L'anniversaire de la semaine : les 120 ans de la CGT

15/10/2015

Le premier syndicat français célèbre cette semaine à Limoges ses 120 ans d'existence, dans une France où le syndicalisme a perdu de sa superbe. 

 

 La CGT mobilise de moins en moins de monde. 


La fin septembre 1895 est une date que tous les travailleurs syndiqués à la CGT se doivent de connaître. C'est en ce mois que s'est en effet tenu à Limoges le congrès fondateur de la Confédération Générale du Travail, en faisant le tout premier syndicat à voir le jour sur le sol français. 120 ans plus tard, les "héritiers" du mouvement se retrouvent dans cette même ville pour communier autour de ce qu'il reste à espérer. Entre courses à vélo et tables rondes, les dirigeants du syndicat n'oublient pas de faire passer des messages au gouvernement : la mise en place d'une semaine de 32 heures est notamment réclamée par le patron Philippe Martinez, en vue du 51ème Congrès de la CGT qui se tiendra du 18 au 22 avril à Marseille. Une idée motivée par un constat simple  : pour faire baisser le chômage, il faut partager le travail. Seulement, si l'organisation est historiquement ancrée dans les entreprises françaises, son influence ne cesse de décroître, rendant du même coup ses propositions sociales moins propices à être prises en compte par l'Etat. Un phénomène qui dure depuis plusieurs décennies maintenant.

L'apogée de l'après-guerre


Historiquement, la CGT est un acteur majeur de l'histoire ouvrière française, symbolisant des valeurs sociales fortes allant de pair avec l'action des partis situés à gauche de l'échiquier politique, tout particulièrement le parti communiste. Il n'est donc pas étonnant que l'apogée des deux organisations ait  lieu au même moment, lors des années suivant la fin de la Seconde Guerre Mondiale. En 1948, la CGT compte en effet quatre millions d'adhérents et le PCF près d'un million. Celui-ci aurait alors pu légitimer accéder au pouvoir si les autres partis politiques n'avaient pas décidé de l'exclure du système politique, par peur de l'influence de Staline sur les prises de décisions dans le directorat communiste français. Le monde ouvrier hexagonal perd alors sa base politique, le soutien nécessaire pour se faire entendre auprès des divers gouvernements se succédant tout au long de la IVème République. Dans la France active du baby-boom, la présence syndicale se retrouve d'autant plus importante qu'elle devient le seul et unique moyen de fédération pour l'ensemble des ouvriers et des travailleurs en difficulté, qui bénéficient depuis peu de l'apport de la Sécurité Sociale. La CGT a beau perdre plus de 2 millions d'adhérents en moins de quinze ans du fait de la non-participation communiste au gouvernement, elle reprend tout de même sa marche en avant dès que la IVème République se termine. La CGT étant contrôlée par le PCF depuis 1947, sa situation s'améliore dès lors que la Guerre Froide perd de la température. En 1975, elle compte ainsi plus de 2 300 000 adhérents, soit une augmentation de 30% par rapport à l'année 1958. Les résultats qu'obtient le syndicat sont d'ailleurs significatifs de son importance à nouveau grandissante sur le plan social (semaine de 40 heures, retraite descendue à 60 ans..).
L'élection de François Mitterrand  au poste de Président de la république en 1981 constitue une bonne nouvelle de plus pour le plus ancien syndicat de France. Cependant, au lieu de continuer sur sa lancée, la CGT va au contraire décliner petit à petit.


La victime d'un phénomène général

Comment expliquer la baisse du taux de syndicalisation en France depuis les années 80? Le retour de la gauche au pouvoir aurait normalement du être bénéfique aux travailleurs syndiqués. Le problème en place depuis maintenant 30 ans se construit en plusieurs points. Premièrement, la baisse inéxorable du nombre d'ouvriers, victimes entre autres de l'automatisation de la production et de plans sociaux toujours plus nombreux. Deuxièmement, l'évolution de l'état d'esprit général et une tendance au désintéressement syndical, que l'on peut expliquer par le peu de reconnaissance porté aux propositions de la CGT et de la CFDT ou encore par la théorie du "passager clandestin" de Mancur Olson (un travailleur laisse ses collègues s'activer syndicalement afin de profiter des éventuels retours positifs sans risquer de se faire sanctionner). 
Bien évidemment, on peut aussi mettre en avant le déclin similaire du parti communiste, qui ne fait aujourd'hui plus partie des partis politiques majeurs et voit un nombre important de ses votants se tourner vers les valeurs simplistes du Front National. Ce serait oublier que ce phénomène n'est pas uniquement français, contrairement au niveau de syndicalisation ultra faible (8,1% de la population active) qui place la France au second rang des pays membres de l'OCDE les moins syndicalisés... 
Aujourd'hui, la CGT se trouve donc dans une situation délicate. Si elle est encore en place après 120 ans d'existence, l'évolution générale des syndicats joue en sa défaveur et il semblerait que le seul moyen d'exister aux yeux de la majorité des Français soit les actions "choc", comme en témoignent les récents évènements à Air France. Se battre pour la CGT en 2015 reste tout de même un combat vital pour la santé du marché du travail en France, à une heure où les patrons reçoivent des avantages d'un gouvernement... socialiste. Pour souhaiter bon anniversaire à la CGT, c'est la cerise sur le gâteau.

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