Quel avenir pour Nuit Debout ?

Après une trentaine de nuits à refaire le monde, Nuit Debout commence peu à peu à perdre ses soutiens et l’avenir de ce mouvement populaire est excessivement flou. Une non-clarté que ne s’efforcent pas d’altérer ses organisateurs.
 

Un mouvement qui aura des conséquences
 

Penser que Nuit Debout n’aura aucune conséquence est absolument illusoire. Même si cela peut paraître naïf, un grand nombre de personnes ont pris conscience qu’il était possible de se réunir en place publique pour parler de tout et de rien. Qu’il était possible, en plein état d’urgence, d’organiser un grand rassemblement, de vivre au cœur de la ville tout en débattant pacifiquement contre le gouvernement en place, qu’il était possible d’organiser une petite communauté sans dieu ni maître. Nuit Debout existe au grand dam de ceux qui veulent faire croire que les Français sont terrés, résignés, que la menace terroriste les rend haineux. Nuit Debout est une formidable réponse aux politiques qui parlent pour nous, Français. Nuit Debout ne rassemble évidemment pas toutes les opinions des Français mais a le mérite de redonner la place médiatique à cette frange que l’on avait oubliée, cette France, pays des droits de l’Homme qui ne souhaite pas se contenter de ce qu’elle a, tout en étant bien consciente de ses multiples libertés. 
Nuit Debout, de ce côté-là, a réussi son pari. Aujourd’hui, un autre, plus grand encore, serait d’unifier ces mouvements de toute la France pour devenir une véritable entité. Longtemps refusée, la formation d’une organisation réglementée serait pourtant primordiale pour sa survie. Car aujourd’hui, Nuit Debout fait face à un paradoxe.


 

Une communication inexistante
 

Interrogées par nos soins, les personnes présentes Place de la République à Paris sont partagées. Certaines souhaitent que ce mouvement perdure sous sa forme actuelle, que rien ne change. D’autres aimeraient que Nuit Debout devienne une sorte de mouvement politique. Enfin une dernière frange aimerait que ce mouvement s’éteigne, laissant place à une nouvelle façon de penser la politique, une idée sans doute plus utopique. 
Quoiqu’il en soit, une chose se démarque. L’idée que l’idéologie Nuit Debout ne doit pas être appropriée par quelqu’un ou quelque chose. Le Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon s’en est d’ailleurs prudemment éloigné, conscient que le terrain était plus que miné. 
Ce désir d’être absolument indépendant, sans leader existant, rapproche forcément Nuit Debout d’un mouvement anarchiste, qui trancherait avec ce besoin de reconnaissance. Sans porte-voix, difficile de se faire entendre. Actuellement, personne ne sait ce que Nuit Debout doit et va devenir. Quelque part, c’est finalement le meilleur moyen de l’emmener droit à sa perte. Le mouvement des Indignés en Espagne s’est constitué en parti politique, devenant le Parti X, parti du futur. Evidemment ce parti n’a qu’un léger poids, il regroupe uniquement la frange la plus extrémiste des Indignés, les autres ayant plutôt rejoint le Podemos de Pablo Iglesias, qui était tout proche de passer devant l’historique PSOE aux dernières élections générales. 
Si, en France, le Front de Gauche est très méticuleux avec la question de Nuit Debout, il apparaîtrait utile qu’un organisme puisse réunir tous les Nuit-Deboutistes de France. La communication, aujourd’hui uniquement assurée sur Facebook et Twitter, ne permettra pas un ancrage durable dans les esprits. A l’heure actuelle, seule une vague d’extrême-gauche en 2017 permettra de dire quel impact a eu Nuit-Debout sur les Français, et ce n’est probablement pas le but de tous les participants.

 

Un mouvement émaillé de graves incidents

 

Avec Nuit Debout renaît évidemment l’éternelle question de savoir différencier les militants des casseurs. Seulement, et ce depuis quelques jours, le mouvement est soumis quasiment chaque soir à de graves incidents qui ne font que nuire à sa réputation. 
Si la majorité des Français, de tous bords politiques, sont attentifs à l’idée de faire de la politique autrement, ils ne sont pas aussi présents pour écouter un mouvement qui donne l’image d’une masse incontrôlable, où tout le monde vient mettre son grain de sel. Pour personnifier Nuit Debout aujourd’hui, il s’agirait d’un vacarme incessant où personne ne s’entend. 
Peu de monde s’y intéresse et quand, en plus, y sont relayées des images d’affrontements, on retombe dans la banale manifestation de casseurs sans intérêt. Les dernières images issues du mouvement montrent toutes, exhaustivement, des affrontements avec la police, des cailloux lancés, des voitures brûlées, dans une sorte de Mai 68 bon marché. 
Nous en retournons au problème du manque de communication. Alors que nous vivons dans l’image et l’instantané, voir tout cela sans qu’il ne puisse y avoir de réponse officielle du mouvement est évidemment problématique. Nuit Debout cautionne-t-il ou non ces agissements ? Cela fait-il partie du mouvement ou cela est-il simplement le but de casseurs politiquement sourds ? 
Tout cela, ajouté au malaise parfois présent sur les Nuits Debout, entre parasites complètement saouls, vols à l’arraché et militants défoncés ne contribuent pas à l’image que tente de se faire Nuit Debout.

 

Ainsi, il est aujourd’hui primordial pour Nuit Debout de se réinventer. Si trouver un leader, un organigramme semble pour eux inconcevable, puisque cela les rapprocherait des organisations qu’ils entendent combattre, il vont devoir apprendre à mettre de l’eau dans leur vin. C’est évidemment moins romantique, mais il n’y a qu’en s’organisant que ce mouvement vivra. Rassembler tous ces altermondialistes, ces Français de gauche qui croient à un nouveau monde plus juste est parfaitement possible, car ils sont plus nombreux qu’on veut bien le croire et ils sont bien prêts à faire un fantastique pied de nez au Parti Socialiste, ancien parti de leurs rêves envolés. 
Il va simplement falloir s’organiser et faire preuve d’intelligence en rangeant un peu sa fierté. Il est temps.  

 

 

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