Programme de cette 19ème édition : Radiohead, Chance The Rapper, Kygo et le point singles.

BARèME

 

L'événement musical de la semaine, c'était la sortie dimanche dernier d'un des albums les plus attendus de l'année, le nouveau Radiohead, cinq ans après The King Of Limbs.


Voilà donc cinq ans que le groupe britannique faisait patienter ses fans. Cinq ans d'albums solos, de side-bands et d'OST pour Paul Thomas Anderson. Mais surtout, cinq ans d'attente insoutenable, après un album assez moyen en 2011, un album ne présentant rien de nouveau, aux expérimentations mal tournées. Radiohead a eu la bonne habitude de se réinventer à chaque nouvel album, alignant les chefs d’œuvre depuis The Bends en 1995, mais les fans ont bien dû avouer, avec The King Of Limbs, que même un groupe de la trempe de Radiohead pouvait se planter. Peut-on d'ailleurs encore qualifier les cinq Britanniques de groupe de rock ? Alors que leurs trois premiers albums étaient très orientés rock alternatifs, voire un peu underground, ils se sont progressivement tournés vers l’électro et l'expérimental. Aujourd'hui, avec A Moon Shaped Pool, que reste-t-il des expérimentations du groupe ?


A Moon Shaped Pool est bien un album de Radiohead, il est même peut-être l'album le moins surprenant de toute la carrière du groupe (si l'on considère Kid A et Amnesiac comme un diptyque indissociable). Les Britanniques parviennent à mêler ce que l'on connaît déjà d'eux, c'est-à-dire des mélodies magnifiques, un lyrisme musical sublime, une voix de Yorke toujours aussi enivrante ainsi qu'une interprétation instrumentale parfaite, avec des caractéristiques toujours nouvelles dans la façon d'accompagner la mélodie. L'album est sombrement calme, aussi loin de l'électro à la Kid A que des guitares de There There ou de Just. Radiohead semble s'axer sur des instrumentaux plus classiques, utilisant parfaitement bien du piano, avec un génial soupçon de guitares, de synthétiseurs et de violons pour épicer le tout dans une sauce que seuls eux sont capables de cuisiner. L'album en devient, par moments, presque symphonique, tant chaque instrument (dont la voix) trouve sa place minutieusement parmi les autres, se complétant entre eux dans un jeu musical étonnant de pureté.


Si l'on excepte quelques morceaux plus faibles que les autres, comme Desert Island Disk, Glass Eye ou le très étonnant Tinker Tailor Soldier Sailor Rich Man Poor Man Beggar Man Thief, toutes les chansons sont presque parfaites. La chanson introductive, Burn The Witch, avance un rythme entêtant qui trompe l'auditeur, s'attendant à un album plus énergique. Radiohead nous a bien eu, l'instrumental cadencé ne vient que sublimer la douce voix de Thom Yorke, qui n'a pas bougé depuis vingt ans. Belle ouverture, le premier single de l'album se dévoile comme un point de départ audacieux à un album bien moins rythmé. La deuxième piste est également le deuxième single, Daydreaming, une ballade lyrique et douce, attrapant l'auditeur et l'entraînant dans le monde si particulier du groupe. L'immersion est totale, et après avoir capté l'oreille, l'album hypnotise pour la garder. Decks Dark est peut-être la meilleure chanson de l'album, et propose un mélodieux riff de piano, remplacé progressivement pas une sublime guitare. Le groupe propose décidément un album sans fausse note pour le moment, pour notre plus grand plaisir. Après ce début parfait, la relative déception de Desert Island Disk est vite effacée par Ful Stop, un crescendo désaccordé, qui ne conduit que mieux à une explosion finale de grande qualité. Après Glass Eye vient Identitik, peut-être la chanson la plus surprenante de l'album, dont la rapide guitare rompt complètement avec le calme ambiant (de l'album et du reste de l'instrumentation de la chanson elle-même). The Numbers est une ballade agréable à la sauce In Rainbows, tout comme la piste suivante, Present Tense. Pour terminer l'album, Radiohead ressort une antiquité de plus de vingt ans, True Love Waits, dont une magnifique version à la guitare acoustique peut être entendue en fin du live I Might Be Wrong. Le nouvel arrangement privilégie le piano, témoignant des choix faits par le groupe pour A Moon Shaped Pool, tout en étant la chanson la plus douce de l'album. Une parfaite conclusion à un album envoûtant.

Radiohead retrouve les sommet avec A Moon Shaped Pool. L'album agrippe l'auditeur dans une odyssée lyrique sans failles, rayant de la carte l'album précédent. Même les meilleurs peuvent trébucher, avant de retrouver l'équilibre. Et quel équilibre...
T.H.

Radiohead - A Moon Shaped Pool

 

Chance The Rapper - Coloring Book

Les rappeurs internationalement connus ne sont plus nombreux à publier des mixtapes. Chance The Rapper, avec son flow reconnaissable entre mille, fait toujours partie de cette espèce en voie de disparition. Ce vendredi, il publiait sur Datpiff sa troisième mixtape solo, intitulée Coloring Book.  

Les précédents projets de Chance The Rapper sont autant d'OVNIS hip-hop, remarquables par leurs instrumentaux enjoués accompagnés d’un rap se rapprochant beaucoup du chant, rendant le style du jeune rappeur quasiment impossible à ranger sous une case particulière. Dans Coloring Book, le natif de Chicago ralentit quelque peu ses humeurs musicales, mais présente une nouvelle fois un mélange de styles constitués autour du gospel, une première dans sa musicographie. Sa collaboration avec Kanye West sur Ultralight Beam, morceau incluant déjà quelques harmonies toutes droit sortie d’une église, ressemble ainsi à un avant-goût de l’esprit de cette nouvelle mixtape solo, sur des compositions comme Blessings, Special (qui fait écho à Everybody’s Something issu d’Acid Rap en 2013) et How Great. L’ensemble de la mixtape est habité par une ambiance heureuse, caractérisée par des arrangements variés, où le piano et les claviers ressortent particulièrement - Same Drugs aurait par exemple sa place sur une compilation soul des années 70.
Entre ces passages mélodiques sur lesquels Chance se transforme parfois en véritable vocaliste, les morceaux plus habituels dans l’œuvre du rappeur sont autant de passages obligés d’une mixtape qui nous tient en haleine de la première à la dernière seconde. Ce parcours au-dessus du hip hop se ressent à l’oreille, depuis No Problem jusqu’à Finish Line Drown, dans des morceaux accueillant avec plaisir de nombreux invités (T-Pain, Lil Wayne, 2 Chainz, Kanye West, Young Thug, Jay Electronica, Saba…). Le nombre important de producteurs ne joue en rien sur l’unité de la mixtape, lui apportant même encore plus de diversité artistique. Dans la tête d’un jeune homme de 23 ans, l’effort est remarquable, surtout que les textes de Chance sont au niveau des instrumentaux, ce qui ne constitue plus une surprise après trois mixtapes qui font de l’artiste un héritier naturel de Kanye West dans la capitale de l’Illinois, et même au-delà.
P.I.

 

Kygo - Cloud Nine

Kygo sort enfin son tout premier album : Cloud Nine. Il s’est fait connaitre en faisant des remix de James Blake, Coldplay ou Ed Sheeran, puis en sortant Firestone. C’est particulièrement ce dernier qui l’a révélé au monde. Depuis, il enchaine hit sur hit, comme Stole the Show, Stay ou encore Raging. Ces titres luis ont permis d’être l’artiste ayant atteint les milliard d’écoutes sur Spotify le plus rapidement. Tout ces tubes sont présents sur son premier opus.
 

Malheureusement, les titres s’enchaînent et se ressemblent en partie. En effet, le producteur norvégien s’est cantonné à de la « tropical pop ». Malgré la pléthore d’artistes présents, leurs voix se ressemblent et au final les chansons ne sont pas vraiment marquantes. Si Stole The Show, I‘m In Love et Happy Birthday sortent du lot, ce sont bien les seules. Firestone est sortie il y a tellement de temps que son inclusion dans l’album n’est pas forcément intéressante. Serious, Nothing Left ou encore Carry Me sont quant à elles clairement oubliables. Même le morceau Raging en featuring avec Kodaline, qui ajoute un petite touche rock au disque, ne marche pas super bien.
Néanmoins, si les titres se ressemblent, cela ne remet pas en question les capacités du DJ. Kygo, de son vrai nom Kyrre Gørvell-Dahll, maitrise parfaitement l'art de la tropical house, c'est-à-dire un peu de piano, et cette ambiance un peu rêveuse des caraïbes pendant une belle journée d’été avec une ligne de synthé. Mais cette formule l’a fait connaitre et elle marche. Pour le futur, on peut espérer qu’il effectue des featurings avec des artistes qui se démarquent plus, pour qu’il puisse grandir et sortir de son genre.

Après tout, cela reste un premier album, et si on s’en tient aux quelques titres qui lui ont fait sa célébrité, on sera surpris. Si on l’écoute d’une traite on passera un bon moment, mais sans plus. L’artiste n’est clairement pas arrivé a maturité, mais il est important de poser des bases solides ainsi que de faire des essais. Le travail effectué sur l’album montre en tout cas que Kygo a un avenir prometteur devant lui.

 

SINGLES, SINGLES, SINGLES !

Le point sur les sorties principales de ces deux dernières semaines.

L’été n’est même pas arrivé, mais la prochaine saison aurait-elle déjà trouvé son tube ? Avec Can’t Stop The Feeling, Justin Timberlake a placé la barre haut. Un refrain entêtant et des lignes de basses groovy, cela semble amplement suffisant pour que le nouveau single de JT, issu de la bande originale du film Trolls des studios Dreamworks, soit diffusé pendant de nombreux mois sur les radios pop du monde entier.

Les britanniques de Metronomy ont annoncé un nouvel album pour cet été. Pour l’introduire, le single Old Skool apparaît comme un choix adéquat. Basé autour d'un rythme basique, le titre se développe ensuite pour s’envoler et laisser la place à la voix sensuelle de Joseph Mount au milieu de scratches donnant au tout un aspect années 2000 assez plaisant. Au vu du titre, ce n’est pas étonnant.

La soundtrack de l'Euro 2016 avait déjà eu sa dose de Skip The Use pour l'équipe de France. Dévoilée par extraits dans la présentation du jingle de la compétition, la chanson officielle du tournoi, composée par David Guetta, est sortie vendredi 13 mai. This One's For You, en duo avec la chanteuse suédoise Zara Larsson, ne va pas révolutionner le monde de l'électro, mais constitue un bon moment à écouter avant et après un match de football. 

Les Red Hot Chili Peppers sont désormais des vétérans du rock. Hormis leur guitariste Josh Klinghoffer, ils ont tous dépassé la cinquantaine et leurs grandes heures semblent derrière eux. Cinq ans après I'm With You, leur dernière oeuvre décevante, les voilà en tout cas qui reviennent avec Dark Necessities, premier single de leur nouvel album The Getaway, dont la sortie est prévue à l'automne prochain. Malheureusement pour ceux qui espéraient un retour à des sonorités 90's, ce morceau ressemble beaucoup à leurs dernières compositions, seule la basse de Flea s'élevant au-dessus de l'ensemble pour rappeler l'époque John Frusciante. Mélangeant une atmosphère générale période By The Way à des harmonies période I'm With You, le résultat est donc mitigé.

22 ans après, les voilà qui sortent du silence. Les Stone Roses, mythique groupe de la scène madchester du tournant des décennies 80 et 90, ont publié le single All For One cette semaine. Le titre reprend les mêmes éléments qui ont fait le succès du groupe à son âge d'or il y a 25 ans, avec quelques modifications : la guitare prend le dessus sur la basse, et la voix de Ian Brown se noie moins dans son écho caractéristique. Plus années 60 qu'années 90, le morceau annonce peut-être une nouvelle direction musicale pour les Mancuniens.

THat Part, c'est le nom du dernier single de Schoolboy Q, en featuring avec Kanye West, décidément présent partout en 2016. On y retrouve le style de Q, qui publiera cette année son quatrième album, dans un titre faisant la part belle à la ville de Los Angeles (références à Kobe Bryant, Ice Cube, utilisation de l'argot californien, etc.). Q is back, that part !
P.I.