Prêtres pédophiles : l'Eglise se défend

Après les nouvelles accusations de pédophilie, le cardinal Philippe Barbarin s'est défendu d'avoir couvert ses confrères. L'Eglise se retrouve malgré tout une fois encore sous les feux des projecteurs judiciaires.

 

Les accusations successives ont plongé l’Eglise dans la tourmente, trop souvent impliquée dans des affaires de pédophilie. Le cardinal Barbarin est soupçonné d'avoir couvert les agissements pédophiles de ses confrères, notamment du curé Prenay et son diocèse, sans l'avoir signalé à la justice. De nombreuses plaintes visent le cardinal, après celle déposée le 4 mars à Lyon, pour "non-dénonciation" d'attouchement sexuels sur un mineur de moins de 15 ans ainsi que "mise en péril de la vie d'autrui". Suite à deux plaintes de deux hommes vendredi, le diocèse de Lyon est secoué. L'une d'elles s'adresse a plusieurs responsable diocésains dont le cardinal. Ce dernier à été défendu par le président de la conférence des évêques, Mgr George Pontier, pour qui, la nécessité est de " privilégier l'accueil des victimes et de leurs familles, les inciter à porter plainte, engager les procédures canoniques contre les auteurs de ces actes et travailler en toute loyauté avec la justice de notre pays" et de faire "la vérité pour les victimes".



Plusieurs prêtres suspectés de pédophilie

L'affaire du diocèse lyonnais comprends plusieurs volets. Le curé Bernard Preynat, qui encadrait dans les années 90 le groupe scout de Saint-Luc, est mis en cause dans des affaires de pédophilie par une ancienne victime ; le cardinal n'a jamais répondu aux victimes sur cette affaire. Après le curé Preynat, c'est le prêtre Eric Pepino qui est mis en examen pour "corruption" et "atteinte sexuelle" sur un mineur de 14 ans. La défense du prêtre Pepino est basé sur un fait simple : il croyait sincèrement avoir eu des relations sexuelles avec un homme majeur. L'affaire se soldera par un non-lieu. Barbarin aurait même promu un prêtre en 2013 alors que ce dernier était mis en cause dans des affaires de pédophilie. Il a admis avoir été informé par le prêtre Preynat qui, selon lui, avait arrêté ces agissements. Après avoir cru Bernard Preynat, le Vatican a souhaité l'éviction du pédophile, ce que le cardinal Barbarin a fait. Un lourd passé pour l'Eglise, qui rappelle le fim oscarisé Spotlight traitant de l'affaire des prêtres pédophiles mis a jour par les journalistes du Boston Globe, même si le cardinal Barbarin est normalement réputé pour sa dureté avec les cas de pédophilie. Il aurait en effet demandé le départ de plusieurs prêtres suspectés.

 


« Prendre ses responsabilités »

Manuel Valls était invité sur RMC pour donner son avis sur l’affaire. Le Premier ministre a émis l'idée d'une éventuelle démission du cardinal Barbarin suite aux accusations. « J’attends non seulement des mots mais aussi des actes », avait-indiqué, en rajoutant : « qu'il prenne ses responsabilités ! Je respecte la présomption d'innocence. Je ne suis pas juge, je suis chef du gouvernement, je fais attention à tous les mots que je veux prononcer, mais un homme d'Eglise, cardinal, primat des Gaules, qui a une influence morale, intellectuelle, qui exerce une responsabilité majeure dans notre société, doit comprendre la douleur".
Les témoignages s'accumulent dans cette affaire. L'éducation nationale entend bien poursuivre sa lutte contre les abus sexuels des enseignants sur des enfants. Suite à la révélation des dysfonctionnements de l'institution et de l'affaire de Villefontaine, le gouvernement a annoncé qu'il y avait eu 27 radiations en 2015. Un constat horrifiant, quand seize révocations avaient été prononcées en 2014.

Ce n'est pas la première fois que l'Eglise doit lutter contre la présence de pédophiles en son sein. Cependant comment diminuer le nombre de ces agressions quand plusieurs cardinaux ne veulent rien voir ? Le fait que les prêtres ne ne puissent pas être en couple ni vivre une relation amoureuse engendre-t-il une frustration sexuelle et une déviance ? La réforme grégorienne de 1050 qui interdit aux prêtres de faire l'amour est-elle vraiment une des raisons de ces actes immondes ? C'est maintenant à l'Eglise de répondre des actes de ses préposés. Mettre à l'écart un cardinal pour "non-dénonciation" ne sera effectivement pas suffisant…

(Wikimedia Commons)