Avec un nouveau batteur et un nouveau bassiste, Bloc Party amorce une nouvelle ère dans sa carrière, caractérisée par son cinquième album Hymns. Groupe tonitruant formé au milieu des années 2000, auteur d’albums alternatifs de grande classe comme Silent Alarm en 2007 puis A Weekend In The City deux ans plus tard, le groupe britannique a caractérisé le renouveau rock des années 2000 outre-manche, aux côtés des Franz Ferdinand et autres Kaiser Chiefs. Après un départ sur les chapeaux de roue comme fut le sien, la formation menée par Kele Okereke aurait pu continuer dans la même veine au fil des ans. Toujours rock et puissants même si de moindre qualité artistique, Intimacy (2008) puis Four (2012) ont permis à Bloc Party de garder son rang auprès des amateurs de rythmes rapides et de mélodies efficaces. Avec Hymns, sorti la semaine dernière, retrouve-t-on ce qui a fait le succès du groupe ? Tous leurs fans vous répondront la même chose : non. Après le départ du batteur Matt Tong et du bassiste Gordon Moakes, Kele Okereke est devenu le seul maître à bord, et ses choix musicaux se font ressentir tout au long des 11 morceaux composant ce nouvel album. A l’écoute de celui-ci, il est en effet difficile de croire que Bloc Party a pu un jour être un vrai groupe de rock, une formation dont les riffs de guitare et les breaks de batterie représentaient l’essence. Hymns ne possède ainsi aucun grand moment véritablement susceptible de figurer un jour sur un best-of du groupe. Le single et morceau d’ouverture The Love Within fait danser et s’écoute sans peine, mais la touche électro est un peu trop prononcée. Only He Can Heal Me, basé sur un sample vocal répétant le nom du morceau et une courte séquence de batterie électronique, laisse quant à lui la part belle à Kele Okereke et à sa voix versatile. Le timbre du chanteur né à Liverpool est, plus encore que dans les précédents disques, le point central de la musique de Bloc Party, une évolution que certains pourront critiquer mais qui a le mérite d’offrir des instants d’émotion à l’album. Toutefois, Okereke joue parfois un peu trop de sa voix de tête, comme sur le morceau Fortress, assez mielleux. Il faut bien l’admettre, le groupe a perdu de sa superbe originelle, mais peut encore offrir de bons moments de rock : The Good News, meilleur morceau de l’album, est un des seuls à compter sur la guitare de Russell Lissack sur toute sa longueur, façonnant un post-refrain d’inspiration country exceptionnel, accompagné de chœurs chaleureux et de breaks énergiques qui vont à coup sûr réveiller l’auditeur. A d’autres instants, comme sur Into The Earth dans lequel les guitares se font écho, on entr’aperçoit le Bloc Party des anciens temps, mais cela ne dure pas assez longtemps pour que l’on puisse vraiment parler d’une continuité artistique entre cet album et ses prédécesseurs. Celle-ci n’existe effectivement pas, et c’est un choix assumé de Kele Okereke. Le quatuor joue moins sur l’énergie et davantage sur la subtilité (Exes, Real), ce qui le rapproche de nombreux groupes indés actuels, pour le meilleur et pour le pire.
Au final, Hymns est un album moyen, associant les longues séquences planantes et minimalistes à des bribes de rock, associés à des claviers omniprésents qui sont parfois de trop. Cet album est le symbole de la nouvelle voie prise par le groupe britannique, qui perdurera sans doute dans ses prochaines œuvres studio. Bloc Party est mort, vive Bloc Party. P.I.

PLUS VITE QUE LA MUSIQUE #13

Hymnes et TourS

PAR PAul Idczak et Thomas HErmans

Cette semaine, critique de l'album Hymns de Bloc Party et retour sur A Trick Of The Tail, album majeur de Genesis et du rock progressif sorti en 1976.

Bloc party
Hymns
2,5/5

Genesis
a trick Of The tail 40 ans

L'anniversaire de la semaine, c'est A Trick Of The Tail de Genesis. Sorti en février 1976, il est le dernier des cinq albums classiques du groupe de rock progressif britannique. Genesis, c'est trois albums fondateurs du rock progressif, trois chefs-d’œuvre que sont Nursery Cryme, Foxtrot et Selling England By The Pound, sortis entre 1971 et 1973. Le groupe, mené par le charismatique chanteur Peter Gabriel, se place comme le digne représentant de ce genre naissant au début des années 70. L'apogée du groupe arrive avec le double album-concept et opéra-rock qu'est The Lamb Lies Down In Broadway, qui focalise en 1974 toute l'attention que le monde musical peut porter au rock progressif. La pièce maîtresse de la discographie de Genesis semble être arrivée, et pourtant, Peter Gabriel prend de la distance avec ses camarades musiciens. En 1975, après la tournée de promotion de l'album, le chanteur quitte le groupe. Le groupe est considéré comme perdu, avec le départ de sa tête pensante. La sortie de A Trick Of The Tail va faire taire toutes les critiques.
Non, Genesis n'est pas mort. A Trick Of The Tail est probablement l'album le plus unifié et le mieux pensé en tant qu'album de toute la discographie du groupe. Les titres tournent tous autour des six minutes, à une exception près. Ils sont divisibles en deux grandes catégories : les tubes progressifs, dont accouche magnifiquement Genesis depuis 1970, et les très belles ballades, telles que Entangled ou Mad Man Moon. La plus belle représentante de cette deuxième catégorie est certainement Ripples, dont la douce mélodie entête l'auditeur pendant plus de 8 minutes. Phil Collins, batteur depuis 1971 et nouveau chanteur du groupe, s'en sort très bien sur l'album, et possède une tessiture et une interprétation très proches de celles de son prédécesseur. Au niveau des morceaux plus énergiques, quatre sont particulièrement réussis. La première piste, Dance On A Volcano, constitue une parfaite introduction, qui rassure tous les fans du groupe quand à son habilité à toujours produire le tout meilleur du progressif. Puis suivent Squonk et Robbery, Assault And Battery, deux épopées encore une fois très réussies. La piste finale, instrumentale, Los Endos, est faite d'une contraction des mélodies de Dance On A Volcano et Squonk, pour former une pièce épique, constituant la parfaite conclusion à l'album. Le seul défaut de l'album est peut-être la chanson-titre, la plus courte, qui s'éloigne du progressif pour se rapprocher de la pop plus sucrée qui fera le succès commercial du groupe dans les années 80.
C'est donc un excellent album que sort Genesis en 1976, rassurant les fans de rock progressif. Le groupe est encore capable de produire d'excellents titres, et l'album est une preuve de la qualité de composition des quatre membres restants, au sommet de leur art en matière d'interprétation. Avant le virage pop commercial de Genesis à la fin des années 70, A Trick Of The Tail marque la fin de l'apogée d'un des groupes majeurs du rock progressif. T.H.