De l'aveu même de Brian May, guitariste du groupe, A Night At The Opera est l'album qui scella le destin de Queen, et ce pour deux raisons. La première est que, selon lui, un échec de l'album aurait entraîné l'arrêt définitif du groupe. La deuxième est que au-delà d'une réussite, ANATO est un triomphe, qui permet à Queen, en 1975, d'être LE groupe de rock britannique du moment, alors que Led Zeppelin et The Who sortent définitivement de leurs âges d'or respectifs. Oui, Queen produit un album fantastique, mariant les genres et les tons en un ensemble des plus cohérents et déstabilisants, et non, Bohemian Rhapsody n'est pas la seule justification à se procurer l'album. BoRhap, qu'on ne présente plus, a été plusieurs fois désignée meilleure chanson de tous les temps, et très objectivement, on ne peut pas s'y opposer plus de 5 secondes. Son style unique, mélange de ballade, d'opéra et de rock pur, en fait un chef d’œuvre parmi les chefs d’œuvre. Pourtant, A Night At The Opera ne peut pas être décrit uniquement à partir de sa chanson phare, et loin de là. On peut largement diviser les chansons de l'album en deux catégories. Les chansons classiques d'un côté, les ironiques de l'autre. Et c'est cette ironie qui fait en grande partie le charme de l'album. La première piste invite une personne à se suicider, ironie. Une autre évoque un amour passionné avec une voiture, ironie. Une autre encore voit Freddie Mercury adorer travailler le lundi, ironie. Le ton unique des textes de l'album accompagne une musique des plus inspirées. Et dans le rapport même entre la musique et les textes se cachent l'ironie malicieuse du groupe. La chanson folk '39 parle de relativité générale, ironie. L'album même se termine par l'hymne britannique, réarrangé à la guitare, un hymne qui demande à Dieu de protéger la reine... Chaque titre est une véritable pépite qu'il serait dommage d'oublier au profit de Bohemian Rhapsody.

Mais au delà de l'humour de Queen se cachent de vrais moments de bravoure. The Prophet's Song est un véritable hymne biblique et lyrique, entre rock agressif et chœurs envoûtants et envahissants. On ressort soufflé de ce morceau de plus de 8 minutes intenses, qui déboulent sur le culte Love of My Life, le calme après la tempête. Oui, Queen est capable de satisfaire tout le monde, d'enchaîner grandiloquence et douceur, arrogance et humilité. Le groupe fait se lever les foules, chanter le public, et l'écoute d'un album comme A Night At The Opera est des plus jouissives. On suit le groupe dans son délire de grandeur. Cette gloire est peut-être en partie due à la bataille de composition que semblent mener Freddie Mercury et Brian May sur l'album, signant chacun de grandes chansons. La victoire est pourtant sans conteste pour Mercury, grâce à Love of My Life et Bohemian Rhapsody, mais également à des bijoux plus discrets, comme Seaside Rendezvous. Les deux autres membres composent une chanson chacun, mais n'atteignent pas encore le niveau des deux autres. Bien qu'il ne dure pas une nuit, on est en face de l'opéra du groupe, l'album grandiose par excellence, celui à côté de qui toute nouvelle galette ne sera qu'une petite comptine pour enfants.

C'est un véritable bijou que nous offre Queen en 1975. Un bijou intemporel tant il est inscrit dans son temps tout en référençant le passé, tant il mêle les styles tout en restant cohérent, tant il capte l'attention de l'auditeur durant les 43 minutes de musique folle qui le constituent. C'est très certainement le meilleur album de Queen, le meilleur d'un groupe à son zénith musical. So très charmant my dear !


« Anyway the wind blows... Nothing really matters to me... »

QUEEN, ET LA MAGIE OPERA

par Thomas Hermans

Le 21 novembre 1975 sortait l'album le plus cher jamais produit à l'époque. Un album extravagant à la limite entre le classic rock de Led Zeppelin, le progressif lyrique de Genesis et un opéra de Verdi. Le chef d’œuvre ultime d'un groupe à son apogée. Fantastic, c'est la vie Mesdames et Messieurs : A Night At The Opera de Queen.