Entretien avec Nino, globe-trotteur du football

Nino sillonne la France en voiture, caméra au poing. Il se rend dans le stade de chacun des clubs de Ligue 1 et nous fait part de son road-trip un peu particulier, entre sport, morale et société. Entretien.

Nino a d'abord filmé son quotidien d'étudiant aux Etats-Unis en 2007. Réalisant, selon ses propres termes, un "docu-fiction". Ce n'est qu'après, en 2011, que Nino revient outre-Atlantique, pour réaliser un road-trip de 16 000 kilomètres avec sa caméra, déjà. Les vidéos, en ligne sur sa chaîne YouTube sont intitulées Stampede. C'est l'année dernière que son projet "C'est par où le stade" voit le jour. Il décrit lui-même ce reportage en vingt épisodes comme un projet qui "consiste à passer quelques jours dans chacune des 20 villes qui ont un club en Ligue 1, en assistant à un match mais aussi en partant à la rencontre des habitants, des supporters et de tout ce que le hasard peut me faire découvrir. "

"Pas une série sur le football"

Aujourd'hui, le plus grand nombre de ses spectateurs sont des fans de football. Intriguant quand on sait que cet aspect n'est arrivé que très tard dans l'esprit de notre globe-trotter. Il explique : "Au départ j’avais imaginé tirer au sort un code postal français et aller passer le week-end à cet endroit, choisi complètement au hasard, donc". Ainsi, outre l'aspect sportif, "C'est par où le stade ?" n'est, selon son créateur, "pas une série sur le foot". Le principal intérêt étant de découvrir une ville en particulier, parfois par le prisme du ballon rond, certes. Nino nous explique ainsi que "les supporters de foot ont parfois une mauvaise image dans les médias où auprès du grand public : nous (car j’en fais partie) passons souvent pour des idiots ou des brutes alcoolisées. Mais en vingt déplacements les quelques moments pas jojos auxquels j’ai assisté ne pèsent pas grand-chose en face de toutes les rencontres et expériences positives que je retiens. J’ai aussi constaté qu’habiter dans une ville de foot ne veut pas forcément dire être supporter du club local, du fait qu’à notre époque on naît souvent dans une ville pour grandir dans une autre, aller faire ses études dans une troisième et trouver du boulot encore ailleurs !"
"C'est par où le stade" vogue donc dans une France parfois inconnue, au gré des actualités du moment, comme l'épisode à Lorient, juste après les attentats du 11 janvier 2015. Un moment forcément particulier où personne n'avait la tête au football : "J’aimerais que le message du 11 janvier vis-à-vis de la liberté d’expression s’étende au monde du foot. Comme je le dis dans la vidéo, nous étions tous scandalisés que l’on puisse tuer pour un prophète alors ne serait-il pas judicieux de ne plus se foutre sur la gueule parce qu’on a en face de soi quelqu’un qui a lancé une remarque sur notre équipe de foot car il en supporte une autre ?"


Un monde méconnu du grand public

C'est ainsi que Nino a réalisé son tour de France, chaque ville apportant son lot de surprises... Certaines meilleures que d'autres ? "Je retiendrai, en vrac, l’incroyable effervescence à Saint-Étienne ou Guingamp les jours de match alors que ce sont des villes plutôt calmes le reste du temps, la facilité d’établir le contact avec les Lillois et leur gentillesse, le Nouveau Stade de Bordeaux qui pas encore fini était déjà l’un des plus beaux de France, la bonne ambiance du Parc des Princes dans un contexte où les supporters “à l’ancienne” sont un peu muselés par la direction, l’animation impressionnante de la tribune Loire à Nantes, du Kop Sud de Sainté. J'ai aussi eu un coup de coeur pour Montpellier et sa région et pour la Corse lors de mon tournage à Bastia."
Approchant régulièrement le sulfureux monde ultra, Nino en garde une bonne expérience : " Les Ultras sont clairement des supporters à part, prêts à d’importants sacrifices de temps et d’argent pour vivre leur passion. J’ai notamment rencontré des DVE à Lille, qui sont venus d’eux-mêmes me voir quand je trainais caméra au poing autour du stade et avec qui j’ai passé l’avant-match et toute la première mi-temps (grâce à une carte d’abonné qu’ils m’avaient prêtée d’ailleurs). J’ai pu discuter avec des responsables du groupe des Ultramarines à Bordeaux, j’ai compris qu’ils protégeaient beaucoup leur (relatif) anonymat. L’aspect qui m’a interpellé, c’est que j’avais l’impression que les Ultras voulaient à tout prix passer pour des loups auprès du monde entier mais pour des agneaux dès que les autorités s’intéressaient à eux. Observer et côtoyer certains m’a permis de mieux comprendre leur façon d’être. Et tant qu’ils ne font de mal à personne, heureusement qu’ils sont là pour l’ambiance."
Maintenant que la saison de football 2014-2015 est terminée, bien que beaucoup d'épisodes ne soient pas encore en ligne, Nino voit plus loin : "Je ne sais pas encore de quelle façon le projet continuera : trois épisodes cette saison chez les trois promus, autres pays, autres sports ? J’ai également un ou deux projets dans le domaine du gaming, et un nouveau concept de documentaire de voyage sur lequel je compte m’investir en vue de le proposer à des sociétés de production et pourquoi pas d’en faire mon métier." Car il ne faut pas l'oublier, Nino n'est pas un professionnel de la caméra ! Si cela ne se remarque évidemment pas dans ses vidéos, d'un point de vue financier, ou pour retrouver ses travaux, cela peut-être embêtant. D'où la création de 21E films, un nom permettant à ses suiveurs de retrouver ses vidéos sur Internet.

 

Ainsi, retrouvez Nino sur sa chaîne YouTube (https://www.youtube.com/user/21EFilms). Ci-dessous, la vidéo de son expérience à Saint-Etienne:
 

 

 

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