Blackstar est pour le moins déroutant. Bowie, ces dernières années, a été bien meilleur dans ses projets avant-gardistes que dans ses albums pop-rock un peu lissés. Et c'est loin de ce rock millimétré, qu'on retrouvait dans The Next Day, son dernier album, que Bowie sort ce titre, qui peut rappeler l'obscure et envoutant 1. Outside de 1995. 20 ans après, l'artiste déconcerte autant, voire plus, avec cette nouvelle chanson. Sombre et entêtante, Blackstar se décompose en différentes phases, dans lesquelles navigue Bowie. La première partie de la chanson est très ténébreuse, pleine d'effets de distorsions et de répétitions, la musique est passée au travers d'instruments électroniques. Est-ce véritablement agréable à écouter ? On ne va pas se mentir, on est loin d'être en face d'un tube à chanter à tue-tête comme pouvaient l'être ses meilleurs titres des années 70. Non, Blackstar n'est pas le Heroes de 2015. C'est une chanson solide, qu'on n'écouterait pas en boucle volontiers, qui ne lâche pas sa part de mystère dès la première approche, mais qui n'en reste pas inaudible. Loin de là. Ce mysticisme de la première partie de la chanson, au rythme électronique militaire, fait effet sur l'auditeur, qui continue d'écouter, attentif. Et quelle n'est pas la surprise de l'auditeur quand, à presque la moitié du titre, celui-ci se transforme en mélodie plus calme et moins agressive. On se croirait presque sur Aladdin Sane, avec cette ballade jazzy, sur laquelle Bowie vient poser une voix claire, plus assurée et bien moins râpeuse que sur la première partie de la chanson. Une transition dites-vous ? En effet, on sent bien la feinte venir, et la fin de la chanson, à coup de distorsions de la voix de Bowie et d'échos macabres répétant inlassablement « I'm a Blackstar », repart de plus belle vers la direction amorcée par la première partie.

On sent bien que David Bowie n'a pas juste écrit une chanson, il a produit un court-métrage à part entière. Les 10 minutes du titre sont accompagnées par un clip mystérieux de Johan Renck, surfant entre un monde post-apocalyptique et l'espace, si cher à Bowie. Si le réalisateur a déclaré dans une interview qu'il était inutile de chercher des significations cachées ou autres références dans le clip, on ne peut s'empêcher de penser à un personnage de la mythologie de Bowie. Le héros de Space Oddity, perdu dans l'espace, devenu un junky dans Ashes to Ashes. Le célèbre Major Tom est-il le personnage principal de ce clip, c'est-à-dire un cadavre d'astronaute, dont le crâne est recouvert de pierres précieuses ? Ce qui est sur, c'est que cet astronaute mystérieux semble avoir, dans le clip, déclenché la création d'une secte étrange, dont les rites se résument à des danses convulsives en cercle, autour du crâne orné. Certains adeptes semblent même être sacrifiés, crucifiés comme des épouvantails. Dans le clip, Bowie lui-même semble être le prédicateur de la secte, brandissant un livre peut-être sacré sur lequel apparaît une étoile noire, celle de la pochette de l'album. Est-ce la fin de l'histoire de Major Tom, ou est-ce tout simplement un clip ouvert, ne donnant aucune explication pour laisser libre cours à l'imagination des fans ? Ce qui est sur, c'est que Blackstar est aussi inaccessible qu’envoûtant, aussi déstabilisant que grandiose. Bowie force peut-être un peu trop sur les effets électroniques, mais on lui pardonne après tout. N'était-ce pas le reproche fait à Up de Peter Gabriel, devenu une référence ! C'est confirmé, le titre ne souffrira d'aucune coupure pour les radios, et le single durera bien 10 minutes. Bowie assume, le public attend de voir l'album. Rendez-vous en janvier.

PLUS VITE QUE LA MUSIQUE #6

par Thomas Hermans

Dans la nuit de jeudi à vendredi, David Bowie dévoilait son nouveau titre : Blackstar, une chanson fleuve de 10 minutes, premier extrait vedette de l'album que la star britannique nous promet pour janvier 2016.