Plusieurs associations féministes manifestaient lundi soir à la Cinémathèque, pour protester contre la rétrospective consacrée à Roman Polanski. Une contestation qui s’inscrit dans le contexte plus large de dénonciation des violences sexuelles.

Dans la pénombre du parvis de la Cinémathèque française, elles attendent. D’abord en silence, puis en scandant divers slogans. Une centaine de féministes ont répondu à l’appel lancé mardi 24 octobre par l’association Osez le Féminisme (OLF) pour protester contre la tenue de la rétrospective de Roman Polanski au temple du cinéma français, qui débutait ce lundi. Le réalisateur franco-polonais est accusé d’avoir violé une jeune fille de 13 ans en 1977, des faits qui lui valent toujours d’être sous le coup d’un mandat d’arrêt aux Etats-Unis.

PAR PAUL IDCZAK,
LÉO SANMARTY
ET THOMAS HERMANS

PHOTO PAUL IDCZAK

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« Un procès pour qui ? Polanski ! », entonnent donc en cœur les militantes présentes devant la Cinémathèque, dans une ambiance relativement calme malgré la présence de quelques policiers.
D’autres slogans reviennent à plusieurs reprises, demandant notamment « l’extradition » de Roman Polanski vers les Etats-Unis. Pour Eve, 21 ans, la justice doit faire son travail, d’autant plus que « d’autres accusations sont sorties ces derniers temps ». Elle est accompagnée ce soir-là par Hugo, 22 ans, sur la même longueur d’onde : « Roman Polanski n’a pas purgé sa peine. Il ne doit pas y avoir d’impunité pour les violeurs. »


« Polanski a connu quarante ans de confort »

A l’écart des manifestantes, ils sont nombreux à attendre dans la file d’attente pour assister à la présentation de la rétrospective. Rapidement, quelques féministes se placent face à eux, pancartes à la main. Certains cinéphiles applaudissent, d’autres prennent des photos, avant que les journalistes ne saisissent l’occasion pour immortaliser la scène.

Jean-Michel, 59 ans, est là pour voir Polanski, mais pour lui, « il est normal que les féministes s’affirment dans le contexte de l’affaire Weinstein ». Toutefois, l’homme estime qu’« on a tendance à oublier le passage du temps et la présomption d’innocence » (rappelons tout de même que Polanski avait plaidé coupable il y a quarante ans, avant de fuir les Etats-Unis le jour de son procès). « On omet que sa femme a été assassinée de façon atroce », continue-t-il, considérant que les dénonciations sont « en déconnexion » avec le parcours du réalisateur.

Les féministes ne sont évidemment pas de cet avis. « Polanski a connu quarante ans de confort, pas quarante ans de harcèlement », clame la porte-parole d’Osez le Féminisme Raphaëlle Rémy-Leleu, 24 ans. Claire, venue par elle-même, voit de son côté la tenue de cette rétrospective comme « le plébiscite d’un violeur »
Membre du collectif féministe La Barbe, Alice Coffin,39 ans, va encore plus loin : « cette attitude de la Cinémathèque équivaut à dire : "Silence, ça viole"». L’appel lancé par OLF évoquait lui une « provocation » de la part de la direction de l’établissement culturel.

 

Ras-le-bol

Le problème soulevé par les féministes présentes devant la Cinémathèque ne concerne pas seulement le cas de Roman Polanski, mais le harcèlement sexuel en lui-même. Une intention qui s’entend en partie dans les slogans clamés ce lundi soir, entre unité (« Nous sommes fortes, nous sommes fières, féministes et en colère ») et ras-le-bol (« pas d’honneur aux agresseurs »). Raphaëlle Rémy-Leleu confirme que son association, en se rassemblant, souhaite combattre un problème de fond : « Notre but premier, c’est de dénoncer la violence et porter la parole des femmes ». Selon la jeune militante, il est encore aujourd’hui « plus facile d’être l’agresseur que l’agressée ». C'est ce que les féministes nomment la « stratégie de l’agresseur ».

Quelques dizaines de minutes après le début du rassemblement, les manifestantes entonnent le chant du Mouvement de Libération des Femmes, symbole de l’émancipation féminine après les évènements de Mai-68. Un peu avant, deux membres des Femen, qui avaient réussi à s’introduire dans la Cinémathèque, se faisaient sortir de force par les policiers. Les flashs des appareils photo crépitent des deux côtés. Signe que les féministes ont au moins gagné la bataille symbolique.