Plus vite que la musique #2 : Jarre revient parmi les siens

16/10/2015

Après quatre ans de boulot, Jean-Michel Jarre revient dans les bacs avec Electronica 1: The Time Machine. Entouré de grands noms de la scène électronique internationale, le pionnier du mouvement a-t-il réussi à nous transporter? 


C'est avec beaucoup de questions que nous nous lançons dans l'écoute du huitième album de Jean-Michel Jarre. Le titre assez évocateur ('la machine à voyager dans le temps") sera-t-il représentatif du contenu dans l'album? Allons-nous, en fermant les yeux, voir défiler des fragments temporels passés et futurs? Autant dire que Jarre a la pression !
Dès les premières notes de la chanson-titre, on se dit que le musicien français a passé le cap de l'ambient pour se tourner vers l'électro moderne, celle qui rythme les nightclubs du monde entier jusqu'à l'aube. La ryhtmique du morceau réalisé avec le DJ allemand Boys Noize est dans l'air du temps, alternant avec des sections soft où les claviers de Jarre ramènent tout le monde dans un univers plus familier. Avant l'explosion finale réunissant tous les éléments de l'électro des années 2010.
Ce départ en fanfare laisse ensuite la place à deux morceaux plus calmes, dans lesquels Jarre met en avant des artistes français aux noms bien connus : M83 et Air. Si Glory, premier single extrait de l'album, est passable, Close Your Eyes est en revanche un petit bijou. Après une intro aux multiples sons de lasers, l'ensemble se change en un magnifique assemblage de claviers et de cordes emmenant lentement l'auditeur vers l'arrivée de la voix vocodée de Nicolas Godin, le chanteur de Air. La diversité musicale du morceau impressionne : on se perd entre les percussions industrielles au rythme changeant et le mur de claviers que Jean-Michel Jarre nous offre.


JMJ revient aux bases


A l'écoute des deux morceaux suivants, Automatic pts.1 & 2, le titre de l'album paraît prendre tout son sens. Les fans de la première heure du claviériste se croiront en effet revenus quarante ans plus tot, au coeur des albums Oxygène ou Equinoxe. La patte de Jarre est nette et sans bavure : il alterne les séquences en gardant à l'esprit les petites touches qui font sa musique, les légères apparitions spatiales et les envolées contrôlées d'harmoniques. Le duo avec Tangerine Dream Zero Gravity, placé dans la seconde partie de l'album, a vocation à unir tous les fans d'ambient dans une épopée aux airs pink-floydiens. Le Jarre du passé n'est donc pas mort, même si certaines de ses tentatives électro-contemporaines tranchent quelque peu avec les passages de lentes dérives instrumentales qui ont toujours fait la force de l'auteur-compositeur français. If...! n'a ainsi pas vraiment sa place dans cet album, tout comme Rely On Me, à l'écoute desquels on a tendance à se demander si Jean-Michel Jarre n'a pas un peu trop écouté de tubes pop commerciaux en boucle. 
Heureusement, ces quelques moments d'égarement sont rattrapés par des expérimentations bienvenues, telles Watching You en collaboration avec Massive Attack ou bien le morceau de conclusion, The Train & The River,dans lequel le talent du pianiste chinois Lang Lang est exposé au grand jour. 
En regardant la liste des artistes invités sur Electronica... et en écoutant l'album plusieurs fois, on remarque que Jean-Michel Jarre sait tirer le meilleur d'une guest-list fournie, sans tomber dans la facilité de l'inspiration excessive. Les transitions d'une piste à l'autre passent effectivement très bien, et l'ensemble représente une oeuvre bien ancrée dans l'époque actuelle. Preuve que Jarre sait remonter le temps avec la manière.

 

 


 

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