Au début du mois d'avril était présentée la réforme institutionnelle. Une de ses mesures les plus commentées est la baisse drastique du nombre de parlementaires. Dans les territoires, la crainte d'une moindre représentation nationale se fait entendre. 

Par Théophile Pedrola
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6 mai 2018

Réduire le nombre de députés de 577 à 400. Une mesure plutôt populaire dans l'électorat, mais qui inquiète au niveau des élus. Couvrir un plus large territoire semble être une mission compliquée, au vu des moyens alloués, comme l'explique Sophie Auconie, députée UDI de la troisième circonscription de l'Indre-et-Loire : "Une fois de plus, c'est la ruralité qui va subir les conséquences d'une telle décision. Les zones urbaines bénéficient d'un nombre de députés qui est très clairement plus important et, en conséquence, il y aura plus de députés urbains que ruraux. C'est une mesure qui aura forcément des conséquences sur la présence des élus sur les territoires."

 

On peut effectivement considérer que le travail d'un député de province est très différent de celui des villes. En Indre-et-Loire, chaque élu a environ 1 200 kilomètres carrés de territoire à couvrir. C'est bien plus qu'à Paris, où il y a 18 députés pour la ville, soit environ 6 kilomètres carrés pour chacun. 

 

Pour Sophie Auconie, agrandir son territoire reviendrait à l'empêcher d'accomplir sa mission : "Je ne pourrais pas faire mon travail de la même manière. C'est difficile pour moi d'imaginer une circonscription qui fait quasi le double."

 

Si rien n'est assez concret pour envisager une multiplication par deux de la taille de son territoire, il semble évident que cela va grogner dans les territoires. Bien sûr, il serait plus logique de réduire le nombre de circonscriptions urbaines : à Paris, il y a presque autant de députés que de maires, ce qui confine à l'absurde. 

 

Seulement, pour Fabienne Colboc, députés LREM de la quatrième circonscription du département, l'important est ailleurs : "Ce qui est important quand on est député, c'est d'avoir une connaissance du territoire. Dans la réforme de la Constitution, on a effectivement moins de députés, mais par contre, plus de moyens, pour peut-être plus de collaborateurs qui, eux, pourront mieux étudier le territoire. Je pense que c'est ça l'enjeu." 

Députés en représentation

 

Moins de personnes, mais donc plus de moyens financiers pour plus d'experts. De quoi peut-être craindre le risque d'avoir des élus déconnectés de leurs territoires, et surtout présents en représentation au Parlement. C'est le paradoxe à En Marche, qui évoque "la connaissance du territoire"

Alors, si cette réforme pénalise les territoires ruraux, qui sont plus nombreux, cette loi ne devrait pas être adoptée par les élus. Ce n'est pas l'avis de Sophie Auconie :  "Depuis le départ, je vois des collègues En Marche voter systématiquement en faveur des décisions et des propositions du gouvernement, même quand ils ne sont pas d'accord." Et de prendre l'exemple de la suppression de l'enveloppe parlementaire : "Un certain nombre de députés étaient plutôt contre, mais ils ont voté en faveur de cette suppression. On mesure aujourd'hui qu'ils ne sont pas toujours maîtres de leur opinion, de leur expression." 

 

Des députés en représentation à Paris, aidés par des assistants sur le terrain. Voilà ce qui se dessine peut-être pour le futur de la représentation nationale sur les territoires. Les annonces officielles sur le sujet restent très flou. Le premier volet a été présenté en Conseil des ministres le 4 mai. L'examen en première lecture à l'Assemblée se fera normalement à la rentrée 2018 pour être parachevé dans l'année prochaine.