Près d’une semaine après le référendum d’indépendance et la victoire du oui, la situation en Catalogne est toujours aussi indécise. Mais si la région espagnole obtient son indépendance, il lui faudrait ensuite intégrer l’Union européenne. Un objectif vital loin d’être atteint.
 

Le référendum de dimanche dernier a abouti à un résultat limpide : 90% des Catalans à avoir participé ont voté en faveur de l’indépendance de leur région. Et s’ils sont seulement 42% à avoir mis leur bulletin dans une urne, sur fond de répression du pouvoir espagnol, le président de la Generalitat catalane Carles Puigdemont s’est dit prêt mercredi à acter une séparation « unilatérale » avec l’Espagne. Cette décision, si elle a lieu, n’acterait pas l’indépendance de la Catalogne, mais montre la détermination sans faille des Catalans dans leur voie vers l’autodétermination. Pourtant, obtenir cette dernière pourrait bien s’avérer problématique pour la région, car quitter l’Espagne aurait pour inévitable conséquence un départ de l’Union européenne.

Importance nationale

Actuellement, malgré son statut d’autonomie qui lui permet de posséder un gouvernement et des institutions propres, la région du nord-est de l’Espagne dépend juridiquement de la Constitution et du pouvoir central de la nation ibérique. De fait, elle profite du même coup des lois de l’Union européenne (utilisation de l’euro, accès au marché unique, libre circulation des citoyens européens sur son sol...), lui garantissant un apport économique non-négligeable, notamment au niveau touristique. En effet, la Catalogne pèse 20% du Produit intérieur brut espagnol, et représente près de 25% de la manne financière issue du tourisme, profitant notamment de la popularité de sa capitale Barcelone chez les étrangers (plus de dix millions de visiteurs annuels, dont 18 pour la seule année 2016).
 

Ces chiffres seraient-ils identiques si la Catalogne obtenait son indépendance ? La donne serait totalement différente hors de l’UE. Et si Carles Puigdemont ne voit pas comment l’Union ferait pour dire au revoir à une région qui compte pour « 2% de son PIB », une entrée dans l’UE nécessiterait tout de même à la Catalogne de passer par un processus d’adhésion similaire à celui des autres pays en instance d’intégration.

Unanimité

Le hic, c’est que le point d’orgue de ce processus n’est autre qu’un vote contraignant de l’ensemble des Etats membres, qui doivent parvenir à une unanimité pour accepter une nouvelle nation au sein de l’Union. Dans cette optique, un consensus serait difficile, voire inenvisageable : créer un précédent avec la Catalogne, c’est ouvrir la brèche aux revendications d’autres régions européennes potentiellement séparatistes. Parmi elles, la Flandre, le Pays Basque ou encore la Corse. En plus d’une Espagne intransigeante, il faudrait ainsi que les Catalans convainquent la France et la Belgique d’imaginer hypothéquer une partie de leur territoire pour arriver à leurs fins.
Convaincre Mariano Rajoy serait encore plus difficile. Le Premier ministre ibérique empêche aujourd’hui toute médiation internationale dans ce qu’il considère comme des « affaires internes » à l’Espagne. Le leader du Parti Populaire a beaucoup plus à perdre qu’à gagner dans l’affaire, et le voir dévier de sa trajectoire relève aujourd’hui de l’utopie. Rajoy peut compter pour l’occasion sur le soutien de la Commission européenne, qui se dit « neutre » sur la question et ne paraît pas encline à user de son influence pour trouver une solution au problème catalan.

Pour la Catalogne, qui voit des centaines d’entreprises quitter son territoire avant chaque référendum par peur de devoir payer des droits de douane, intégrer l’Union relève pourtant du besoin vital. Une sortie de l’UE entrainerait, selon les chiffres du gouvernement espagnol, une chute de « 30% du PIB » de la région et provoquerait la suppression de près de 200 000 emplois. Le prix à payer de l’indépendance ?

PAR PAUL IDCZAK
PHOTO JOSEP LAGO / AFP

7 octobre 2017

Obtenir l'indépendance pourrait bien s’avérer problématique pour la Catalogne, car quitter l’Espagne aurait pour inévitable conséquence un départ de l’Union européenne.

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