Avec Tell Me I’m Pretty, Cage The Elephant se pose dans un climat plus tempéré que ses œuvres précédentes. Un choix payant ? Le leader des Black Keys Dan Auerbach a gagné ses galons de producteur au cours de ces dernières années. Après avoir, entre autres, collaboré avec Hanni El Khatib et Lana Del Rey, le multi-instrumentiste a produit le nouvel album de Cage The Elephant, Tell Me I’m Pretty, qui sort ce vendredi. Après une dernière œuvre plutôt inégale, le groupe de rock américain nous offre cette fois dix morceaux enjoués, différant de ce qu’on avait habitude d’entendre de leur part. A l’oreille, c’est agréable et ça donne envie de danser, mais on ne peut pas ne pas admettre que Cage The Elephant a perdu une partie de sa « folie » en travaillant avec Dan Auerbach. Les influences du groupe pour enregistrer Tell Me I’m Pretty sont assez faciles à deviner au fil des morceaux : le single Mess Around se rapproche de ce que les Black Keys ont composé sur leurs derniers albums, Cry Baby est une ode au psychédélisme façon Tame Impala avec une ligne de basse omniprésente, des riffs incisifs et des harmonies vocales parfaitement maîtrisées, tandis que Punchin’ Bag nous fait quant à lui penser à Hanni El Khatib période Head In The Dirt, un album déjà produit par… Dan Auerbach. Les voix doublées dans une réverbération légère ressemblent de plus en plus à une spécialité de production d’Auerbach, aussi bien avec les Black Keys qu’avec les groupes avec lesquels il travaille. Malgré ces influences peut-être un peu trop présentes, Tell Me I’m Pretty est un album solide, qui s’appuie sur des moments de grande classe, comme l’intro tout en subtilité et en groove de Cold Cold Cold suivie d’un refrain très rétro-bluesy, ou bien les petites touches de hard rock de Portuguese Knife Fight qui clôture l’album. Cage The Elephant nous a peut-être habitués à des envolées au tempo plus rapide et à des expérimentations plus poussées dans ses précédents albums, Tell Me I’m Pretty est de très bonne facture, et a le potentiel pour plaire à un plus large public que les seuls fans du groupe. Car l’identité du groupe du Kentucky est toujours présente, et même si elle est davantage diluée dans l’ensemble, les frères Shultz et leur bande respirent toujours le rock, et on ne va pas s’en plaindre. P.I.

 

PLUS VITE QUE LA MUSIQUE #9

ELEPHANt et chevaux

PAR THOMAS HERMANS et Paul idczak

Au programme cette semaine : le nouvel album de Cage The Elephant et les 40 ans de l'album mythique de Patti Smith, Horses.

cage the elephant
tell me I'm Pretty

3,5/5

Patti Smith sort le 13 décembre 1975 son premier album : Horses. Novateur, énergique et annonciateur d'une nouvelle forme de rock, retour sur les 40 ans de ce célèbre album de la marraine du punk. « A l'époque de Horses, je me sentais investie d'une mission. Nous venions de perdre Jim Morrison, Janis Joplin, Jimi Hendrix, Dylan avait plus ou moins disparu, et le rock se fourvoyait, il devenait plus formaté, plus aseptisé. Je voulais ranimer la flamme. » Voilà ce que déclare Patti Smith quand on lui parle du contexte de création d'Horses. A quoi fait-elle référence avec ce rock fourvoyé ? Le rock progressif ? La pop douce que certains qualifiaient de rock ? Du rock trop recherché pour garder sa force et son énergie pure ? Probablement un peu des trois, ce sont en tout cas les chevaux de bataille que reprendront les punks deux ans plus tard. Horses, c'est une sorte de retour en arrière, un hommage au rock des sixties, qui conserve cette magie indescriptible et propre aux années 70. Un hommage à la poésie de Dylan mêlée à la force du Velvet, les influences new-yorkaises de cet album typiquement new-yorkais sont très nombreuses. Patti Smith incarne ce qu'elle souhaite être un renouveau du rock, qui passe par une pochette sobre et classe, une musique sobre et classe, un album fort et classe. Ce rock dont elle se fait la marraine, c'est véritablement un des pas en avant vers la naissance du punk. Oui, avant il y a eu My Generation, il y a eu du rock brut au début des années 70. Mais cet album représente véritablement la naissance d'une musique poétique, qui capture toute la quintessence de la puissance rock, qui influencera en totalité la musique de la deuxième moitié des seventies. Et Patti Smith en est l'icône. Il n'est pas aisé d'aborder Horses, c'est une musique brute, sauvage, pas forcément de la meilleure qualité, mais qui a le mérite d'exister, de chambouler les codes et de ne pas être pourvue de véritables défauts. Après les morts de Joplin, Hendrix et Morrison, il était de bon ton de trouver une nouvelle figure du rock, une figure qui incarnerait toute la force et l'énergie d'un genre musical que le rock progressif a corrompu. C'est ce que beaucoup ont pensé, et ce que beaucoup pensent encore. T.H.

 

horses a 40 ans