Situé en plein coeur de la vieille ville, sur l’ancien cardo byzantin, le souk de la vieille ville de Jérusalem est à cheval entre les quartiers chrétien, juif, musulman, et arménien. Véritable carrefour de cultures, de religions et de senteurs, le souk vous invite, le temps d’une journée à découvrir ses secrets.

 

Probablement ouvert à l’époque des croisés, peut-être même à l’époque des premiers musulmans, le souk sépare l’ancienne voie romaine appelée Cardo en trois venelles commerçantes, chacune portant le nom des produits que l’on y vend : le marché des bouchers, des parfums et des orfèvres.

 

Le souk prend vie dès 7h le matin. Les premiers arrivants sont les occupants des échoppes du marché des bouchers. Vendeurs de légumes et de viande rangent tranquillement les marchandises fraichement arrivées, ils savent qu’ils ont un peu de temps avant l’arrivée des premiers clients. Vers 9h, c’est au tour des échoppes du souk des parfums d’ouvrir leurs portes. Bientôt l’effluve des épices se répand à travers le marché qui s’anime. La majorité des boutiques du souk des orfèvres resteront fermées, comme toujours depuis dix ans. Les commerçants s’installent sur une chaise au pas de leur porte et haranguent les clients. Ces derniers sont avant tout musulmans comme nous l’indique le patron de la boutique « king of spices ». Cela fait 400 ans que l’échoppe se transmet de père en fils et le teneur actuel connait bien les mœurs du souk : « ici, ce sont surtout des musulmans. Il y a peu de touristes. Les touristes vont dans un autre quartier ». Les seuls juifs que l’on croise se rendent dans leur tenue de prière au mur des Lamentations.

 

Il fait chaud, les odeurs, exacerbées par la chaleur se trouvent piégées par les voutes fermées du souk. Les relents de viande crue et de sang se mêlent à l’odeur plus âcre des légumes, plongeant les commerçants des boutiques les moins animées dans une torpeur propre aux débuts d’après-midis. Le jeûne, imposé par la période du ramadan, excite les tensions et on entend une dispute plus loin dans le souk des parfums. La période creuse imposée par la chaleur se rompt en fin d’après-midi et les femmes se pressent dans les ruelles étroites du souk où s’enchevêtrent des boutiques en tout genre, pour faire les dernières emplettes nécessaires au repas du soir. L’échoppe qui vend des atayef (une sorte de gros pancake salé) au bout du souk des bouchers ne voit plus la fin de la file d’attente qui se bouscule afin de récupérer une bonne demi-douzaine de ce qui sont les meilleurs galettes du souk.

 

L’ambiance chaotique prend fin aux alentours de 18h. Une à une, les boutiques, étrangement silencieuses et vidées de leurs clients, referment leurs portes. C’est l’heure des comptes. Les gérants, liasses de shekels à la main, se rendent l’argent qu’ils se doivent. Une heure plus tard, seul le souk des bouchers est encore animé par les camions qui viennent enlever les cartons éventrés, abandonnés aux coins des boutiques, et laver le sang qui s’est répandu en flaque sur les pierres de la rue. La puanteur s’accentue au niveau d’une caisse en plastique bleue remplie de tête de bovins ensanglantées. Des enfants passent en courant, le nez enfouis dans les mains. Des chats faméliques, rodent entre les cartons et les caisses, en quête d’un bout de viande à se mettre sous la dent. Bientôt, les dernières clameurs se taisent et le souk s’endort avec pour seuls gardiens, les chats indomptés de la vieille ville de Jérusalem.