Migrants : Juncker agit, l'Europe divisée

24/10/2015

Face à l'afflux de migrants que connaît l'Europe depuis plusieurs mois, le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker convoquera dimanche à Bruxelles les dirigeants des pays des Balkans. Objectif : régler les tensions et harmoniser les politiques communes.
 

 Des migrants franchissant un mur de barbelés à la frontière hongroise. (Creative commons)


Cela a été dit et répété : l'Europe fait actuellement face à la plus grave "crise" des migrants depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Avec des dizaines de milliers de réfugiés arrivant chaque mois aux frontières orientales du continent, l'Union Européenne possède évidemment un rôle important dans la régulation de ces flux. Cependant, mettre en place une pensée unique sur la question des migrants n'est pas chose aisée sur le Vieux Continent... La faute, entre autres, aux pays par lesquels transitent ces nouveaux arrivants venus du Proche et du Moyen-Orient. Dans un élan nationaliste, des pays comme la Hongrie ou la Bulgarie sont les symboles de la méfiance aggravée vis-à-vis des migrants. Jean-Claude Juncker a donc décidé d'agir pour trouver une solution au problème, qui se développe dans les Balkans. 
Globalement, l'image qui ressort des opinions européennes sur les migrants est assez difficile à analyser, car fluctuante selon les sondages. Mais ce qui est évident, c'est que la droite dure proche de l'extrême est opposée à leur arrivée massive. Or, cela pose un problème, puisque ces idées politiques conservatrices (voire nationalistes) sont représentées au pouvoir de la plupart des pays des Balkans... tandis que dans les États d'Europe de l'Ouest, les politiques pro-migrants encouragent les sceptiques à rejoindre les mouvements d'extrême droite. 

A l'Est, des mesures fortes

 

Les dernières nouvelles venues de Hongrie et de Bulgarie ont sûrement été déterminantes dans le choix de Jean-Claude Juncker.
En Hongrie, le Premier ministre Viktor Orbán, représentant la Fidesz-union civique - un parti de droite conservateur - clame haut et fort depuis plusieurs mois qu'il ne laissera plus aucun migrant entrer sur le territoire du pays qu'il dirige. Joignant la parole à l'acte, et profitant de la grande majorité de son parti au Parlement, il a ainsi entrepris la construction d'un mur le long des frontières serbes et croates afin d'empêcher les migrants de pénétrer en Hongrie mais aussi de continuer leur chemin vers l'Europe occidentale. 

Plus à l'est, en Bulgarie, la mode du mur est aussi en vogue. Construit sur 130 kilomètres au niveau de la frontière avec la Turquie, celui-ci est l'un des points de passage les plus dangereux emprunté par les migrants. Depuis début août, une dizaine de migrants sont morts dans cette zone frontalière, les gardes postés aux avant-postes n'hésitant pas à tirer sur ceux qui tentent de franchir le mur. De par sa position géographique, la Bulgarie est évidemment sujette à de fortes pressions pour limiter le flux de migrants à sa frontière orientale. Cela ne devrait pas servir d'excuse pour abuser de la violence.
Dans l'ex-Yougoslavie, des pays comme la Serbie, la Croatie et la Slovénie sont beaucoup moins radicaux dans leur manière de gérer l'afflux de migrants. Il n'empêche que la tension est souvent palpable et que les situations où les réfugiés se retrouvent coincés à telle ou telle frontière sont de plus en plus nombreuses... les pays s'accusant entre eux d'en être responsables. Cette zone territoriale est devenue un chemin privilégié des migrants, un itinéraire bis à celui qui passe par la Hongrie et l'Autriche pour rallier l'Allemagne. Mais à l'ouest de l'Europe, les interrogations sont de plus en plus nombreuses.

 

A l'Ouest, des craintes

 

Le scepticisme concernant les migrants n'est pas apparu du jour au lendemain, et il résulte, cela va sans dire, d'une longue histoire de l'aile conservatrice des nations européennes. Si aujourd'hui en France, selon un sondage Ifop, plus d'un français sur deux ne veut plus voir de migrants arriver dans l'hexagone, ce fait doit être mis en parallèle avec la montée en puissance du Front National et aux discours qui préexistaient à la crise actuelle. L'origine des migrants est également un facteur déterminant dans la compréhension des faits : les Européens craignent de voir déferler près de chez eux des djihadistes, qui auraient réussi à faire le voyage depuis le Proche-Orient au milieu de familles rêvant d'une vie meilleure. Les partis d'extrême droite surfent sur la vague, en relayant des chiffres exorbitants et souvent non-avérés sur le phénomène, que beaucoup de gens prennent pour acquis. Face à cela, les gouvernements font tout ce qui est entre leurs mains pour accueillir les migrants tout en rassurant la population. Mais pour les pays d'accueil que sont la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, très peuplés, il n'est pas facile d'agir en faveur des réfugiés sans alimenter la polémique et offrir un terrain de jeu adéquat aux mouvements d'oppositions. En Allemagne, Angela Merkel s'est positionnée du côté des migrants à travers plusieurs anonces politiques significatives, et si les analystes internationaux ont salué ces initiatives, cela a dans le même temps permis à Pegida d'attirer un nouveau public...
En organisant un mini-sommet européen, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a conscience que tous les problèmes ne pourront pas être réglés d'un jour à l'autre. Mais son initiative montre que le commandement de l'Union européenne se soucie des problématiques actuelles. Reste maintenant à trouver des solutions efficaces, et cela commence par une unicité de la pensée et des politiques au niveau du continent.

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