la musique des années 70. Son talent de compositeur, sa production léchée, agrémentée de délicieuses trompettes et de parfums funk, font de cet album une pièce maîtresse pour quiconque aime la musique, et peu importe quel genre. Stevie Wonder peut plaire à tout le monde, et c'est si difficile à accomplir qu'on se demande encore comment il a bien pu y parvenir. T.H.

 
 
 
 
 

Rivers Cuomo, c'est ce petit Américain qui ne semblait pas prêt à devenir une star, tout du moins pas aussi rapidement. Leader du groupe rock Weezer, ayant sorti son album à succès éponyme de couleur bleue en 1994, Cuomo, ce loser magnifique, se trouve des goûts pour les concepts albums, et commence à écrire un opéra-rock dans l'espace. C'est l'inachevé et grandiloquent Songs From The Black Hole, dont les ruines serviront de fondations au chef-d’œuvre du groupe : Pinkerton. Cuomo, en auteur-compositeur, y expose son mal-être, son raz-le-bol parfois, sa tristesse souvent, son romantisme tout le temps. Pinkerton, c'est le travail d'un mec qui veut devenir une star pas comme les autres, loin des extravagances rock classiques, plus proches des gens et de la réalité du monde, pour sortir de l'isolement sûrement. Pinkerton, c'est le nom d'un personnage de Madame Butterfly, l'opéra de Puccini, titre qui trahit les intentions premières d'un Rivers Cuomo un peu dépassé par les événements, perdu entre son succès et son ambition. Sous ses airs de disque pop-rock un peu dur et simpliste, Pinkerton est l'Album rock par excellence. C'est Nevermind avec un propos, de la tendresse, et une vraie complexité de composition. Cuomo chante la vie sur Pinkerton, il chante la jeunesse, il chante tout ce qu'il faut pour être heureux, sous des airs désuets, presque ironiques, et pourtant si vrais. Un des oubliés du rock américain des années 90 fête ses 20 ans, une bonne occasion pour se jeter dessus et le (re)découvrir, sans aucune modération. T.H.

Thomas Hermans, Paul Idczak, Maxime Wangrevelain
(Crédits photos : Sony Music Entertainment, Kate Calvert, Reprise Records, [PIAS] Records, Pixies Music, Ed Banger Records, Motown Record Company, Geffen Records)