Il y a quelques mois, l’Union européenne se voyait piteusement pointée du doigt pour sa gestion catastrophique de l’accueil de migrants et de réfugiés. Quelles sont aujourd’hui les options sur la table des hautes instances européennes ?
 

« L’Europe n’a pas de politique d’immigration commune », déplore l’eurodéputé belge Gérard Deprez, membre de la commission Liberté civile, justice et affaires intérieures au Parlement européen. L’afflux massif de migrants venus du continent africain et du Moyen-Orient il y a quelques mois l’a bien prouvé. Chaque pays s’est plus ou moins débrouillé en faisant comme bon lui semblait en fixant, ou non, des quotas d’arrivées plus ou moins fantaisistes. Aujourd’hui, et en cas de crises futures, l’UE entend bien montrer un meilleur visage au monde entier.


Limiter les « bouchons » d'arrivée
 

Aujourd’hui priment les accords de Dublin, accords assez faibles du « chacun pour soi ». Ils stipulent que le pays qui traite une demande d’asile doit être le premier où le migrant pose pied. Ce qui pose un évident problème de solidarité entre Etats membres. On l’a vu, très rapidement se forme un bouchon dans les pays d’arrivée comme la Grèce ou l’Italie. Objectif désormais : former une politique d’immigration commune.
 

Principal cheval de bataille : une répartition « équitable » des arrivées de migrants. Quelque chose qui avait tenté d’être mis en place auparavant, sans grand succès. Cette répartition deviendrait obligatoire, en cas de nouvel afflux massif. La répartition se ferait selon la règle de la « juste part » à en croire Gérard Deprez. Ainsi, un premier tour de répartition se ferait selon le PIB du pays concerné et ses capacités d’accueil. Un deuxième tour viendrait rééquilibrer la balance pour les pays qui auraient un peu moins contribué. Tout cela afin de limiter les fameux « bouchons » d’arrivée qui font encore aujourd’hui des ravages. On estime ainsi qu’il y a encore 60 000 personnes coincées en Grèce.
 

Des facilités de regroupements pourraient également être accordées. Ainsi, on pourrait atterrir plus facilement dans un pays où l’on connaît déjà une personne qui y est présente, si l’on a des liens particuliers avec ce pays. Un groupe de personnes pourrait également se faire affecter dans le même pays s’ils ont un lien particulier avec ledit pays, avec un maximum de trente personnes.

Cette large réforme des accords de Dublin est actuellement discutée dans les différentes institutions européennes, qu’il s’agisse du Parlement, de la Commission européenne ou bien du Conseil de l’Europe. Chaque institution a bien évidemment un point de vue différent sur la question. Gérard Deprez évoque également le problème des pays du groupe de Višegrad : la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie. Des pays qui s’opposeraient à tout concernant la politique d’accueil des migrants. Pour remédier à leurs réticences, le député Deprez évoque « un dispositif incitatif » qui serait punitif, comme ce terme ne l’indique pas. Ainsi, en cas de problèmes, l’UE pourrait se réserver le droit de verser moins d’argent aux pays concernés. A titre d’exemple, M. Deprez rappelle que l’UE verse 12 milliards d’euros chaque année à la Pologne.

PAR THÉOPHILE PEDROLA
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A l'Est, des réticences
 

On imagine très mal comment, en l’état, ce projet pourrait devenir une réglementation, au vu de la réticence que devraient fort logiquement opposer les pays de l’Est, au moins. Sanctionner les Etats qui s’opposent à la politique de l’Union ? Une solution qui n’est « pas privilégiée » à la Commission européenne, précise Diane Angermueller, coordinateur politique à la direction générale des migrations. Elle explique que cela risquerait de contraindre ces pays, et donc procéder à une montée des opinions en faveur de l’extrême-droite europhobe dans ces pays, ce qui n’est évidemment pas souhaitable pour l’UE. On pourrait opposer à cet argument que des partis europhobes sont déjà bien installés au pouvoir en Pologne (avec le PiS d’Andrzej Duda) et en Hongrie (le Fidesz de Viktor Orban).
 

A ce propos, une lettre, signée de l’ancien commissaire européen à l’environnement Ioannis Paleokrassas pour Jean-Claude Juncker a exhorté ce dernier a couper les fonds européens à la Hongrie, estimant que ce pays « ne respectait pas les valeurs démocratiques », le jugeant « en dehors d’une fédération vraiment unie ». En Hongrie, 95% des investissements publics sont actuellement cofinancés par l’UE et la fermeture de la vanne européenne serait une catastrophe pour cet Etat. Si M. Juncker n’a pas répondu, la Hongrie a déjà dénoncé une « attaque politique ». Symbole de la difficulté des négociations.
 

Aujourd’hui, pour contenir l’arrivée de migrants, l’Union européenne procède d’ailleurs à une sous-traitance à la Turquie, ce qui correspond à un déplacement du problème. On peut également s’interroger sur la moralité de verser des milliards chaque année à M. Erdogan au vu de la gestion de son pays. Cela a également eu la vertu d’ouvrir une route migratoire vers la Libye, pays en grave crise politique, avec un gouvernement exceptionnellement faible et contesté, en proie à l’activité terroriste. « On bricole », avoue sans détour M. Deprez à ce sujet, qui reconnaît d’énormes difficultés à ce sujet.
 

L’Europe a des idées, et de la volonté. Seulement, elle se heurte et se heurtera encore longtemps sur ses frontières orientales, peu enclines à lui faciliter la vie.