Programme de cette 20ème édition : SCHThe Kills, Fakear et les anniversaires de trois albums mythiques.

BARèME

 

Le 27 mai est sorti Anarchie, le premier album de SCH. Celui qui a été propulsé sur le devant de la scène grâce à Lacrim (#LibérezLacrim) a ensuite confirmé avec sa mixtape A7, qui est double disque de platine (physique, digital et stream compris).

Connu pour ses gimmicks comme « Mathafack », « Scélérat » et ses fins de mots en « ay », il a su se faire un nom sur une scène de rap française saturée entre l’ancienne génération et la nouvelle garde.  Cheveux lissés, mince pour ne pas dire maigre, SCH a aussi une présence et une identité physique, son image se distingue clairement des grosses doudounes, muscles et bling-bling à outrance.

Rentrons dans le vif du sujet, que vaut Anarchie ? Autant le dire d’avance, c’était une mauvaise idée de confier la prod de l’album entièrement à DJ Kore. La production en général de l’album n’est pas aussi excitante qu'on l'aurait aimé. Elle est moins inspirées que celle de A7, qui, pour le coup, proposait de vraies choses. Porté par le premier extrait éponyme Anarchie, SCH avait confirmé sa plume affutée, et multiplie les références de tout horizon, par exemple dans le clip on voit le rappeur dans une baignoire de sang, faisant clairement référence au clip de 3 a.m. d’Eminem.

Le deuxième extrait Je la connais nous a laissés un peu plus sceptiques. en effet le son est blindé d’auto tune, un peu c’est cool, trop c’est inaudible, et la on frôle avec le trop. L'album ne comporte qu’un seul featuring : Cartine Cartier avec le rappeur italien Sfera Ebbasta, un inconnu pour le public français. Ce morceau se démarque de l’album et est un des morceaux dont on se rappellera.

Ensuite on a les futurs tubes : Trop énorme, Le doc, Neuer ou encore Dix-neuf qui sont typiquement les chansons qu’on écoute une première fois en se disant « Mouais, sans plus », mais qui après quelques écoutes deviennent « C’est pas si mal ». Ces titres portent les paroles violentes, les gimmicks et le flow qui a fait le succès de SCH.  De l’autre coté de l’album on trouve des chansons plus intimistes  mais pas qui ne vont pas assez loin comme Allo maman  ou Quand on était momes. Mais la où le premier sera possiblement un des plus gros tubes de l’album, le second est clairement oubliable. Les titres Alléluia et Essuie tes larmes sont clairement des titres de remplissage, ils n’apportent rien à l’album, voirent le desservent plus qu’autre chose.

Himalaya, l’avant dernier son de l’opus est également un des meilleurs morceaux de l’album : la prod est ici réussie et la plume de SCH s’exprime, pour une fois, sur d’autres sujets que la baise, l’argent et la drogue. Enfin Murcialago clôt l’album, et là on retombe dans le sombre, dans la mafia, en gros ce qui fait que SCH est SCH.
 

L’album est dans son ensemble réussi avec de bons morceaux, mais bâclé sur la prod. Après l’excellent A7, celui-ci comporte donc une petite déception tant on s’attendait à du haut niveau. Les 2/3 des morceaux sont malheureusement oubliables, et aucun titre n’est à la hauteur de son célèbre Champs Elysées et son « pas loué, pas loué »… M.W.

SCH - Anarchie

 

The Kills - Ash And Ice

Duo électrique et rebelle à souhait, The Kills renaissent de leurs cendres avec Ash and Ice.

Il leur a fallu cinq ans pour digérer un quatrième album assez contrasté. Plus long que leur intervalle de sortie habituelle (entre deux et trois ans), mais la désormais péroxydée Alison Mosshart et le désormais divorcé Jamie Hince n’en ont que très peu à faire. Pour cause, l’album qu’ils nous proposent en ce début de mois de juin est à la hauteur des nombreuses attentes à son sujet. Il faut bien le dire, à vouloir trop varier les styles sur leur précédente œuvre, le duo a perdu en efficacité. The Kills, c’est avant tout du rock sorti d’un garage porté par la brutalité de la guitare de Hince et par la voix enivrante de Mosshart. Leurs trois premiers albums reflétaient leurs idées noires à grands coups de riffs bien trouvés évoquant le punk mais incitant à des lancinations plus ouvertes. Ash & Ice marque le retour d’un esprit de transport de l’auditeur dans ce territoire mystérieux où le groupe s’est engouffré avant nous. Hince fait parler sa guitare à souhait, son son gras rythmant Heart Of A Dog et Impossible Tracks. On ressent des inspirations dance sur Let It Drop et Bitter Fruit, mais ces escapades sont contrastées par un retour systématique ou presque à des notes de pur rock. Cette fois, pas d’hymne de stade à la Future Starts Slow mais des chansons chiadées, qui peuvent certes parfois se rapprocher d’une certaine idée d’unisson en concert (Siberian Nights), tout en conservant en elles la patte des Kills. Hince est un peu moins présent au chant, et sa comparse s’en sort à merveille, lâchant tout son cœur sur un Black Tar très dansant, ou harmonisant ses différents tons sur Hard Habit To Break. Les accords baissent parfois de vitesse pour se transformer en slows déchirants (That Love), en forme d’interlude dans le déchaînement. L’album comporte dans l'ensemble deux parties différentes, la première étant plus compacte et la seconde plus inégale et traînant parfois en longueur, comportant quelques expérimentations et répétitions pas forcément bienvenues après quarante minutes sans répit (Whirling Eye).

Ash & Ice reste un album de très bonne facture, qui replace The Kills dans la catégorie supérieure de formations en « The » des années 2000, tout en prouvant qu'ils n'ont pas été rouillés par une longue pause musicale.
P.I.

 

 

Fakear - Animal

Avec déjà quatre EP à son actif, Fakear est un nom qui revient régulièrement dans les bouches des fans d’électro ces derniers temps. Le voilà qui publie son premier album, Animal.

Il y a de ces univers musicaux que l’on ne peut pas laisser de côté. Celui du Caennais Théo Le Vigoureux, alias Fakear, rentre dans cette catégorie. Ses bases sont bien simples : des voix féminines envoûtantes aux paroles lunaires et une variation de sons au beat totalement chill out. Si cela ressemble à une définition simpliste d’un monde bien plus diversifié électroniquement, une simple écoute de morceaux comme La lune rousse, Lessons ou Song For Jo suffisent à se rendre compte du cocktail gagnant qu’a concocté ici Fakear. Les claviers se mêlent à des voix modifiées et à des beats en mi-sourdine mettant en avant flûtes et autres sons naturels mixés dans un tout aux allures estivales à souhait. L’influence de l’Asie, en particulier sur les parties vocales, se fait tout particulièrement sentir, le morceau d’ouverture symbolisant cette tendance par son ambiance et son titre, Sheer-Khan.
La maturité artistique de Fakear est sur cet album impressionnante : il enchaîne des morceaux à dominante de piano comme Jonnhae et d’autres s’inspirant légèrement d’autres artistes, tel Stromae sur La belle âme, ou même J Dilla sur Light Bullet, ersatz soul sensuel sur lequel Andreya Triana nous fait frissonner durant trois minutes. Mais ce qui fait la force de cet album constitue également un de ses seuls problèmes : le style finalement assez similaire de la plupart des morceaux peut finir par lasser l’auditeur, même si Fakear ressemble bel et bien à un nouveau maître d’un style d’électro qu’il semble déjà maîtriser comme un vétéran du milieu.
P.I.

ANNIVERSAIRES

 

Bob Dylan - Blonde On Blonde

50 ans

Bob Dylan a incarné, durant la première moitié des années 60, une jeunesse un peu paumée, en manque de repères depuis la fin de la guerre. Une jeunesse se miroitant peut-être des jours meilleurs, plongeant dans des substances plus ou moins efficaces pour faire sortir leurs consommateurs de la réalité et de la légalité. Dylan, lui, en fait une consommation qui ne lui permet apparemment pas de rater un album, enchaînant les classiques depuis sa roue libre de 1963. Le musicien, pilier d'une Americana de plus en plus dévorée par le rock, réinvente le folk, le parant d'un mélodisme inédit et d'un cynisme particulier. Dylan donne vie comme personne à des chansons au premier abord plus qu'innocentes, perdurant la culture blues américaine.
  En 1965, alors que Dylan cherche à se renouveler, ses séjours à New York et Nashville le conduisent à changer de chemin de façon très radicale. Adieu l'idole folk des Américains en manque de figures romantiques, voilà qu'arrive une nouvelle icône rock, comme un Rolling Stone. Dylan sort en 65 Highway 61 Revisited, acclamé par les critiques, introduisant l'électrique à son phrasé typique. L'année suivante, le 16 mai 1966, le musicien publie Blonde on Blonde, le premier double album de l'histoire du rock, qui conclut la trilogie rock de son auteur (commencée par Bringing It All Back Home). Dylan joue de plus en plus avec les sonorités, avec les styles, alternant rock et folk, fanfare et pop. Tout est prétexte à la surprise, et Dylan s'en permet bon nombre sur plus d'une heure de musique. On imagine mal Dylan capable de consommer plus de drogues qu'à cette époque, débordant d'une imagination harmonieuse, au sommet de son art, mais dont on sent bien que la voix commence déjà à s'user. Dylan détruit ce qu'il a mis trois ans à construire, une image folk de jeune premier, tout en construisant de nouveaux ponts entre la musique qui le berce et qu'il réinvente. Nouvelle idole pop, Bob Dylan n'atteindra plus de tels sommets avant le milieu des années 70, et achève la construction de son âge d'or en cette année 1966.
T.H.

50 ans

The Beach Boys - Pet Sounds

Le même jour que Blonde on Blonde, sur l'autre façade océanique des États-Unis, un groupe pop innocent et un peu ridicule sort un des albums les plus mythiques et fondateurs de l'histoire du rock. Les Beach Boys sortent Pet Sounds.Le leader et véritable génie du groupe, Brian Wilson, en entendant le Rubber Soul des Beatles en décembre 1965, est soufflé par l'unité et l'homogénéité de l'album des Fab Four. Alors lui vient la volonté grandiloquente de faire le plus grand album rock de tous les temps, ce qu'il parvient presque à achever avec Pet Sounds.
  Brian Wilson porte à bout de bras un groupe un peu cliché de gentils garçons de plage, enchaînant les tubes de l'été, tout en souhaitant vraiment ajouter sa pierre à l'édifice rock encore en construction. Toute sortie d'album s'accompagne d'une campagne de promo clichée, à base d' « album de la maturité ». Eh bien Pet Sounds est véritablement l'album de la maturité de Brian Wilson, voire de toute la musique des années 60, presque un projet solo qu'il daigne faire jouer par ses compagnons musicaux, entre coups de génie et coups de folie. Et encore, les Beach Boys sont cantonnés au chant et aux chœurs, voire à quelques percussions, la musique étant interprétées par des musiciens de studio. Wilson pousse les harmonies et la musicalité à des niveaux de sophistication inégalés dans le rock en 1966, annonçant le rock baroque et glam des années 60, ouvrant même la porte aux expériences musicales du rock progressif. Wilson crée un album de pop baroque, alliant à la guitare toutes sortes d'instruments originaux dans le rock des années 60, tels que le cor, le clavecin ou la clarinette. L'album regorge de bijoux, et le tube Wouldn't It Be Nice semble être la chanson la moins représentative d'un album grandiose et complexe.
  L'album est la répercussion des émotions du leader du groupe, inspiré comme jamais. Pet Sounds est l'album le plus influent du groupe, l'un des plus influents de toute l'histoire de la musique, reconnu comme un de leurs préférés par Paul McCartney ou Eric Clapton. Il est largement reconnu que Pet Sounds a profondemment influencé la suite de la carrière des Beatles, et de tout le rock psychédélique, pour qui il sert de rampe de lancement de luxe. Le projet suivant de Wilson et chef d’œuvre annoncé, Smile, ne sortira partiellement qu'en 2011, annulé par un manque de soutien du groupe à leur leader, plongé dans les excès en tous genres.
T.H.

En 1995, entre Britpop et Shoegaze, les groupes britanniques s'écartant de ces deux styles sont rares et souvent des dinosaures de la musique, à l'image des piteux Rolling Stones. Emmené par le brillant Anton Newcombe, The Brian Jonestown Massacre, ne fait pas exception à la règle, et sort un album dans la plus pure mouvance shoegaze. L'année suivante, en quête de renouveau, le groupe tente de nouer de nouveaux liens avec le riche passé rock britannique, avec un retour aux sources des années 60. S'inspirant des mêmes Stones, dans leurs années quasi-psychédéliques de 1966-68, The Brian Jonestown Massacre sort Take It From The Man!, premier album d'une trilogie sauvage et garage 60's sortie durant la seule année 1996. Anton Newcombe reconnaît volontiers Brian Jones, premier leader des Rolling Stones et mort en 1969, comme sa plus grande influence, ayant été à l'origine de ce qu'il considère comme les meilleurs albums des Stones, à l'image d'Aftermath en 1966. Newcombe retrouve dans cet album la vieille recette des mélodies simples transformées, grâce à la sauce magique des années 60, en un tube intemporel. L'album est tout droit sorti d'une faille temporelle, transportant l'auditeur en 1966, durant l'enregistrement de Paint It Black. C'est à la fois un hommage aux influences et héros du groupe (les Stones mais aussi David Bowie) et l'assassinat de ces héros, le groupe sortant un album bien supérieur aux tentatives des Rolling Stones des années 90. En une heure de flashback, entre Brian Jones, Bob Dylan et Arthur Lee, le groupe rend au rock son âme, perdue depuis la mort de Brian Jones. The Brian Jonestown Massacre innove avec de l'ancien, loin des sentiers battus du rock britannique de ce milieu de décennie 90, montrant que l'âge d'or n'est qu'une notion abstraite dont les frontières temporelles sont plus que poreuses. T.H.

20 ans

The Brian Jonestown Massacre - Take It From The Man !