L'anniversaire de la semaine : les 70 ans de la Sécurité sociale

08/10/2015

Menées par François Hollande, de nombreuses personnalités politiques se sont réunies ce mardi à Paris pour célébrer les 70 bougies d'une organisation créée quelques mois seulement après la signature de l'armistice de la Seconde Guerre Mondiale.

 
7 décennies de protection sociale, plus deux jours. Si le monde politique n'a pas réussi à s'organiser pour fêter la Sécurité sociale en son jour de création, celle-ci a pu figurativement souffler ses 70 bougies avec dignité. Devenue un symbole fort de la République française, quasi-indéboulonnable aujourd'hui, celle que l'on appelle familièrement la « Sécu » fait partie intégrante du système social français. Fondée par la célèbre ordonnance du 4 octobre 1945, la Sécurité Sociale est à l'époque conçue comme un organe destiné à "garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent". En relisant cette définition, il apparaît que, si la France elle-même a évolué depuis les années 40, son système de protection sociale semble lui reposer sur les mêmes bases que celles qui étaient en vigueur lors de sa création, c'est-à-dire une solidarité sans faille entre l’État et l'ensemble des français. Sur le contenu en lui-même, il faut attendre 1967 pour que les trois branches composant la Sécu telle que nous la connaissons en 2015 ne soient explicitement évoquées et mises en place au niveau national, à l'initiative de Jean-Marcel Jeanneney, ministre des affaires sociales du président Charles de Gaulle. Ce dernier s'est d'ailleurs posé comme l'un des principaux contributeurs à l'ancrage de la Sécurité Sociale dans la République française, en l'inscrivant directement dans la Constitution de la Vème République datant de 1958, toujours en vigueur aujourd'hui.
 

La Sécurité Sociale ne plaît pas à tout le monde. (photo Damien Meyer/AFP)
 


Une organisation qui se veut universelle…

La Sécurité sociale, on ne peut pas y échapper. Cette phrase paraît avoir une connotation négative, mais elle est en vérité révélatrice des efforts mis en place par nos gouvernements successifs pour permettre à la population française, quelle que soit sa catégorie socio-professionnelle et son niveau de revenu, de bénéficier des nombreux avantages qu'apporte le système. Tout cela dans le souci d'égalité que la devise de la République explicite clairement. La mise en place de mesures fortes, comme l'instauration du revenu minimum d'insertion (RMI) en 1988, ou la mise en circulation de la carte vitale dix ans plus tard, ont traduit cet engagement politique social.
Car la France, si elle n'est pas elle-même à l'origine de la théorisation d'une protection sociale, a vocation à devenir l'une des références mondiales sur ce point. La pensée de Pierre Laroque, premier directeur de la Sécurité sociale, s'inscrit en effet dans la lignée directe du rapport de William Beveridge Social insurance and Allied Services publié en 1942, définissant les fondements de l'Etat Providence. En adaptant cette formule à la France fraîchement libérée de l'occupation allemande, Laroque et ses collaborateurs n'ont pas seulement oeuvré pour le bien-être futur des Français, ils ont bel et bien posé un héritage social important dans un pays qui se trouvait alors en manque de repères après une guerre dévastatrice. 
Se posant dès le départ comme un système à visée universelle sur le territoire français, la Sécurité sociale hexagonale s'est donc placée en tant que modèle à suivre pour les pays n'en bénéficiant pas. En la comparant avec le système en vigueur aux Etats-Unis, où le gouvernement peine à faire ratifier une couverture sociale universelle, la France ressemble effectivement à un eldorado.


... mais dont les limites sont nombreuses

Néanmoins, affirmer cela reviendrait à faire fausse route. La Sécurité sociale française a beau exister depuis 70 ans, ce n'est pas pour autant qu'elle ne possède aucune faille dans ses modes d'actions et ses caractéristiques particulières. Une des grandes polémiques des dernières décennies concerne ainsi le bien connu "trou de la Sécu" qui ne cesse de se creuser année après année. Couvrir financièrement toute une population nécessite en effet des fonds quasiment illimités, or l'Etat et les mutuelles privées ne sont pas en mesure de répondre à tous les accidents, retraites et assurances diverses sans piocher dans leurs réserves profondes et s'endetter inévitablement. Ces faits se font ressentir dans les chiffres : en 2014, la dette liée à la Sécurité sociale représentait plus de 10% de la dette globale française !
De nombreuses voix se plaignent également de la fraude, problèmatique récurrente dans les bilans annuels de la Sécurité sociale. En réalité, ce problème repose bien plus sur une question morale (profiter d'un système social pour son bien personnel) que sur le plan purement financier, puisque ces fraudes n'affectent en rien la balance déjà négative de la Sécu.


Hollande se positionne

En joyeuse septuagénaire, la Sécurité sociale française n'est donc pas parfaite, et ses défauts sont sans cesse mis en avant par les partisans d'une réforme complète d'un système parfois présenté comme obsolète. Dans son discours de mardi à la Mutualité, le président de la République François Hollande a tenu à rappeler qu'il n'était pas nécessaire de changer les bases du système, mais qu'il fallait faire en sorte que celui-ci "vive avec son temps", rappelant du même coup que le déficit de la Sécu n'a cessé de baisser depuis 2010.  Atteindre l'équilibre dans les années à venir apparaît donc désormais comme un objectif viable pour les gouvernements actuels et futurs, pour enfin montrer que la Sécurité sociale peut exister pleinement sans que les sacrifices ne soient trop importants.
 

 

 

 

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