Laissez-nous tranquilles #3 : Les clones ne sont pas tout blancs

27/10/2015

Trop de diversité. C’est ce que reprochent des associations américaines au septième épisode de Star Wars, prévu pour décembre. Une situation qui ne pouvait arriver qu’aux Etats-Unis… faut-il néanmoins en rire ou en pleurer ?

 

 John Boyega (au second plan, derrière Daisy Ridley) est le symbole de la diversité du prochain Star Wars. (LucasFilms)


Le racisme aux Etats-Unis est un sujet qui revient très souvent sur le devant de la scène. Caractérisé ces dernières années par les meurtres de jeunes afro-américains par des policiers blancs, des affaires judiciaires s’en étant suivies et des manifestations de la communauté noire dans des villes comme Ferguson, le problème racial est encore une réalité outre-Atlantique. D’aucuns auraient pu penser que le combat amorcé par Rosa Parks et Martin Luther King il y a 60 ans s’était terminé lorsque la communauté noire a obtenu les droits civiques en 1969. Ils ont vu faux… la discrimination envers ce qu’on appelle encore aujourd’hui une « minorité » s’exprime même par de nouveaux moyens !
Les associations blanches qui ont lancé l’appel à boycotter le prochain Star Wars sont représentatives de ce phénomène nouveau que prend le racisme américain. Puisque les blancs nostalgiques de l’esclavagisme ne peuvent plus maltraiter légalement les noirs, ils s’en prennent à eux par le biais des médias… Bon, d’accord, la formule est peut-être un peu trop poussée, mais vous avez compris la chose. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le ridicule ne tue pas.


La tradition au cœur du débat

Le ressort de l’appel des associations pro-blanches tient plus de la revendication xénophobe que d’une autre raison, c’est évident. Mais pour rendre la chose plus rationnelle et moins extrême, rien de mieux que d’évoquer un point susceptible de « toucher » les fans de la saga Star Wars : la question de l’atteinte à la tradition.  Pour les boycotteurs donc, Le Réveil de la Force laisserait une part trop importante à la communauté noire, surtout par le biais du personnage joué par John Boyega, annoncé comme l’un des protagonistes principaux du film. Il est vrai que les six premiers films de la franchise ne mettaient pas vraiment en avant les minorités, qui représentent pourtant une part de plus en plus importante dans la population américaine (plus de 30% de latinos, par exemple). Cela s’explique par l’époque à laquelle la première trilogie a été développée : dans les années 70 et 80, si les afro-américains avaient déjà des droits, leur place dans les films réalisés par des blancs n’avait pas encore atteint le niveau qu’elle prend aujourd’hui. On les retrouvait plutôt dans des films dédiés à leur communauté, dits de « blackploitation », ou bien dans des œuvres visant à améliorer leur visibilité auprès du grand public, réalisées malgré tout par des cinéastes noirs. Le contexte est posé. Ensuite, pour ce qui est de la seconde trilogie Star Wars (soit les trois premiers épisodes de la saga) sortie à la fin des années 90 et dans la première moitié des années 2000, les scénaristes n’avaient pas d’autre choix que de raconter les évènements ayant mené au quatrième film… qui comportait 99% de personnages blancs. Ainsi, des six films de la première histoire Star Wars, un seul personnage de couleur ressort vraiment du lot : Mace Windu (on pourrait rajouter Lando Calrissian, mais bon). Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est difficile voire impossible de citer le nom d’un autre… La tradition caucasienne de Star Wars est donc une vérité, même si avancer l’idée d’un racisme des scénaristes paraît légèrement incongrue. En se plaignant de cette manière, les associations blanches visent probablement à montrer que cela était le cas, rendant du même coup l’action qu’ils ont entreprise remplie de bon sens, car similaire à l’esprit des créateurs de la saga.

L’esprit républicain

Pour rendre compte des idéaux suivis par les associations en question, il suffit de citer un nom désormais familier : Donald Trump. Le milliardaire, candidat républicain à la présidentielle américaine de 2016, serait en effet proche de ces lobbys conservateurs. Pas étonnant lorsqu’on se penche sur l’un de ses crédos de campagne les plus symboliques : les accusations exhaustives envers les latinos et leur façon de vivre, de voler de l’argent et des emplois aux blancs, qui devraient selon lui être avantagés sur ces différents point vis-à-vis des minorités. Bien évidemment, il est difficile d’imaginer que Donald Trump ait pu lui-même être derrière les accusations évoquées dans cet article, mais il faut garder à l’esprit le fait que ses idées mènent des gens à lancer des accusations aussi ridicules envers un film dont la portée se veut planétaire. De toute manière, il ne faut pas s’étonner que ce genre de situation arrive, surtout venant des Etats-Unis. Sur les 330 millions d’habitants de la « terre de lait et de miel » (traduction littérale), certaines minorités blanches n’hésitent pas à abuser des droits qui leur sont accordés pour tenter de défier le système et ses différents rouages. Cela ne marche jamais, mais ces personnes ont au moins pour mérite d’avoir essayé quelque chose et d’avoir fait à moitié parler d’eux. Et si en décembre prochain la force se réveillera dans des milliers de salles obscures, cela n’empêchera pas certains cerveaux de continuer à dormir profondément.
 

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