Ready Player One : l'OASIS, l'avenir de la réalité virtuelle ?

Dernier né du magicien Steven Spielberg, Ready Player One émerveille nos salles sombres depuis le 28 mars. Malgré quelques clichés, les effets spéciaux magistraux, l’aventure rythmée et surtout le nombre incalculable de références à la culture populaire, sont réunis pour que ce film reste gravé dans les mémoires. Le film nous transporte dans deux univers à la fois, les restes du nôtre en 2045, et l’OASIS.

Par Robin Grez
Photos Warner Bros

1er avril 2018

Paradis au milieu du désert qu’est devenu la planète terre, l’OASIS n’aurait pas pu avoir un meilleur nom. Créé par James Halliday, génie du jeu vidéo, cette plateforme virtuelle aux airs de MMORPG est accessible exclusivement en réalité virtuelle (VR) grâce à un casque ainsi qu’un équipement haptique. Toute la place est laissée à la créativité dans cette ‘‘sandbox’’ phénoménale qui n’a pour limite que l’imagination des joueurs.  Avant sa mort, James Halliday a caché un ‘‘Easter Egg’’ qui offrira, au joueur qui le trouvera, les parts du créateur dans l’entreprise dont la plateforme dépend, Gregarious Games, mais surtout, il lui donnera le contrôle total de l’OASIS. Pour Wade Watts, alias Parzival, il ne reste plus qu’à le trouver.

Venez comme vous êtes

 

Tout est possible dans l’OASIS, partir en vacances sous les tropiques, skier sur les pyramides, grimper le mont Everest avec Batman ou encore se battre contre les hordes de l’enfer sur la planète Doom. Il donne la possibilité aux gamers d’être qui ils veulent grâce à leurs avatars et donc d’y trouver un nombre incalculable de références à la culture populaire.

 

Dès les premiers plans de l’OASIS, le ton est donné. La caméra survole la planète Minecraft pour ensuite traverser une succession de planètes de jeux ou de vacances avant d’arriver dans le ‘‘Spawn’’ de l’OASIS où de nombreux personnages nous sont connus. Dès cet instant, nous découvrons toutes les possibilités d’avatar qu’offre la plateforme virtuelle. Tout au long du film, celles-ci seront déclinées sous toutes les formes. Mais en plus des skins, les références se retrouvent partout, dans les décors, les dialogues, les actions, les objets, les véhicules, les robots, et j’en passe. Il est impossible de reconnaître toutes les références en un seul visionnage (et même en deux) tellement leur nombre est imposant.


Pour citer quelques exemples, on y retrouve : un skin de Marvin le martien des Looney Tunes ; la DeLorean de Doc dans Retour vers le Futur ; le T-rex, de Jurassic Park, et King Kong dans les rues de New York ; de nombreux personnages issus de DC Comics et Marvel, en particulier ceux de l’univers de Batman ; le son d’un chasseur TIE de la saga Star Wars ; les Spartans de Halo ; un avatar Hello Kitty ; « Rosebud », le grand mystère de Citizen Kane ; l’Arkham Knight du jeu vidéo Batman Arkham Knight ; et de nombreuses autres qu’il m’est impossible de citer sans y consacrer un article entier.

Le cinéma, les jeux vidéo, les séries, les dessins animés, les comics, les bandes dessinées, les mangas, la musique, la littérature, tout trouve sa place dans l’OASIS, ce qui en fait le plus grand puits de culture jamais créé par l’homme. Dans son univers parallèle, Steven Spielberg crée une plateforme dans laquelle se mélange références et créations originale des joueurs, car celle-ci sont également très nombreuses. Il est même possible de dire que ce film est le plus référencé du 7e art.

L’utopie et la dystopie

 

Dès la séquence d’exposition, les deux univers sont présentés simplement par le chemin de Wade entre sa maison et sa ‘‘cachette’’ où se trouve son équipement pour l’OASIS. Il suffit de quelques minutes pour comprendre qu’en 2045, le terre est dévastée. Columbus, actuelle capitale de l’état de l’Ohio, ville la plus florissante au monde, est en déshérence, au point que le quartier de Wade, appelé les « Piles », est composé d’échafaudages où sont empilés des caravanes formant une sorte de Bidonville futuriste.

IOI (Innovative Online Industries), la 2e multinationale mondiale derrière Gregarious Games, enferme les personnes endettées dans des « centres de fidélité » où ceux-ci travaillent dans l’OASIS dans l’optique de rembourser leur dette. C’est dans ce monde ravagé par les problèmes climatiques, la surpopulation, la pauvreté et des guerres intimement liés au progrès technologique - Wade parle d’une guerre de la bande passante - qu’évolue une population qui s’évade dans l’OASIS.

 

Certaines séquences montrent les rues de la ville de Columbus et il est frappant de remarquer que presque tous ses habitants se baladent avec leurs équipements de réalité virtuelle. Dans ce monde dystopique où personne ne souhaite vivre, l’OASIS constitue une utopie accessible à tous et où, au final, il est possible de vivre. Seuls les besoins primaires tel que manger, boire, se laver et faire ses besoins doivent se faire dans le monde réel. Tout le reste peut se faire sur la plateforme virtuelle, on peut y travailler, se socialiser, se divertir et surtout créer. Wade nous fait comprendre dès le début cette réalité avec le simple fait qu’il n’a jamais vu son meilleur ami : ils se sont connus et se côtoient exclusivement dans l’OASIS.

 

La course à l’Easter Egg, au-delà des enjeux symboliques, représente un grand enjeu économique. C’est pourquoi l’entreprise IOI cherche à tout prix à remporter cette compétition. Selon Nolan Sorrento, PDG d’IOI, celui qui dirige l’OASIS dirige le monde, en plus du fait que Gregarious Games est côté à 500 milliards de dollars en Bourse. La question du divertissement peut ainsi parfois paraître secondaire, les enjeux du monde réel rattrapant ceux du monde virtuel.

Un avenir pas si lointain

 

Après l’annonce d’un « plan intelligence artificielle » par Emmanuel Macron ces derniers jours, la réalité rattrape la fiction. La VR telle que nous la connaissons est encore très loin de ce qu’elle peut être dans Ready Player One, puisque nous ne possédons pour l’instant que des jeux basiques. Le premier MMORPG du genre, Orbus VR, est à des années-lumière de l’OASIS. Mais cela semble fort possible qu’une plateforme similaire à celle du film voie le jour dans quelques décennies grâce aux avancées technologiques en matière d’intelligence artificielle et de réalité virtuelle.

 

Néanmoins,  de nombreux problèmes seraient soulevés par un tel monde virtuel. En cela, le film peut sembler pédagogique ou tout du moins prédicateur. Il y aura, bien entendu, des enjeux politiques et économiques notamment liés à la possession de parcelles de l’univers virtuel, à la publicité ou encore à la neutralité qui devra être centrale. Déjà fortement touchée aux Etats-Unis, la neutralité du web n’y est plus obligatoire et pourrait être d’autant plus dangereuse dans une plateforme telle que l’OASIS.

 

L’enjeu social est des plus importants. Dans Ready Player One, de nombreux utilisateurs s’enferment dans l’OASIS et y passent une grande partie de leur vie. Aujourd’hui, il existe de nombreux cas de gamers enfermés dans leurs jeux. C’est un phénomène mondial qui trouve particulièrement sa place dans certains pays asiatiques tel que le Japon. Steven Spielberg amène cette question tout au long de son long métrage et l’aborde dans la morale où l’OASIS ferme deux jours par semaine.

 

Au final, le réalisateur, en plus de nous en mettre plein les yeux, se veut ‘‘lanceur d’alerte’’ en nous offrant une œuvre réaliste, ou tout du moins plausible et applicable à un futur proche. Ce second univers qu’est l’OASIS est aussi bénéfique que maléfique pour des humains qui délaissent la réalité. Au final, comme le dit Wade Watts, « La réalité est la seule chose qui est réelle».