Parlons un peu d’un sujet qui fâche : la consommation de drogue. Si la dépénalisation du cannabis est un serpent de mer régulièrement utilisé par les candidats pour se mettre dans la poche l’électorat juvénile, la Mairie de Paris est passée aux choses concrètes en ouvrant la première salle de consommation à moindres risques.  

Cette salle, que l’on peut abréger en SCMR, est située au 4 rue Ambroise Paré, dans le 10e arrondissement de la capitale, avis aux amateurs. Elle a été inaugurée par Marisol Touraine et Anne Hidalgo mardi et ouvre au public ce matin-même !


Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ?
 

Il est important de savoir pour commencer que les associations de réductions des risques n’arrivaient plus à toucher tous les usagers de drogue qui consomment dans la rue, les halls d’immeuble, les parkings ou bien les toilettes publiques de manière sauvage et absolument pas sanitaire.  
Il faut un lieu calme, dans lequel les usagers peuvent consommer dans des conditions absolument sûres, en utilisant notamment des produits stériles. 
Très concrètement, l’usager doit s’enregistrer, avec l’identité de son choix. On lui délivre ensuite un ticket et il doit attendre son tour pour entrer dans la salle de consommation, dans laquelle il présente le produit qu’il va utiliser.  Il rentre ensuite dans le local, s’installe et dispose de 30 minutes pour s’injecter sa dose. 
Il y a évidemment un personnel sur place qui surveille et qui peut intervenir en cas d’overdose ou si un consommateur n’arrive pas à trouver une veine. Seule obligation : il ne peut pas participer physiquement à l’injection.
L’utilisateur peut ensuite aller dans la salle de repos, avec possibilité d’accéder à un infirmier ou un médecin.


Quel est le bilan de ces salles de consommation en Europe ?
 

Si la France est à la traine dans ce domaine, ce n’est sûrement pas parce qu’elle a été échaudée par de mauvaises statistiques. La première salle a ouverte en 1986 à Berne, en Suisse. On en décompté désormais près d’une centaine, et elles ont toutes un bilan positif, se traduisant par une diminution de la délinquance et des taux de contamination dûz aux seringues non stériles dans le quartier où est installée la salle. Cette dernière est à chaque fois implantée dans un haut lieu de la consommation sauvage, où elle a pour but non pas d’amener de nouveaux consommateurs dans le quartier, mais de l'absorber, et c’est, selon les chiffres, une réussite.


Des salles qui ont leur lot de détracteurs
 

Sans surprise, oui. Le débat sur les drogues est très violent en France. Ces salles, qualifiées de salles de shoot par leurs détracteurs, peuvent laisser penser qu’elles facilitent l’accès aux drogues. C’est évidemment faux, puisqu'elles ne vendent logiquement pas de drogue sur place et permettent au contraire à l’usager d’éviter de sombrer dans la toxicomanie, de s’enfoncer dans le repli sur soi et la dégradation de son corps. 
Nombreux sont ceux s’appuyant sur l’échec de nombre d’entre-elles, qui ont du fermer, notamment au Danemark. Je vais jouer aux Décodeurs et vous expliquer que ces salles danoises ont du tout simplement fermer à cause de leur baisse de fréquentation, du fait d'une baisse du nombre d'usagers.
L’utilisateur de la SCMR va certes « payer » cette salle, financée par la Sécurité sociale, mais elle ne coûtera que 800 000 euros par an, une gouttelette à côté des 388 millions dépensés chaque année par l’Etat pour lutter contre les addictions. Ça vaut le cout d’essayer, non ? 



Théophile Pedrola
(Crédits photo : Dijon-Santé)