Laissez-nous tranquilles #2: Mises en examen publiques

19/10/2015

Ces dernières années, la multiplication des affaires judiciaires concernant des personnalités issues de divers domaines a fait l'actualité. Politique, sport, musique... beaucoup de secteurs sont touchés par la justice. Seul hic : la quasi-inexistence des sanctions en résultant... 
 

Patrick Balkany est un spécialiste du non-lieu. (Christophe Petit-Tesson/AFP)


La justice est-elle juste? La question ne devrait pas se poser. C'est évident, la justice est ce qu'il y a de plus juste sur notre planète, le moyen de faire respecter la loi en punissant ceux qui l'enfreignent. Il est également évident que cette définition se doit d'être universelle. Pourtant, dans les faits, il apparaît clairement que ce n'est pas le cas. Si les novices en la matière répondront que la justice n'est pas respectée dans les pays aux régimes autoritaire ou totalitaire et que les républiques n'ont pas à pâtir de ce problème, la réalité se trouve être tout autre.
Les problèmes judiciaires de l'histoire contemporaine ne sont pas ce qui nous intéresse ici. Si vous vous attendez à un plaidoyer sur Sacco et Vanzetti, vous n'êtes pas au bon endroit ! Car ce qui nous fait sortir de nos gonds à la Pause Actu, c'est la souplesse de la justice quand elle concerne des personnalités.


Vive la France !

Les cas où des hommes politiques ou des stars du sport et du showbiz se sont retrouvés face aux autorités judiciaires ne sont plus à compter sur les doigts de la main : des dizaines et des dizaines nous sont révélés chaque année. Bien souvent, les motifs de ces mises en examen sont les mêmes : fraude fiscale, extorsion de fonds, chantage présumé, emplois fictifs... En bref, tout ce que l'on fait quand on a de l'argent et qu'on trouve un moyen d'en gagner plus ou d'en dépenser moins... en toute illégalité, fallait-il le préciser. Placés dans les hautes altitudes de la montagne de la célébrité, il est facile pour les personnalités mal intentionnées de mettre en place des stratagèmes de ce type. Et ici en France, nous sommes plutôt bien placés pour en parler ! Edouard Balladur est un sacré vendeur de t-shirts, Nicolas Sarkozy adore spéculer sur les fonds libyens, Jérôme Cahuzac a un faible pour le chocolat suisse, Jean Tibéri ne reconnaît pas les actes de décès, le couple Balkany a des qualités de jardinage hors pair... j'en passe et des meilleures. Ces affaires font souvent tâche dans une carrière politique. Sauf pour ceux dont l'influence est suffisante pour s'en sortir comme si de rien n'était. Les critères pour parvenir à ce niveau juridique -qui devrait, à force, faire l'objet d'un texte de loi afin d'être reconnu officiellement- sont clairs : il suffit d'être ou d'avoir été, au choix, Président de la République, président d'un parti, présentateur télé, sportif professionnel ou acteur américain. Les criminels du moment savent ce qu'il leur reste à faire pour obtenir une immunité à vie ! Enfin... tout n'est pas si simple. En effet, si les célébrités malhonnêtes croulent sous les non-lieux et les amendes dérisoires, c'est parce qu'elles savent bien s'entourer. Ce ne sont pas elles qui font le sale boulot, ce sont des proches, ou bien des personnes obscures qui ont pour elles l'avantage de connaître les interlignes des textes de lois et d'avoir des années d'expérience à leur actif. Ces partenaires de crime vouent souvent une fidélité sans faille à la personne qui tire les ficelles, ce qui permet au marionnettiste d'assurer ses arrières si le pire devait arriver. Les exemples récents le prouvent bien : dans l'affaire Bygmalion, Lavrilleux prend cher, Copé passe entre les mailles du filet et Sarkozy est simplement entendu par la justice ; Lionel Messi extorque des fonds? C'est son père qui subit les foudres des juges...

Abus de succès

Dans d'autres cas, plus graves, l'influence d'une personnalité lui permet de faire chanter ses victimes et de s'en sortir grâce à cela. Les cas de ce type concernent principalement le monde anglo-saxon (sauf pour notre DSK national !) : les affaires Jimmy Savile et Bill Cosby ont défrayé la chronique ces derniers temps. Les deux hommes sont accusés d'avoir violé des dizaines, voire des centaines de jeunes femmes pour le premier cité, durant leurs années sous le feu des projecteurs. Profitant de leur célébrité, les deux hommes bénéficiaient d'un statut de quasi-intouchable qui rendait les plaintes contre eux difficilement envisageables pour leurs victimes... Celles-ci avaient peur des retombées d'une attaque en justice, surtout à cause de la pression que leur agresseur-star faisait peser sur leurs épaules. Savile n'a ainsi été accusé qu'après sa mort, tandis que les victimes de Bill Cosby ne se sont faites entendre que très récemment, alors que l'acteur est quasiment retraité.
Cela pose le problème des abus des stars vis-à-vis du sytème juridique en général. Avoir du succès ne devrait pas être une excuse pour commettre tous les délits imaginables. Même s'ils ne concernent qu'une part largement minoritaire de personnalités, les démêlés avec la justice se terminent trop souvent en farces de mauvais goût... Avec des chefs d'accusation aussi graves que le blanchiment d'argent ou l'agression sexuelle, une personne lambda en prendrait pour pusieurs années derrière les barreaux. L'avocat ne fait pas tout, pensez-y, le nom joue bien plus que vous ne le pensez ! Bref, laissez-nous tranquilles et prévenez-nous quand la justice aura enfin fait son travail. L'attente sera longue...

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