Royaume-Uni : qui est Jeremy Corbyn ?

Donné 20 points derrière Theresa May il y a plusieurs semaines, Jeremy Corbyn talonne maintenant l’actuelle Premier ministre conservatrice. Si la majorité absolue de celui que Les Echos appellent le « Mélenchon anglais » semble peu probable, sa campagne a néanmoins trouvé un public, et marqué un virage à gauche dans la ligne du parti travailliste.
 

Un militant de la première heure
 

L’actuel leader du Labour est né en 1949. Ses parents, un ingénieur et une enseignante, sont tombés amoureux lors d’une manifestation contre la guerre civile espagnole. Le jeune Jeremy arrête les études à 18 ans, l’équivalent du BAC en poche. Après deux ans passés auprès d’une association caritative en Jamaïque, il s’installe dans un quartier du Nord de Londres : Islington.

PAR QUENTIN TRIGODET
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Jeremy Corbyn arrêté lors d’une manifestation anti Apartheid en 1984.
 

Dès les années 1970, Jeremy Corbyn s’engage : militant local, syndicaliste, opposé à l’adhésion du Royaume Uni à l’Union Européenne, militant pour la paix et contre l’Apartheid. Il est pour la première fois élu député du quartier d’Islington en 1983, poste qu’il n’a depuis pas quitté.

Jeremy Corbyn devant le Parlement, en 1984.(Image BBC)
 

A plusieurs reprises qualifié d’antimonarchiste, il refuse de chanter le « God Save the Queen », et s’attire les foudres de la presse britannique. Militant pacifiste, il souhaite en finir avec le nucléaire et l’OTAN. Il s’était aussi attiré les foudres en dressant un parallèle entre le groupe Etat Islamique et Israël.
 

Une histoire tourmentée avec le Labour
 

Le travailliste de 68 ans a enchaîné une centaine de meetings en sept semaines. Il aurait selon un calcul du Guardian parcouru 11 000km pour sa campagne. Celle-ci s’est organisée autour d’un programme très à gauche, en accord avec les idées qu’il défend depuis toujours. Ainsi, Corbyn met fin au « New Labour »  de Tony Blair, plus centriste. C’est écrit sur son bus rouge de campagne, ce programme est conçu "pour les masses, pas pour les élites" (« For the many, not the few »).

Le bus de campagne de Jeremy Corbyn (Reuters).
 

Elu à la tête du parti en 2015, la personnalité du nouveau leader divise. Il a, depuis 1997, voté 533 fois contre la ligne du parti. Pendant la campagne du Brexit, il a été accusé de n’avoir soutenu le camp du « Remain » que du bout des lèvres. S’allier à une grande coalition menée par David Cameron, très peu pour lui.  Il avait alors été la cible d’une motion de défiance votée par les députés de son parti. Cameron, alors Premier ministre, lui avait lancé : « For heaven’s sake man, go ! » (Pour l’amour du ciel, partez !). S’appuyant sur un soutien des adhérents, il avait tenu bon, et n’avait pas démissionné.
 

Sa campagne termine au plus haut
 

Son programme très marqué à gauche prévoit la nationalisation du chemin de fer et de la poste. Le manifeste proposé par Corbyn prévoit également l’augmentation des impôts pour les plus fortunés, la suppression des frais d’université, et de gros investissements publics.  Ces mesures sont à l’image de son engagement de toujours, explique dans Atlantico Bruno Bernard, ancien conseiller politique à l'Ambassade de Grande-Bretagne à Paris : « [Corbyn est] le produit d’une époque où la "lutte des classes" n’était pas devenue un slogan publicitaire. Il faut reconnaître à Corbyn ce mérite, il ne cherche pas à s’adapter à son époque mais défend des convictions qu’il porte depuis toujours. Il est l’inverse d’une girouette politique. » 
 

L’autre enjeu majeur que devra affronter le prochain Premier ministre britannique sera le Brexit. L’opposition May/Corbyn est sur ce point encore une fois très marquée. Corbyn reproche à Theresa May d’avoir menacé l’Union Européenne avant même le début des négociations, et défend « un projet reposant sur les intérêts mutuels des Britanniques et des Européens ».  Le travailliste focalise l’attention sur l’accès au marché européen, plutôt que sur les enjeux d’immigration, et promet de rétablir une relation de confiance avec l’UE en assurant les droits des ressortissants européens au Royaume Uni.

Si son programme a énormément cristallisé les critiques, jugé trop idéaliste, et trop peu réalisable, il a énormément  touché les jeunes, recevant par exemple le soutien de la scène grime londonienne. Mais le végétarien de 68 ans, père de trois enfants, souffre toujours d'un déficit de confiance d’une grande partie de la population britannique à son égard.

Un sondage de Yougov du 31 mai demande aux Britanniques d’associer un adjectif à la personnalité de Jeremy Corbyn ou Theresa May. 33% considèrent Theresa May comme intelligente, 29% comme forte, contre respectivement 24%e t 8% pour le leader du Labour.