Aujourd'hui sort le 25ème  album de David Bowie, à peine deux ans après The Next Day. Blackstar, stylisé en ★, renouvelle avec une musique avant-gardiste, ce qu'annonçait déjà le premier single issu de l'album et dont nous vous avions déjà parlé il y a deux mois. ★ est-il l'album du véritable retour ? C'est toute la question qui se pose. En 2013, après 10 ans d'absence sur le devant de la scène musicale, David Bowie sortait The Next Day. L'album annoncé comme son grand retour fut une réelle déception, Bowie ne parvenant pas à renouer avec le rock grandiloquent et inspiré qui a fait son âge d'or dans les années 70. A la place, on découvrait un enchaînement de titres pop assez insipides, un mauvais album de Bowie de plus en quelque sorte. Le bonhomme nous avait habitué depuis le début des années 80 à des sorties récurrentes d'albums moyens, voire carrément mauvais. Pourtant, The Next Day s'achevait sur une chanson en rupture totale avec le reste de l'album, un titre sombre et énigmatique, mêlant une rythmique implacable et des instrumentations aux violons. Oui, ce dernier titre annonçait ★. On assiste aujourd'hui au retour du vrai Bowie, du Bowie précurseur, qui ose la nouveauté, et qui fait bien de l'oser. Parce que le résultat est là. ★ est un très bon album, le retour du maître, son meilleur depuis 1. Outside, sans hésiter, c'est-à-dire depuis 20 ans. Et les points communs sont nombreux entre les deux. Ils sont avant-gardistes, surprenants, assez difficiles à la première écoute, agréables à la deuxième, de véritables pépites à la troisième. L'album s'ouvre avec la chanson-titre, Blackstar, le morceau de bravoure et premier single issu de ★. Je ne vais pas vous en reparler, mais sachez que c'est probablement la meilleure chanson de l'album. L'album enchaîne sur 'Tis A Pity She Was A Whore, un morceau plus brut mais toujours assez réussi. On a entendu beaucoup de spéculations en amont de la sortie de ★ sur la possibilité que Bowie ait produit un album de jazz. Il n'en est rien, les rythmes électroniques et les synthétiseurs sont là pour le démontrer. Mais on sent bien l'influence du jazz sur l'album, le saxophone est très présent et offre une très grande plus-value. Le troisième titre de l'album, Lazarus, dégage une ambiance très similaire aux précédents, mais est beaucoup plus calme. On y est introduit à une valeur qui reviendra souvent au long de l'album, celle du simple drum'n'bass, qui instaure le thème de l'album : l'énigmatique, le sombre. La musique de Bowie intrigue vraiment son auditeur. L'artiste parvient à mêler le subtil et le brutal, et il le fait comme jamais, ce dont Lazarus est un parfait exemple. Sue (Or In A Season Of Crime), la chanson suivante, était déjà sortie en 2014 sous une version plus jazz justement. Sur l'album on trouve une nouvelle version, plus brute, aux guitares et à la rythmique à la Earthlings. Sans qu'il soit mauvais, le titre est probablement le moins bon de l'album, la voix de Bowie n'allant nulle part et parcourant une mélodie très expérimentale proche de l'aléatoire. Girl Loves Me confirme ce qu'avait réussi Lazarus : mixer le brut et le doux. Ce n'est pas une excellente chanson, mais elle fait clairement le job, et on continue pour arriver au duo de fin de l'album. Dollar Days commence comme une ballade jazzy et se poursuit comme une ballade à la Bowie, tout ce qu'on aime est dans cette chanson, certaines intonations rappeleraient même l'excellent Lady Grinning Soul, qui concluait le non moins formidable Aladdin Sane en 1973. Les deux albums semblent presque se répondre, tant les intonations jazz de cette fin d'album rappellent celles déjà présentes sur l'album successeur de Ziggy Stardust. La dernière piste de ★ surprend, réalisant presque une boucle avec The Next Day. En effet, si Heat annonçait Blackstar, I Can't Give Everything Away semble repartir sur de la pop plus classique. Mais là où la boucle n'est pas bouclée, c'est que cette chanson est bien plus réussie que toutes celles présentes sur l'album de 2013. On termine l'écoute de ★ sur une note positive, où la voix de Bowie semble plus libérée et aérienne que sur tout le reste de l'album. Et franchement, ça fait du bien. On redécouvre le vrai David Bowie, celui qui nous fait aimer la plus improbable des chansons brutes avant-gardistes, tout en gardant cette subtilité reconnaissable qui a fait sa renommée. Bowie est vraiment de retour avec ★, un grand album qui, on l'espère, annonce le meilleur. T.H.
 

PLUS VITE QUE LA MUSIQUE #10

Bowie revient, Lemmy S'en VA 

PAR THOMAS HERMANS et Paul idczak

Cette semaine, critique du nouvel album de David Bowie et hommage à Lemmy Kilmister.

David Bowie
BLACKSTAR

4/5

Hommage à Lemmy Kilmister, chanteur et bassiste légendaire du groupe Mötorhead, décédé le 28 décembre dernier. Il paraissait indestructible. Il a pourtant fallu peu de temps au cancer qui lui avait été diagnostiqué trois jours plus tôt pour l’emporter vers l’au-delà. Lemmy Kilmster est mort le 28 décembre dernier, histoire de rendre l’année 2015 encore plus triste.
Le musicien restera dans les mémoires comme un des plus grands rebelles de la musique. Admiré par certains, adulé par des millions de fans aux quatre coins du monde, respecté par tous ses pairs, Lemmy manquera à la planète musicale, alors même que Mötorhead, son groupe de toujours ou presque, avait entamé une tournée mondiale pour célebrer ses 40 ans d’existence. Bien sûr, la musique que composait Lemmy et sa bande n’est pas vraiment ce que l’on pourrait appeler « fine », et se trouve parfois à la frontière entre la mélodie et le bruit. Mais c’est cela qui était fort avec Lemmy : derrière son allure je m’en foutiste assumée se cachait un compositeur de talent, qui a réussi, avec le guitariste « Fast » Eddie Clarke et le batteur Phil Taylor, à composer des morceaux basés sur des rythmes et des riffs d’une relative simplicité (Ace Of Spades, Overkill, Fire Fire…), mais également à faire perdurer le style mêlant heavy metal, punk, speed metal et rock pur et dur de Mötorhead à travers les décennies.
Lemmy, c’était aussi un son de basse et une voix reconnaissable entre mille, et un style de vie qui a sûrement été une des raisons pour lesquelles Dave Grohl, leader des Foo Fighters et ex-batteur de Nirvana, l’a élevé au rang de plus grand motherfucker du monde (pas besoin de traduction). Grande gueule par excellence, Lemmy fumait 3 paquets de cigarettes par jour et buvait en moyenne plus de 2 litres de whisky quotidiennement. Loin de vivre une vie de rock star, il passait la plupart de son temps libre dans un petit appartement de Los Angeles à jouer aux jeux vidéo et à profiter de sa vie. Un rebelle tranquille, en somme, comparé à Jesus-Christ ou à Dieu par certains de ses fans inconditionnels. Car quoiqu’on dise de Lemmy Kilmister, on ne peut pas nier qu’il possédait une aura particulière, un charisme qui a rassemblé des millions de gens derrière lui, d’abord avec Hawkwind, puis avec Mötorhead.
Maintenant qu’on ne pourra plus se déplacer pour aller voir la légende Kilmister sur scène, ni même Mötorhead qui s’est éteint avec son bassiste et chanteur, la meilleure chose à faire est de ne pas avoir peur de se casser les oreilles et d’écouter ou réécouter du Môtorhead au volume maximum. Et si vos voisins râlent, qu’ils appellent la police qui débarque chez vous et vous ordonne d’arrêter la musique, faites comme Lemmy et répondez-leur qu’il vous faudra « une autre raison que l’interdiction ! ».
P.I.
 

 

 

GOOdbye lemmy