Qui sont les bouquinistes de Paris ?

Nous pensons les connaitre. Ils font partie du paysage parisien. Leurs boîtes vert-wagon, si caractéristiques, rythment nos flâneries. Nous ne leur accordons qu’une attention distraite. Des attrapes-touristes... Les apparences sont parfois trompeuses. Plongée au coeur de l’imposant libraire à ciel ouvert des bouquinistes.

 

Une part du folklore parisien
 

Assis non loin de leurs boites, les bouquinistes ne prêtent pas attention à vous. Ils sont 225 à peupler les quais de Seine et à accueillir badauds, touristes ou passionnés aux abords des quelques 900 boites vertes, inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011. De temps en temps, ils jettent un oeil à leurs étals, débordant de trésors en tout genre. Des livres, des affiches, des gravures et autres magazines s’entremêlent dans un joyeux chaos de couleurs. Cela fait plus de deux-cents ans que les bouquinistes animent les quais. Une tradition héritée des colporteurs présents dès le XVIIe siècle aux alentours du Pont-Neuf.

 

Une passion rattrapée par les contraintes du métier
 

Stéphane, lui, est bouquiniste depuis 30 ans. Ses quatre boîtes règlementaires sont situées sur le quai de Montebello, juste en face de Notre Dame de Paris. Il a repris l’affaire familiale : « Quand j’étais petit, j’accompagnais mon père sur les quais. C’est lui qui m’a transmis sa passion pour les livres ». On ne devient pas bouquiniste par hasard, révèle une étude réalisée en 1993. Rares sont ceux qui tombent dans le métier parce qu’ils n’avaient rien d’autre à faire. Etre bouquiniste, c’est être passionné car les contraintes sont réelles. Les bouquinistes se considèrent comme les « derniers paysans de Paris ». Ils travaillent toute la journée à l’extérieur et sont soumis aux conditions météorologiques ainsi qu’à la pollution : « On est obligé d’envelopper nos livres avec du plastique pour éviter qu’ils ne noircissent trop vite ! », se plaint Sophie, une jeune bouquiniste du quai Voltaire. La réglementation autour des boites est stricte et gérée par la Mairie de Paris. Elle étudie des dizaines de dossiers quand une boite se libère et privilégie ceux qui ont des projets précis. Certains sont par exemple spécialisés dans la presse sportive, les livres reliés ou encore les romans de science fiction.

 

Entre évolutions et traditions
 

Mais beaucoup ont aussi cédé à l’appel des touristes, friands de souvenirs bon marché. Les livres disparaissent derrière des portes-clés, des tasses et des affiches plus modernes. « Les étrangers sont indifférents à une littérature dont ils ne comprennent pas la langue », explique un « ouvre-boîte » de 29 ans, un salarié déclaré d’un bouquiniste. « On ne peut plus compter sur les livres », continue-t-il. Selon lui, les étrangers représentaient plus de 50% des clients en 2007. Considérés comme un gagne-pain dans les zones les plus fréquentés, les touristes sont des « plaies » pour les bouquinistes situés aux extrémités des quais. Les « vrais » clients sont ceux avec qui ils peuvent échanger, discuter de leur passion. Un conflit entre tradition et évolution dans une profession, qui, si elle est exercée à temps plein, reste précaire.

TEXTE ET PHOTO
CÉCILE LEMOINE

 

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