Coldplay sort aujourd'hui son septième album. Le chanteur Chris Martin a déclaré que A Head Full of Dreams marquait la fin d'un cycle. Alors qu'en est-il vraiment, c'est ce que nous allons voir.
Pour le coup, c'est vraiment le jour et la nuit entre Ghost Stories, l'album de 2014, et A Head Full Of Dreams. Là où le précédent album était mélancolique et assez acoustique (pas trop quand même, c'est tout de même Coldplay), le nouvel opus est marqué par la joie de vivre et les couleurs. Oui, le nouveau Coldplay est joyeux, et ce n'est pas pour déplaire, après la déception de Ghost Stories. Le groupe avait annoncé un retour aux sources pour 2014, ce qui est souvent mauvais signe. Gagné, l'album était, sans être raté, assez insipide. Mais alors, qu'en est-il pour l'album sorti aujourd'hui ? Chris Martin semble avoir dépassé son stade de dépressif renfermé, et s'offre à nouveau les envolées pop que l'on n'attendait plus. Le problème majeur de l'album est que, malgré la volonté de refaire du X&Y ou même du Viva La Vida, l'inspiration n'est clairement plus au rendez-vous. Le titre éponyme, qui ouvre l'album, est l'un de ces hymnes de stade que le groupe a réussi à pondre avec succès depuis 10 ans (Viva La Vida, Paradise...). Dans la même veine, on y retrouve donc la mélodie répétitive, le gimmick de guitare, la montée de synthétiseurs, et l'insupportable surcharge de « oh oh oooooh ». C'est avéré, nous sommes bien en face d'un album de Coldplay, ça commence fort à ce niveau. La chanson est effectivement agréable, sans qu'on puisse lui admettre une grande qualité. Et c'est là le problème de tout l'album, les chansons s'enchaînent agréablement, mais on n'en retient rien. C'est en réalité une succession de titres anecdotiques, cherchant leur voie entre les styles de Viva La Vida et Mylo Xyloto, et ça ne fonctionne pas vraiment. Vouloir refaire du Mylo Xyloto est déjà une erreur par principe, mais quand même. Certaines chansons sont dignes de X&Y, par leur énergie mélancolique et leur style rappelant les forts débuts du groupes. Ainsi, Bird et Amazing Day ne sont pas sans rappeler la (relative) sobriété des premiers albums et leurs délicieuses ballades. Hymn For The Weekend, le premier featuring avec Beyoncé, est une bonne surprise. Sans être une grande chanson (on commence déjà à s'y habituer à ce stade de l'album), la chanson montre que Coldplay n'est pas totalement mort. La ballade Everglow, très calme, aurait eu sa place sur l'album précédent, et a été écrite par Chris Martin avec son ex-compagne Gwyneth Paltrow. C'est une chanson assez plate et sans autre véritable intérêt que de combler l'espace numérique dont disposait Coldplay sur un CD de 45 minutes. Sans transition, ce qui surprend fortement, débarque le premier single de l'album, Adventure Of A Lifetime. Quitte à surprendre, le groupe y va. On est en face d'un titre funk et presque disco, qui n'est pas sans rappeler l'expérience Panic Station de Muse. C'est assez sympa, ça donne la banane, ce n'est pas la chanson du siècle, mais on poursuit. Fun, en collaboration avec Tove Lo, qui est très en retrait sur le titre. La chanson est dans le style pur pop Coldplay, sans réelle raison d'être. Elle n'est ni énergique, ni complètement calme. C'est une chanson d'entre deux, pourquoi pas. Kaleidoscope, c'est une transition, ce qu'a eu l'habitude de faire Coldplay sur ses derniers albums (comme Muse, comme quoi...) quand ils ne savaient plus comment remplir l'espace qui leur restait. Army Of One, plus rien n'est étonnant dans cet album à ce stade. Une chanson traditionnelle de Coldplay, avec un souffle électronique assez inédit. Sans réel intérêt, passons à la chanson d'après. La suivante est en réalité cachée après Army Of One. X Marks The Spot est une incursion du groupe vers le hip hop électro, et ça ne prend pas vraiment. Nous avons déjà parlé de Amazing Day, qui ravira les fans de la première heure, sans complètement convaincre. Après une nouvelle transition assez inutile, on arrive à la dernière piste, Up&Up. C'est l'archétype de la chanson guimauve qui encourage les gens dans leur voie, à persévérer, à ne pas perdre espoir, avec tout plein de chœurs d'enfants et des « oh oh ooooh » encore. Sans être particulièrement désagréable, la chanson est typique des hymnes supposés universels que nous balancent tous les artistes pop depuis 20 ans, merci Michael Jackson. Et non, ce n'est pas le pauvre solo de guitare exécuté par Noel Gallagher qui va me consoler. Déjà, c'est triste de l'avoir fait venir pour ça, mais c'est également triste de se dire que le guitariste du groupe n'a pas été foutu de le faire lui-même.
Que retenir de cet album ? C'est un album joyeux, qui semble être un mix de toutes les expériences musicales du groupe depuis qu'ils ont arrêté d'avoir de l'inspiration. Parfois ça marche, parfois ça rate, mais ça rend indifférent la plupart du temps. Les fans diront que c'est le retour en grâce du groupe, les détracteurs diront que Coldplay se confond un peu plus dans le ridicule commercial. Sans être dans l'un de ces deux extrêmes, l'album se laisse écouter, mais on remercie tout de même Chris Martin de ne pas faire d'album dont la durée dépasse les 45 minutes. Merci Chris, je repars écouter A Rush Of Blood To The Head, à une époque où on pouvait encore espérer quelque chose des Britanniques.

 

PLUS VITE QUE LA MUSIQUE #8

COLDPLAY, WHO ET BEATLES

PAR THOMAS HERMANS

Au programme cette semaine : le nouvel album de Coldplay et les cinquante bougies de deux albums essentiels de l'histoire de la musique, My Generation (The Who) et Rubber Soul (The Beatles).

colDPLAY
a HEAD FULL
OF DREAMS

2,5/5

Pour l'anniversaire de la semaine, on va parler des 50 ans de deux albums majeurs. Le 3 décembre 1965 est un jour historique dans l'histoire de la musique britannique, et ce pour deux raisons majeures : une naissance et une renaissance.
L'heureux événement de cette semaine, c'est le premier album de The Who : My Generation. Plus que de porter un hymne intemporel pour la jeunesse, l'album devient rapidement un des emblèmes du mouvement mod, rival des rockeurs. Il est en plein dans la période « Maximum R&B » du groupe, avec de nombreuses reprises de chansons de rhythm and blues, en plus de celles composées par le génie musical en devenir qu'est le leader-guitariste Pete Townshend. L'album transmet une énergie très particulière, plus distordue que les compositions lui étant contemporaines, mais tout aussi entraînantes et remarquables. On peut constater que, dès leur premier album, les Who démontrent qu'ils sont quatre membres excellant dans leurs catégories respectives. Il est rare de voir un groupe dont chaque membre est l'un des meilleurs de sa discipline, surtout dès ses débuts. Le chanteur Roger Daltrey nous fait profiter d'une voix claire et puissante, les pistes de basse de John Entwistle montrent déjà sa virtuosité, tandis que l'extravagante batterie de Keith Moon laisse présager le meilleur pour la suite. Pete Townshend livre déjà de formidables envolées de guitare, qui annoncent la grandeur des futurs albums. My Generation se distingue également sur ses textes, qui portent sur la jeunesse, l'arrivée à l'âge adulte, et les angoisses qui vont avec. La chanson éponyme transmet bien ces peurs, mais tout le reste de l'album s'interroge également sur la condition de jeune des années 60. Les Who s'écartent des compositions classiques sur l'amour et les filles, sujet de prédilections des Beach Boys et autres Beatles.
Les Beatles qui sont à l'origine, en ce 3 décembre 1965, d'une véritable renaissance. Laissant derrière les compositions à l'harmonica, les reprises rock 'n' roll et les molles balades insupportables du duo Lennon/McCartney, le groupe sort Rubber Soul. L'album sonne comme leur précédent, Help!, mais avec de l'énergie et de l'inspiration folle en plus. Loin de la banalité de leur dernier opus, les Bealtes livrent ici leur premier album majeur, celui qui annonce le psychédélisme des suivants, et qui montre le véritable talent de compositeurs avant-gardistes et visionnaires qu'étaient Macca, Lennon, mais également Harrison. Entre Help! et Rubber Soul, les quatre garçons de Liverpool ont commencé à consommer des substances qui augmentent leurs capacités imaginatives. Si Lennon a admis que Revolver, sorti en 1966, a été écrit à l'acide, Rubber Soul ne l'a été qu'à l'herbe. Et c'est déjà suffisant, quand on voit les formidables compos dont recèle l'album. C'est un album parfois acoustique et mélancolique, parfois rock et fou. Chose à souligner, Nowhere Man est la première chanson des Beatles à ne parler ni d'amour ni de filles. Les musiques sont beaucoup moins pop guimauve, et les deux leaders sont à l'apogée de leur collaboration créative. On sent l'influence de Bob Dylan ou de Simon et Garfunkel sur l'écriture. L'album n'est pas parfait, et on retrouve quelques chansons gentillettes, mais on assiste dans l'ensemble au renouveau créatif du quatuor, que ce soit dans les musiques ou les paroles. Chose inédite dans la discographie des Beatles en 1965, l'album a une véritable cohérence. La construction de l'album est véritablement réfléchie, le tout s'enchaîne, les quatre ne cherchent pas à écrire des tubes mais à écrire un album. Et ça change tout. Rubber Soul est le première marche de l'escalier qu'emprunteront les Beatles jusqu'en 1970, un escalier de génie, et une première marche indispensable à la création des chefs d’œuvre qui vont suivre.

 

DOuble
ANNIVERSAIRE