L'interview de Waterwalk, l'hommage à Prince, une critique et un anniversaire, c'est dans le 18ème Plus vite que la musique !

 

découverte

Interview : Waterwalk

Comment est né le projet Waterwalk ?

Alex : On s’est rencontrés à Lyon en 2013, en commençant notre école de commerce. On est devenus vraiment potes, notamment autour de la musique. On a fait très vite de la musique ensemble, au départ on jouait des trucs un peu plus folk avec deux-trois potes, on tournait dans les pubs… A l’époque je composais énormément de musique, et je jouais essentiellement ce que je composais. On a fait deux-trois concerts comme ça à Lyon, mais on s’appelait pas du tout Waterwalk, c’était juste une bande de potes qui jouait ensemble.
On a commencé à faire de la prod à deux l’été dernier. On est restés à Lyon tous les deux, puisqu’on avait trois-quatre mois de libre, donc on s'esst motivés pour faire ça.

Thomas : Pendant qu’on faisait de la musique ensemble, j’ai commencé à m’intéresser à la prod, au logiciel Logic sur lequel on bossait. J’ai découvert toutes les possibilités qu’il y avait par rapport à ça. Au début je composais quelques trucs comme ça, pour m’entraîner, et au fur et à mesure on s’est rendus compte que ça pouvait donner une super potentiel de création. C’est là qu’on a vraiment commencé à mélanger d’un côté ce qu’on faisait avant, les sonorités rock… et en même temps en apportant la MAO qui nous offrait énormément de nouvelles possibilités.


Le nom Waterwalk, il vient d’où ?

Alex : L’été dernier, on habitait à Lyon. J’habitais sur la presqu’île au centre de Lyon, et Thomas habitait de l’autre côté du Rhône. On faisait la musique chez lui, et tous les jours je prenais le pont au-dessus du Rhône pour y aller. Quand je revenais chez moi vers minuit-1h, j’écoutais les sons qu’on avait faits dans la journée en marchant au-dessus du Rhône. En plus, Waterwalk, c’est aussi un nom qui sonne bien, et comme c’est compliqué de trouver un nom, on a choisi celui-là.

Comment vous décririez le son Waterwalk ?

Thomas : On a commencé à pas mal squatter les blogs, les playlists, etc. On s’est rendus compte que tout ce qui revenait sous la bannière indie, c’était des choses dans lesquelles on se retrouvait pas mal. Après, c’est toujours difficile de mettre un nom sur un style, surtout qu’on aimerait faire quelque chose d’unique qui n’a jamais été fait avant. On envisage la musique comme ça, du coup, même si on utilise davantage les ordinateurs aujourd’hui, on retrouve toujours les influences rock issues de nos anciens groupes respectifs dans notre musique.

Qui fait quoi dans le groupe ?

Thomas : On sait tous les deux jouer de la guitare et d’autres instruments, donc on ne se pose pas de limites. En studio par exemple, je vais pouvoir prendre la gratte à un moment et jouer un truc, Alex peut faire pareil…  C’est aussi le cas pour le clavier, même si ces derniers temps j’avais plus tendance à m’occuper des parties rythmiques, et Alex un peu plus des harmonies.

Alex : Concernant le chant, c’est surtout moi. Mais pour les backs ou les refrains, ça peut être Thomas, ça dépend. Et quand il faut vraiment taper dans les aigus en voix de corps, ça va plus être lui aussi. Dans la chanson principale du prochain EP sur lequel on travaille, c’est Thomas qui chante le refrain par exemple.

Thomas : On essaie de profiter au maximum de nos amplitudes de voix respectives.


Pourquoi chanter en anglais et pas en français ?

Alex : C’est moi qui écris les paroles, et je trouve l’anglais beaucoup plus naturel. Tous les groupes par lesquels j’ai découvert et appris la musique, sont quasiment uniquement anglophones.
On compose un peu notre musique comme ça en fait. Souvent Thomas arrive avec une base, quelque chose d’ultra simpliste avec un rythme et une ligne de synthé, de guitare, qu’on développe et au bout d’un moment je vais commencer à chanter en yaourt, histoire de poser l’air, de poser le ryhtme avec quelques syllabes importantes qui vont commencer à structurer la chanson. Et ces bases vocales ressemblent mille fois plus à de l’anglais qu’à du français. Après ça évolue naturellement vers de l’anglais. Pour moi, l’anglais pour le rock, c’est une évidence, même si on écoute aussi des groupes français !


Sur votre description Soundcloud, vous parlez de Ratatat, Foster The People et Bob Dylan. C’est vos influences majeures ou bien vous les citez en écho à votre musique ?

Alex : C’est plus par rapport à notre musique, même si c’est des groupes qu’on adore. Ce sont ceux qu’on a identifiés, parmi nos influences, comme ceux qui se rapprochaient le plus de notre son.

Thomas : Il y a des groupes qu’on a écouté tout le temps et qu’on adore tous les deux, comme les Strokes par exemple.

Alex : Les trois groupes qu’on adore vraiment tous les deux c’est les Strokes, les Red Hot Chili Peppers et les Babyshambles.  C’est les trois groupes qu’on met nous deux dans notre Top 10. Sinon, plus personnellement, j’ai découvert la musique avec U2, et j’adore d’autres groupes comme Radiohead, Arcade Fire…

Thomas : Dans nos influences, les groupes dont on se rend compte à posteriori qu’ils ont influencé notre musique sont Foster The People, Bombay Bicycle Club… Cette nouvelle vague de groupes qui envisage le rock d’une nouvelle manière et qui aime puiser dans les possibilités qu’offre la musique électronique. J’ai toujours bien aimé ces groupes qui ont deux facettes, deux styles, et c’est ce qu’on a envie de faire avec Waterwalk.


Vous voyez Waterwalk comme un projet qui est fait pour durer ? Ou c’est plus un hobby ?
 

Alex : On a écrit toute une histoire, avec des personnages. Ce premier EP c’est le commencement, la première étape qui va se prolonger dans le prochain EP, prévu pour juin. Et après on verra. On est capable de sortir des nouvelles chansons quand on veut, car on peut s’occuper de tout au niveau de la production, c’est simplement pour la diffusion qu’on aimerait avoir un label, ou bien passer sur des blogs. Après les deux EP il y a deux albums de prévu, qui continuent cette histoire.
 

Derrière votre chanson Brother, y a-t-il une idée personnelle ?
 

Alex : Derrière Brother se cache en fait la toute première chanson de toute l’histoire de Waterwalk. La chanson présente quelqu’un qui se rend compte qu’il mûrit, et qu’il est devenu mature tant physiquement qu’émotionnellement. Il prend conscience de ses relations qu’il a avec les autres d’un point de vue amical et sentimental et les problèmes que cela peut engendrer, des vrais problèmes d’adulte. Et cette personne décrit ses sentiments par rapport à sa relation avec son frère. Je me suis inspiré un peu de moi et de mon frère mais l’inspiration de base c’était la description de relations humaines forte. C'est-à-dire ce moment où tu prends conscience qu’on peut avoir des relations complexes. Dans mon cas, c’est quand je suis devenu adulte et que j’ai vu que mon frère le devenait. Le mot « brother » se rattache aussi à des amis proches qu’on peut avoir.

 

Quand avez-vous commencé à écrire cette chanson et combien de temps cela a-t-il pris ?
 

Alex : Pour Brother, Thomas l’a commencé quand on était en Australie, donc avant qu’on commence vraiment le groupe. On était là-bas en stage, moi j’étais à Sydney, alors que Thomas était a Melbourne. Et c’est lui qui a commencé à écrire les bases de ce qu’allait devenir la chanson. Le premier jour, quand on s’est retrouvé, et qu’on s’est dit qu’on allait faire de la musique ensemble, on a sorti tout les partitions que Thomas avait commencé et Brother était celle qui avait le plus de potentiel. Et en deux semaines on avait vraiment 90% de la chanson, par contre pour ajuster le tout on a mis bien un ou deux mois. A l’inverse, White Paper c’est allé super vite, en trois semaines tout était terminé.
 

Thomas : En même temps on a progressé sur les logiciels musicaux, ce qui nous à permis d’être plus rapides. Mais c’est vrai qu’on ne soupçonne pas tout le travail qui est fait derrière.

 

Vous trouvez le temps avec ce que vous faites en parallèle ?
 

Thomas : Oui, oui, on aimerait en avoir un peu plus, mais on passe déjà nos weekends à ça et on joue tous les soirs 3 heures, ce qui a tendance à agacer les voisins. Donc vers 22/23h on arrête. Après notre avantage de ne pas jouer avec des instruments acoustiques c’est qu’on peut jouer sur notre clavier-maître autant qu’on veut, au pire on met un casque et ça ne fait pas de bruit, alors que si on avait une batterie…

 

Pourquoi faut-il écouter Waterwalk ?
 

Alex : Parce qu’il y a plein de choses à venir ! L’histoire qu’on raconte et qui va se développer est sympathique, des personnages vont apparaitre et on va suivre leur périple.  Dans ce premier EP, l’histoire raconte qu’il y a des gens dans une grande ville, et ils ne sont pas satisfaits de ce mode de vie, ils prennent conscience de ça. Dans le second EP à venir, ils décident de partir pour recréer un monde à eux avec des valeurs sa rapprochant plus des courants anarchiste et libertaire, tout en restant apolitiques. Dans le premier album qui va arriver après, ces personnages vont être rejoints par d’autres, et petit à petit ils vont créer un village. Le second album sera dans la même veine, sauf qu’à la fin les personnages se rendront compte qu’ils ont créé ce qu’ils ont fui en premier lieu.
 

Thomas : Donc il faut écouter Waterwalk pour suivre le début de l’histoire !

 

Vous nous avez dit que vous étiez entrain de préparer un clip. Vous jouez dedans ? Ca raconte quoi ?
 

Alex : Alors déjà, on n’est pas les acteurs, mais on va faire des caméos. Ce sont surtout des potes à nous qui font du théâtre et qui dégagent quelque chose de cool qui vont jouer dedans ! La premier image sera celle d’une grande ville un peu oppressante, un peu comme Paris, mais ça pourrait être n’importe quelle ville. Et on y voit l’héroïne de toute l’histoire qui fait ses affaires et qui essaye de chauffer ses potes. Elle réussit et ils décident de quitter cette ville en bagnole pour aller dans un endroit un peu perdu. On s’est beaucoup inspiré des roadmovies, pas comme ceux des vacances mais quelque chose de sérieux, un peu comme Sur la Route de Kerouac. On va tourner ça en 3 jours en Normandie ! D’ailleurs on part faire un repérage dans 2 semaines.
 

Thomas : On a de la chance car Alexandre a un pote qui est un peu dans le cinéma et qui est chaud pour faire ce clip, surtout qu’il a bien aimé la musique. P.I. et M.W.

Derrière Waterwalk se cachent Alex et Thomas, 22 ans tous les deux, composant une musique indie rock au son directement reconnaissable. Interview.

Prince

1958-2016

HOMMAGE

 

Inattendue. La mort de Prince, décédé hier à 57 ans, fait écho à celle de son rival dans les charts des 80’s Michael Jackson il y a sept ans. L’un King, l’autre Prince, pour une seule couronne divisée en trois fragments dorés : celle de roi de la pop, de la musique, du cœur des fans. Il y a trente ans, les deux régnaient sans partage sur l’industrie musicale, dans des styles à la fois semblables et différents, l’irrésistible sens du groove qu’ils possédaient faisant office de point commun entre eux. Mais Prince avait pour lui quelque chose que MJ n’a jamais eu : l’excentrisme. Perdre Prince aujourd’hui, ce n’est pas seulement dire au revoir à un chanteur génial, à un multi-instrumentiste et danseur hors-norme, c’est aussi voir disparaître la folie créatrice d’un homme qui voulait toujours dépasser ses limites lors de ses grandes années. Prince respirait la funk et a rendu les années 80 moins ternes, à une heure où les claviers kitsch et les vagues de froid s’emparaient provisoirement des radios internationales. Des tubes comme Purple Rain, Kiss, ou encore Nothing Compares 2 U, que Prince a écrit pour la chanteuse irlandaise Sinead O’connor, sont des rochers inébranlables de l’histoire de la pop, qui ne seront peut-être jamais égalés. Si on ne devait juger les artistes que sur la marque qu’ils laissent dans l’histoire, l’interprète de I Would Die 4 U aurait une place privilégiée. Trois mois après Bowie, le voilà qui appartient à son tour au passé. Retrouvera-t-on un jour des artistes avec autant d’inventivité scénique et de sensualité que ces deux-là ? Faire le show est un art, le réussir à chaque concert en est une autre. C’est ce que faisait Prince avec brio, avec sa guitare en bandoulière et ses costumes multicolores. Lui, mi ange mi démon, divinité quasi-pornographique qui, comme toute superstar, était aussi connue pour ses frasques et pour quelques idées peu inspirées (cette insistance à vouloir écrire les mots avec des chiffres…). Les termes manquent pour marquer ses attributs princiers, mais une chose est certaine : sombre autant qu’étrange, le kid de Minneapolis repose en paix, et les colombes pleurent sa dernière envolée. P.I

Avec son titre évoquant la culture latine, le nouvel album de Benjamin Biolay ne pouvait pas nous laisser voguer dans des courants franco-français. Enregistré à Buenos Aires, dont le quartier Palermo est donc particulièrement mis en avant dès le titre de l’album, Palermo Hollywood est une déclaration d’amour assumée de Biolay à la capitale argentine. Les résonances latines transparaissent sur de nombreux morceaux, les cordes savamment orchestrées s’accordant parfaitement derrière la voix grave du chanteur français.
Bien souvent comparé à Serge Gainsbourg durant ses premières années de carrière, Biolay a bien quelques points communs avec le génie de la musique française du 20ème siècle, mais son talent s’exprime d’une manière toute autre. Cet album maîtrisé de bout en bout, faisant suite à une compilation de reprises de Charles Trénet l’année dernière et au déjà réussi La Superbe, en 2013, en est une preuve évidente. Biolay prouve que la musique n’est pas un art fermé, mais un domaine où l’ouverture et l’inspiration ne peuvent être que bénéfiques. Sur Palermo Hollywood, le français et l’espagnol se mêlent et se démêlent dans un flot continu, et même les pistes instrumentales contiennent des extraits de commentaires de football (Borges Futbol Club) ou des mots remixés et presque indéfinissables (Yokoonomatopea). Une fois n’est pas coutume, on retrouve des chansons dansantes, comme Miss, Miss, La Noche Ya No Existe, Palermo Queens… comme si Biolay nous incitait à pratiquer le tango en écoutant sa musique, tout en laissant ses mots nous traverser l’esprit avec insistance. Le natif de Villefranche-sur-Saône apporte avec son nouvel album une bouffée d’air frais dans nos oreilles, nous fait voyager avec lui dans les rues de Buenos Aires sans oublier également de nous guider dans des allées déjà fréquentées, mais toujours si intéressantes à visiter (Ballade française). La visite guidée est une réussite que Biolay ne doit à rien d’autre que son talent, qu’il prend soin de réinventer à chacun de ses passages en studio.​
P.I.

critique

Benjamin Biolay - Palermo Hollywood

 

ANNIVERSaire

 

Le 15 avril 1966 sort en Grande-Bretagne Aftermath, le premier album des Rolling Stones à ne comprendre aucune reprise. Retour sur un album pivot de la carrière d'un immense groupe.
 

En 1966, les Beatles se réinventent, et Mick Jagger et Keith Richards sentent qu'il faut réagir. Dans tous leurs précédents albums, les Stones se sont bien souvent contentés de reprises (bien menées) de classiques rock et blues, au détriment de la composition. Pourtant, en cette année 1966, les deux compères se rendent compte de leur capacité bien réelle de création. En 1965, le groupe avait signé le tube (I Can't Get No) Satisfaction, qui pousse alors la carrière du groupe vers le haut. Cette réussite encourage les Stones à composer entièrement l'album successeur d'Out Of Our Heads qu'est Aftermath.
 

L'album est un vrai tour de force pour un premier album complètement original. Brian Jones, à la guitare mais également à bien d'autres instruments comme le sitar, s'illustre comme la clé de voûte de l'oeuvre, Aftermath étant l'illustration de son génie musical. Jones pousse le groupe loin de ses origines blues, vers des confins plus expérimentaux. Cela se sentira encore plus sur les deux albums suivants que sont Between The Buttons et surtout le psychédélique Their Satanic Majesties Request. Pourtant, les Stones restent proches de ce qu'ils savent faire, du rockabilly blues, parfois même folk, parfois plus ou moins réussi. La deuxième partie de l'album alterne de bonnes chansons et d'autres très anecdotiques, mais la première face envoie le bois pour plusieurs années. L'introduction Mother's Little Helper annonce la couleur expérimentale, tandis que, quelques pistes plus loin, Under My Thumb, s'incarne comme la meilleure chanson de cet album de 53 minutes.
 

Il faut malgré tout préciser qu’Aftermath, comme tous les autres albums des Stones avant lui, a deux versions : une britannique et une américaine. La seconde, qui ne sort qu'en juin 1966, amputée de trois chansons assez anecdotiques et de la regrettée Mother's Little Helper, contient le tube intemporel qui consacre les Rolling Stones comme un groupe majeure de son époque, mais qui fait également éclater au grand jour le génie de Brian Jones. Il s'agit de l'immense Paint It Black, iconique de la période expérimentale du groupe.
 

Aftermath, ce n'est pas seulement un album renouveau, c'est un album charnière. Il démontre qu'au-delà de la qualité d'interprétation d'un groupe en puissance, se cache une grande capacité à la composition, portée par le duo Jagger/Richards et supervisée par le grand Brian Jones. Son atmosphère obscure et pensante a sûrement influé sur son originalité, portant l'album comme un chef-d’œuvre, en attendant l'avènement des Rolling Stones et leur âge d’or, de Beggars Banquet à Exile on Main St. T.H.

 

The Rolling Stones  
 

50 ans

Aftermath