Par Maxime Wangrevelain

La Premier League, considérée comme le meilleur championnat du monde au milieu des années 2000, est aujourd'hui reléguée parmi les seconds couteaux sur le plan européen. Comment le championnat anglais a-t-il pu régresser autant en si peu de temps? Réponse avec Maxime Wangrevelain.

Ce week-end s’est déroulée la 15ème journée de la Barclays Premier League, l’équivalent de notre Ligue 1 à nous autres Anglais. Ce championnat, connu pour ses clubs mythiques comme Manchester United ou Liverpool est au centre du « business football » financier. L’augmentation des droits télés, et des contrats de sponsors et équipementiers ont battu de nouveaux records cette année, faisant de la BPL un championnat extrêmement riche et attractif. Néanmoins sur le théâtre européen les clubs anglais sont invisibles, la dernière victoire en Ligue des Champions remontant à 2012 avec la victoire, inespérée, de Chelsea.  Depuis, aucun club n’a atteint le dernier carré.

Pourtant les clubs ont tout pour réussir. Le sport est très populaire au Royaume-Uni, de grand joueurs d’aujourd’hui et de demain y sont présents, ainsi que des entraineurs de renom et surtout une manne financière inégalable en Europe et même dans le monde. Alors pourquoi les Arsenal, et autres Manchester City n’y arrivent plus sur la scène internationale ?

En Ligue des Champions ou en Europa League, on remarque que les clubs anglais ne sont clairement plus compétitifs, et petit à petit perdent des points dans le très important coefficient UEFA. Celui-ci est un classement des championnats de football européens qui permet d’attribuer les places qualificatives pour les compétitions européennes. Pour être bien placé, il faut gagner le plus de matchs, raisonnement logique. Et donc logiquement le championnat anglais a commencé à se faire dépasser, d’abord par l’Espagne en 2012, et sûrement bientôt par l’Allemagne. Et, dans quelques années, il est également possible que l’Italie le dépasse. Ce classement est important car il détermine également le nombre de clubs du championnat qui peuvent accéder à la Ligue des Champions, la présence dans les trois premières places permettant la qualification potentielle de 4 clubs.

 

Comment expliquer ce désintéressement des clubs anglais pour ces compétitions de prestige ? 

 

Plusieurs points de vue s’opposent, le premier est purement sportif : aujourd’hui, les clubs anglais sont tout simplement moins bons, voire mauvais. La raison de cette baisse de niveau ? Le calendrier très serré de la BPL. Les clubs anglais enchainent en effet beaucoup de matchs, particulièrement lors de la période des fêtes de Noël. Par exemple, Manchester City a effectué 5 matchs entre le 20 décembre 2014 et le 3 janvier 2015. 4 matches qui comptent directement pour la Premier League, et un pour la FA cup. Cet enchainement de matchs provoque la fatigue des joueurs phares, ceux qui sont titulaires à quasiment chaque match. Les joueurs des clubs anglais se trouvent donc beaucoup plus fatigués  lorsqu’il faut passer aux matchs à élimination directe en Ligue des champions, qui débutent aux alentours du 20 février. Cette raison est contestée par beaucoup de gens, qui montrent que dans les années 2000, les clubs anglais avaient également un calendrier très chargé et que cela ne les a pas empêché d’être des rouleaux compresseurs européens.

 

Une raison purement financière ?

 

L’autre raison, plus rarement évoquée, est financière. Aujourd’hui, les clubs de foot en Angleterre et partout dans le monde sont devenus des entreprises multinationales dégageant un très important chiffre d’affaires.

De ce fait, les clubs ne sont pas dirigés comme des clubs, mais comme des entreprises recherchant le profit a tout prix. La BPL est ainsi devenue un véritable produit commercial. On ne vend plus un match sportif, mais une rencontre spectaculaire. La façon de filmer les matchs, la qualité des stades, des lumières ou même de la pelouse est incomparable avec ce qu’il se passe dans les autres pays. Comme ce produit est très bien présenté, il est également très bien vendu. C’est à ce moment que rentrent en compte les fameux contrats de droit de diffusion. Et les chiffres sont ahurissants. La Premier League utilise  une répartition plus ou moins équitable des revenus sportifs : tous les clubs reçoivent la même somme d’argent des droits télés, puis viennent ensuite divers bonus dépendant du classement du club ou encore du nombre de téléspectateurs.












 

 

 

 

 

 

 

Comme on le voit dans ce classement, les clubs qui engrangent le plus de revenus sont… espagnols, le Real Madrid et Barcelone s’accaparant a eux seuls un peu plus du tiers des droits de leurs championnat. Les revenus des clubs anglais sont nettement plus homogènes. On note notamment que le dernier club de Premier League, Cardiff, touche plus d’argent que le 4ème de la Série A (championnat Italien) et largement plus que le 1er de notre bonne vieille Ligue 1.

Ces chiffres datent de la saison 2013-2014. En 2015, les droits télé pour la période 2016-2019 ont été vendus pour un montant record de 7 milliards d’euros, soit 2,3 milliards d’euros par an. De ce fait, à partir de 2017, le dernier du classement touchera au moins 136 millions d’euros, tandis que le champion empochera quant à lui près de 210 millions. Sans parler des contrats avec les équipementiers sportifs, leur manne financière ne va donc pas cesser de s’agrandir.  

La corrélation entre compétitions européennes, chiffre d’affaire et revenus des droits télé est donc toute faite. Il est plus intéressant financièrement d’être bien placé en Premier League que dans n’importe quel compétition européenne, quitte a délaisser des compétitions de prestige comme la Ligue des Champions. Il existe donc un veritable décalage de niveau entre les matchs du weekend et ceux en Ligue des Champions.

 

Un souci tactique ?

 

Dernier argument fréquemment entendu, celui  de la tactique. Les fautes ne sont pas autant sifflées en Angleterre qu’en Espagne, et les contacts sont courants. Le jeu est donc beaucoup plus porté sur le physique que sur la technique. Certains joueurs français le disent clairement « quand on joue contre Stoke ou Crystal Palace il faut être prêt physiquement, chaque match est un veritable combat ». La BPL privilégie donc les matchs physiques et « bourrins » aux matchs techniques et tactiques. Enfin, les entraineurs en BPL jouent à un jeu de chaises musicales, et il n’y a donc pas beaucoup de sang neuf, hormis concernant ceux des gros clubs, et encore ceux-ci sont souvent rigides dans leurs tactiques comme Louis Van Gaal, entraîneur de Manchester United.

 

Le championnat anglais a changé, il n’est plus aussi dominateur que lors des années 2000. Cette régression s’explique par les raisons évoquées précédemment, ainsi que par d’autre raisons de moindre importance, comme la disparition momentanée de Manchester United, veritable locomotive avant 2013. Mais le championnat reste dominateur dans la présence médiatique et la qualité de ses retransmissions télés, bénéficiant en plus d’être diffusé pendant les jours de fêtes et lors du légendaire Boxing Day anglais.

 

FOOTBALL ANGLAIS :

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