Programme du jour : Lemaitre, Two Door Cinema Club, Lady Gaga, Julien Doré, Kings Of Leon, Alaska Thunderfuck, Kaiser Chiefs et DJ Pone.

Le duo d’électro-house Lemaitre est de retour avec leur EP, Afterglow, sorti le 7 octobre 2016.

Le disque comporte quatre titres bien sympathiques qu’on pourrait assez facilement mettre dans la case « indie/dance/electro ». Et même s'il n’y a que quatre titres, ils valent tous, clairement le coup.

We Got U est un titre que vous avez déjà peut-être entendu en jouant au dernier FIFA puisqu’il fait partie de la BO. Sur un tempo rapide, le duo norvégien est rejoint par The Knocks, un autre duo de musique électronique, et le mariage est génial. Pour le titre Haze, Lemaitre a invité Phoebe Ryan, une chanteuse américaine que l’on entend régulièrement sur le dernier single des Chainsmokers, All We Know. Ici, sa voix se marie parfaitement bien à l’atmosphère du tube. Sur Last Night On Earth, on a une impression que ce titre pourrait être l'oeuvre de M83 tellement le début nous fait penser à cette évasion dans l’espace. Enfin, l’EP comprend également Playing To Lose en featuring avec Stanaj, qui possède un refrain plutôt entêtant. M.W.

 

Two Door Cinema Club est de retour pour un troisième album, quatre ans après Beacon.


Dans le vaste monde de l’électropop, Two Door Cinema Club s’est fait une place de choix depuis près de dix ans et la sortie de l’université de ses membres. Deux albums aux tubes incontestables ont vu le jour depuis leur formation en 2007, dans un style mêlant l’électro et une pop soyeuse adaptés à des dancefloors soft. La sortie d’un troisième album est souvent l’occasion de se rendre compte de la capacité d’un groupe à tenir la distance. Avec Gameshow, Alex Trimble et ses acolytes étaient donc quelque peu attendus au tournant, surtout après quatre ans d’absence et deux œuvres studio de bonne facture. En tournant un peu partout avant la sortie de leur album, le groupe a pu montrer qu’il n’a rien perdu de son énergie en live, et que, bonne nouvelle, ses nouvelles compositions ne détonent pas beaucoup de ses précédentes. Sorti la semaine dernière, l’album confirme en majeure partie ces promesses de scène. Two Door Cinema Club est avant tout là pour offrir à son public des moments dance satisfaisants, et possède l’arsenal parfait pour parvenir à ses fins. De la voix modulable de Trimble aux riffs de guitare et de basse directs et les intrusions fréquentes du clavier dans les titres, le trio nord-irlandais est peut-être loin d’être la formation la plus originale du moment, mais il s’en sort plutôt bien. Preuve de ces inspirations dans le domaine, Bad Decisions et Je Viens De La sont deux très bons morceaux qui font grandement penser aux styles de The 1975 ou d’un Justin Timberlake hyperactif. Are We Ready (Wreck), single très en vue et titre d’ouverture de Gameshow, laisse la part belle à un sample de chœur d’enfants et à des couplets rythmés par une ambiance feutrée s’échappant en vitesse sur les refrains. Le mix entre électro douce parfois disco et l’énergie tirée d’un rock plus classique se retrouve sur la plupart des morceaux de Gameshow, à commencer par le morceau-titre, vive épopée variant les styles, entre les Kaiser Chiefs première version et un MGMT accéléré. Les passages plus posés sont aussi en vue pour quelques-uns : hormis le passable Invincible, Lavender offre des garanties dans son alternance entre le minimalisme de la basse des couplets et les saccades électro contrôlées des refrains. D’autres morceaux frisent le too much commercial, notamment Good Morning et Fever, mais l’album reste sur ses rails tout son long. Le groupe nous offre même un gage appréciable de nouveauté avec Surgery, démarrant par un post-dubstep vigoureux et se terminant dans une explosion mêlant la pop, le soft-rock et l’électro dans un concert d’innovations absolument pas malvenues après 40 minutes d’écoute.
Two Door Cinema Club continue donc son bonhomme de chemin vers un succès global avec Gameshow, un album qui porte leur griffe et dont les moments d’égarement sont largement rehaussés par une qualité d’ensemble qui est, dans le style du trio nord-irlandais, tout à fait remarquable.
P.I.
 

 
 

A chaque nouvel album, une nouvelle ère pour Gaga. Après The Fame, The Fame Monster, Born This Way et Artpop, nous voila avec Joanne.

Si on remarque un déclin commercial certain depuis le début de sa carrière, les albums de Lady Gaga ont eux toujours été excellents et Joanne ne déroge pas à la règle. J’entends souvent les gens dire « Gaga, c’était mieux avant, quand elle faisait de la pop, la période Bad Romance, Born This Way, tout ça ». D’un coté c’est vrai, elle a changé de style, elle ne bat plus de records et on ne danse plus de la même façon sur ses titres. Mais cela fait partie de sa force, Lady Gaga n’a plus rien à prouver, et le démontre en faisant ce qu’elle fait, quitte à déplaire.

Cela étant dit, Joanne est un bon album, ni excellent, ni mauvais. L’album est un mélange de soft rock, de country et de pop, oui on parle quand même de Gaga. La guitare acoustique est omniprésente, un peu de synthé par-ci et par là et surtout sa voix iconique. Le premier single, Perfect Illusion, était taillé pour la radio, malheureusement la mayonnaise n’a pas tant pris que ça, la faute à des paroles beaucoup trop répétitives malgré la vibe rock des années 80. Autres mauvais élève de l’album, John Wayne, morceau clairement en deçà du reste de l’album, on attend toujours l’épique refrain…qui n’arrive pas.

 

 

 

Du coté des bons titres, le dernier single A-YO, un beat entêtant, qui ferait danser n’importe qui dans un bar mais pas dans une boîte. L’autre single, Million Reasons, est également un bon titre émouvant et personnel:
 

"I’ve got a hundred million reasons to walk away. (J’ai cent millions de raisons de te quitter)

But baby, I just need one good one to stay (mais bébé, j’ai juste besoin d’une pour rester)"
 

Enfin, Hey Girl est un morceau particulièrement attendu depuis qu’il a été teasé, et la raison est simple, c’est le seul titre offrant un featuring avec Florence Welsh du groupe Florence & The Machine. Le duo fonctionne extrêmement bien, clairement la plus belle surprise de l’album.

Joanne est donc seulement la suite du chemin artistique de Gaga. Elle a abandonné les clubs, les projets artistiques un peu douteux, pour des chansons qu’on entendrait dans un bar en buvant une pinte. Avec cet album, Lady Gaga semble avoir abandonné pour de bon son rôle de pop star pour endosser celui d’une artiste complète. M.W.

Quatrième album de Julien Doré, & est sorti la semaine dernière.

 

Le jeune Julien Doré, révélé grâce à ses flamboyantes prestations scéniques et vocales sous les lumières de la Nouvelle Star il y a déjà neuf ans, n’en parlez plus. En 2016, le chanteur alésien a 34 ans, et son image de showman impertinent tirée de ses années post-télé crochet ne lui collent plus vraiment à la peau. Deux périodes se distinguent dans son évolution musicale : celle d’Ersatz (2008) et Bichon (2011), puis une seconde représentée par Love il y a trois ans, et son nouvel album, simplement appelé &. Julien Doré se veut désormais poète mystérieux et exotique, puisque le bonhomme ne doit plus vraiment prouver qu’il a sa place sur la scène musicale française, passage obligé de tout vainqueur de concours de chant télévisé. Sur &, l’artiste-compositeur met donc en avant cette nouvelle facette de lui-même, plus posée, plus douce, et plus ancrée dans une écriture métaphorique toujours guidée par des aventures amoureuses en plein-air.
Disons-le tout de suite, Julien Doré ne surprend pas sur &. Il reprend le cocktail gagnant de Love en enlevant les duos féminins qui parsemaient son dernier album, et nage dans des eaux tourmentées sans vraiment s’écarter du rivage. Le single Le Lac avait dans sa vidéo Pamela Anderson, mais le titre tout seul ne déplace pas des montagnes, si ce n’est un riff sonnant très Louise Attaque et des chœurs bien placés. Doré ne prend pas trop la peine de varier son ton sur chacun des morceaux, ce qui rend le tout assez compact, mais on est en droit de se demander si quelques changements de volume n’auraient pas amélioré la qualité globale de l’album. Parce que si la voix de Julien Doré lui donne un aspect de poetical lover, la composition instrumentale est une réussite. Les plages lentes sont celles qui sonnent le mieux, comme sur Mon Echo, qui nous amène dans un rêve éveillé à l’ombre des falaises ombragées, ou le magnifique De mes sombres archives, clotûre de 7 minutes dont le son, les arrangements et la conclusion toute en subtilité rapide n’ont pas grand-chose à envier au Coldplay période Parachutes. Les plages plus enjouées, certes encore marquées par une écriture qui tourne un peu en rond, sont pour certaines d’entre elles dansantes à souhait, notamment Beyrouth Plage, associant instants exotiques et couplets rêveurs, ou bien Moonlight Serenade, sur laquelle la binarité douce du rythme rend la variété pop de son auteur particulièrement attendrissante.
& est une suite de morceaux traitant plus ou moins des mêmes thèmes, sur des rythmes semblables. La seule dissociation se faisant au niveau de l’orchestration, il n’est pas étonnant que de nombreux morceaux se ressemblent. La première moitié de l’album se répète ainsi beaucoup, trouvant ses points forts sur Corail, titre presque dance en duo avec Juliette Armanet, ainsi que sur le léger Coco Câline. La seconde moitié est de bien meilleure facture, puisque Julien Doré y place ses inspirations diverses en les adaptant à sa musique (l'usage de l'italien sur Romy, par exemple). Sur un disque dépassant les 50 minutes, les longueurs se pardonnent, mais elles empêchent &, œuvre entre lascivité et spleen, de marquer les esprits comme il se doit.
P.I.

Revenus droit du Tennessee, les Kings Of Leon publient WALLS, leur septième album.

Cela fait désormais deux albums que la famille Followill place sa promo sous l’égide du retour aux sources. Les trois frères et le cousin du Tennessee sont dans le monde musical depuis 17 ans, et il est vrai que leur style a évolué depuis leurs débuts sur Youth And Young Manhood en 2003. Insufflant jadis un souffle nouveau sur le rock sudiste des années 2000, marqué par une insouciance et une liberté dans les structures et la production de leurs morceaux, le groupe atteint son apogée sur les excellents Aha Shake Heartbreak et Because Of The Times. Mais depuis 2007, le courant passe moins, la faute à des albums largement conçus pour les stades, certes de bonne facture, mais manquant cruellement d’une âme personnelle. La version 2016 des Kings Of Leon reprend donc le flambeau du roots, déjà mis en avant sur Mechanical Bull il y a trois ans. WALLS, symbole du retour au premier plan des Nashvilliens ? Le résultat n’est que partiellement réussi. On sent que le groupe veut à la fois se réinventer et puiser dans son passif sur cette nouvelle œuvre studio. C’est tellement le cas que la quasi-totalité des morceaux pourraient chacun dans leur style se retrouver sur un de leurs précédents albums sans que l’on crie à la faute de goût. All Around The World est le titre qui symbolise le plus le retour aux bases stylistiques du groupe, pas si évident sur l’ensemble de WALLS : le riff de basse est puissant et les guitares se font chœur pour dominer un rythme prenant et la voix de Caleb Followill qui prend toute sa force sur les refrains. Conversation Piece, que ce soit par ses paroles ou sa composition, rappelle lui des passages de Mechanical Bull dans une ambiance proche du No Suprises de Radiohead en version éthérée. Le morceau-titre constitue quant à lui une jolie ballade, genre que l’on découvre dans l’univers du groupe.
Malgré ces bons points, WALLS comporte encore trop de passages lisses basés sur le même type de structure, proches de l’essentiel de Only By The Night, l’album qui a fait rentrer les rois de Léon dans le rang. Waste A Moment et Over en sont deux exemples particulièrement évocateurs : des guitares en mur de son et un rythme qui n’évolue pas tout au long des titres, le tout sur des chœurs purement stadiers pour le premier et des minutes qui n’en finissent pas sur le second. Les tentatives de refaire du vieux échouent elles aussi trop souvent, la faute à une probable peur de prendre des risques. Non, les Followill d’il y a dix ans ne sont pas compatibles avec leur version mise à jour, ce qui rend un cocktail des deux pas toujours digeste (Eyes On You et Wild ne sont que des pâles copies des moins bons moments de Aha Shake Heartbreak).
Il faut le dire une fois pour toutes, la patte des Kings Of Leon leur appartient tellement qu’une fois leurs morceaux à l’oreille, il est difficile de ne pas rentrer dans leur jeu. Le groupe se situe probablement dans la catégorie de ceux qui ne produiront jamais d’œuvre absolument mauvaise, mais pour laisser une trace dans l’histoire, il ne suffit pas d’enchaîner les albums moyens. Au final, les quatre membres ont beau se mouvoir dans les vertus anti-âge de ce qui ressemble à du lait d’ânesse sur la pochette, il ne suffit malheureusement pas d’une cure de jouvence pour retrouver toute la fougue de sa jeunesse.
P.I.
 

 
 

Alaska Thunderfuck, de son vrai nom Justin Honard est une Drag Queen connue pour avoir participé à l’émission RuPaul’s Drag Race. Et comme souvent, chaque « Queen » sort un album, pour se faire un peu de pub.

Alaska n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle a déjà sorti l’excellent Anus en 2015. Elle récidive cette année avec Poundcake.

Autant le dire d’entrée de jeu, sa musique s'adresse à un public de niche. Certes, il s’agit de pop/electro plutôt banale mais les lyrics font souvent références à des private-jokes liées à la culture LGBT et au monde de la nuit.

Si Anus a constitué un chef d’œuvre du « genre », Poundcake l’est un peu moins. Certains titres sont franchement oubliables, mais certaines retiennent l’attention. En premier lieu le premier single Puppet. Dans ce titre, Alaska nous présente son alter-égo (Oui.. alter-égo d’une drag queen...) appelé « Poundcake ». Le clip, les lyrics, le maquillage, les costumes, tout est parfait.








 

 

 

 



 

L’avantage de cet album est qu'il ne s'agit pas juste de la pop/electro banale, mais elle prend des risques. Dans The T, Alaska nous propose une chanson autobiographique, en rap. Elle y parle de son expérience dans les émissions qui ont fait son succès, mais aussi de ses relations passés, ses fans, et elle fait du name dropping d’autre « Queens ». Name dropping qui réaparraît dans beaucoup d’autres titres, notamment sur le morceau Slaytina.

On trouvera également des touches de country dans Race Chaser et de la samba dans le morceau Come to Brazil. Globalement l’album ravira les fans de Drag, mais peinera a toucher un public plus large… et au final ce n’est pas forcément le but. Comme RuPaul, (considéré comme la matriarche suprême des Drag Queens) le dit, « Drag est par essence opposé au mainstream »M.W.

Stay Together, c'est le nom du nouvel album des Kaiser Chiefs, disponible depuis le 7 octobre dernier.

Originaires de Leeds, les Kaiser Chiefs font partie de ces groupes qui ont décidé de s’exporter outre-Atlantique pour permettre à leur carrière de prendre une nouvelle dimension. Depuis leur dernier album Education, Education, Education & War sorti il y a deux ans et demi, le groupe britannique semble avoir pris une nouvelle direction artistique, caractérisée par les singles issus de leur nouvel opus Stay Together. Car la bande menée par Ricky Wilson n’est plus tout à fait la même depuis le départ du batteur fondateur du groupe Nick Hodgson il y a quatre ans. Le rock indépendant assez libre des premiers albums est de l’histoire ancienne, car les Kaiser Chiefs veulent montrer qu’ils ne sont pas le groupe d’un seul style. Sur Stay Together, ils apparaissent en effet comme une formation éclectique.
Les trois premiers morceaux sont caractéristiques de la prise de pouvoir de Ricky Wilson dans la composition, ce qui nous donne des titres branchés électro à grands renforts d’effets de production qui ne font pas tout le temps leur effet. Le clavier en fond de Parachute sonne par exemple un peu faux, et même si les refrains de ce dernier et de Hole In My Soul sont énergiques, on ne peut s’empêcher de repenser au temps où le groupe produisait des morceaux tels que Ruby ou I Predict A Riot dans lesquels se retrouvaient toute la quintessence du brit-rock des années 2000. Heureusement, les Kaiser Chiefs restent encore un groupe estampillé rock indé, un genre que l’on retrouve parfaitement sur Good Clean Fun, titre mené par des guitares réverbérées et une rythmique basique qui orchestre parfaitement le tout, et particulièrement le timbre de Ricky Wilson nous renvoyant quelques années en arrière. La production prend peut-être un peu le dessus, mais c’est un très bon morceau dont l’inspiration de Franz Ferdinand est assez évidente. Le titre Sunday Morning fait également plaisir à l’écoute, l’impertinence british ressortant de la distance vocale prise par Wilson par rapport aux paroles et de l’ambiance générale du morceau, qui fait écho au travail du groupe sur ses deux premiers albums. High Society donne de son côté l’occasion au chanteur du groupe de montrer qu’il peut s’exercer au glam rock à la T-Rex, un des rares moments de l’album où l’intensité ne se trouve pas à son maximum. Le côté rock du groupe n’est malheureusement pas assez présent, puisque l’essentiel de l’album laisse la part belle à des expérimentations électroniques pas vraiment risquées, mais qui ne sont pas désagréables à l’écoute (les claviers de Happen In A Heartbeat passent très bien après les tentatives vocales de Wilson sur les premières minutes). Cependant, la production est tellement poussée que l’on se demande parfois si certains titres ne sont pas de purs produits de Pro Tools auxquels on aurait ajouté quelques touches d’instruments physiques, histoire de.
Si l’on s’écarte de l’histoire des Kaiser Chiefs en elle-même, Stay Together peut constituer un bon cru. En l’insérant dans leur discographie complète, cette nouvelle œuvre studio marquera probablement le début de l’ère Wilson, marquée par une prédominance de la production au détriment de véritables innovations rock. Certains aimeront, d’autres détesteront, mais les groupe de Leeds aura au moins pris soin d’effectuer sa probable transition stylistique de la manière douce.
P.I.
 

 
 

Pone, DJ au talent indéniable mais encore assez méconnu, se lance en solo avec Radiant.

La carrière de Pone est tellement longue et fructueuse qu’il est difficile de croire qu’il s’agit de son premier album solo. Producteur polyvalent, que ce soit pour accompagner les flows de rappeurs ou pour apporter sa touche à des formations bien connues comme la Fonky Family et Birdy Nam Nam, le DJ de 43 ans est un touche-à-tout. Dès lors, évoquer un vrai premier album ne paraît pas tout à fait adéquat. La carrière du producteur parle pour lui, et Radiant représente cette maturité créatrice que Pone a acquise il y a bien longtemps déjà.
L’album est un voyage onirique sur des routes urbaines abîmées par le temps. En grande partie instrumental, il nous transporte de bout en bout, des premières notes obscures de First Light à la soul retenue de Highways. Entre temps, Pone nous propose de longs moments d’apesanteur, bien aidé par Jaw, Isles et Sage, trois chanteurs qui apportent un peu plus de hauteur à une œuvre qui voguait déjà vers la stratosphère. La performance du premier sur Highways est particulièrement impressionnante, sa voix insérée dans une atmosphère entre les âges paraissant sortie d’un vinyl remixé des années 60, tandis que le second donne au dyptique Ingenue-Take 2 en milieu d'album un son à la Play de Moby. Les titres Renewal, Physical Element et Mad Boys sont les plus électrisants, leurs passages euphoriques tout en maîtrise rappelant quelques titres du meilleur de M83. L’électro industrielle, décidément très en vogue en ce moment, compose à son tour l’ambiance de Discontinuity, marathon de presque six minutes axé autour de diverses tonalités en ordre de bataille prêtes à s’échapper à tout moment. Quant au puissant M.F.C., d’inspiration hip-hop, il rappelle à tout le monde les origines musicales de l’artiste en élevant le niveau à partir de deux simples samples et d’un fond sonore en montée croissante.
La puissance de Radiant réside dans le mélange de diversité et de continuité que Pone parvient à diffuser durant 50 minutes. Le producteur réussit le tour de force de nous tenir en haleine à chaque instant, en renouvelant à chaque seconde des rythmes urbains à placer sur une échelle entre ambient améliorée et grâce volatile. Sa capacité à maîtriser les rythmes et à placer les changements de tempo aux moments opportuns, tout en ne perdant jamais le fil de sa pensée compositrice sont les signes d’un talent que Pone a pu enfin libérer sur une œuvre solo. Après plus de vingt ans de carrière, on ne peut que lui dire merci, et en redemander.
P.I.

 

Paul Idczak & Maxime Wangrevelain
(Crédits pochettes albums : Astralwerks, Parlophone, Interscope Records, RCA Records, Producer Entertainment, Sony Music, Karoline International, Ponar)