Dossier - La place des femmes dans la vie politique française

29/10/2015

Plus de 70 ans après l’ordonnance d’Alger accordant aux femmes le droit de vote, et par la même occasion le droit d’être éligible, les polémiques sont toujours aussi nombreuses quant à la place réelle qu’elles occupent dans la vie politique française. Certes la parité entre les hommes et les femmes n’a cessé d’évoluer et de progresser, que ce soit dans le domaine du politique ou dans le monde du travail d’une manière plus générale ; toutefois, on peut se demander à quoi ces luttes féministes ont réellement abouti, et quels sont les résultats à l’heure actuelle, d’autant plus que certains acquis semblent constamment menacés.

 

Aux origines des luttes féministes, des revendications avant tout sociales

 

La lutte pour le droit de vote et l’exercice du pouvoir politique remonte à bien plus longtemps que le XXème siècle. Ainsi, malgré les revendications sociales et politiques issues de la Révolution, les femmes sont oubliées par la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, qui leur accorde tout juste une personnalité civile. Pour autant, elles font partie intégrante des luttes politiques de l’époque, participant aussi bien aux débats de l’Assemblée que dans des clubs, mixtes ou féminins. L’Histoire se souviendra, entre autre, de la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges ainsi que la participation à la prise de la Bastille de Théroigne de Méricourt ; deux femmes militantes en avance sur leur temps et considérées comme des pionnières des mouvements féministes actuels. En effet, les droits politiques inexistants des femmes au XVIIIème siècle sont à lier avec leur situation sociale : exclues de la citoyenneté, elles sont également exclues du monde du travail, confinées à l’espace domestique et sous l’autorité de leur père ou de leur mari. C’est donc en revendiquant des droits avant tout sociaux que les femmes vont, peu à peu, étape après étape, acquérir leurs droits civiques et politiques.
Après une mort subite, mais temporaire, des revendications féministes sous l’Empire et la monarchie de Juillet, c’est essentiellement sous la Deuxième République que vont réussir à s’exprimer les femmes, que ce soit par le biais de la presse avec la Voix des Femmes d’Eugénie Niboyet, ou directement dans le domaine du politique en lançant des pétitions en faveur du droit de vote féminin. Si ce dernier ne leur est finalement pas accordé, au même titre que leur demande de rétablissement du divorce, ces luttes leur auront au moins ouvert les portes du monde du travail : avec la possibilité d’accéder aux ateliers nationaux leur sont également octroyés des droits du travail, première étape dans leurs revendications citoyennes. Dès lors, les femmes peuvent participer plus activement dans le domaine politique en réclamant des réformes de leurs conditions de travail au même titre que les hommes. C’est d’autant plus le cas avec le tournant féministe sous la Troisième République ; la période de la Commune permet de mettre en avant une nouvelle vague de figures féminines, dont Louise Michel. Une soixantaine d’associations féministes se créent jusqu’au début du XXème siècle, dont l’Association pour le droit des femmes, présidée par Victor Hugo, ou le Conseil national des femmes françaises qui se veut apolitique et laïque, dans le but d’intégrer entièrement les femmes dans le modèle républicain.

 

Portrait d'Olympe de Gouges.

 

 

Les évolutions du XXème siècle

 

C’est donc essentiellement au cours du XXème siècle que les femmes vont acquérir leurs droits, après d’intenses luttes pour l’égalité. Dès 1901, un premier projet de loi en faveur du droit de vote des femmes est proposé, mais ne concerne que les femmes non mariées. Plusieurs manifestations féminines et féministes ont lieu, en 1908, en 1914… Mais c’est véritablement la Première Guerre Mondiale qui fera, pour la première fois, résonner leurs revendications. Les femmes remplacent les hommes dans les usines, afin de soutenir l’effort de guerre, soutenues par le chef du gouvernement Viviani : elles sont « munitionnettes » ou infirmières, distribuent le courrier sur tout le territoire, s’emparent des fonctions administratives et sont même autorisées à conduire. Ce sont les premiers pas vers une véritable émancipation sociale, citoyenne et politique, qui aboutit au mouvement suffragiste ; pourtant, nombreux sont ceux qui semblent réticents à l’idée de confier une telle responsabilité aux femmes, soupçonnées de voter pour une droite trop conservatrice et catholique. Pour autant, les femmes font leur entrée dans la vie politique professionnelle avec le Front Populaire en 1936 : Léon Blum nomme ainsi trois femmes aux postes de secrétaires d’État, à l’Éducation Nationale, à la Protection de l’enfance et à la Recherche scientifique.

Avec la Seconde Guerre Mondiale et les valeurs traditionnelles du régime de Vichy, les femmes ont dû troquer leurs désirs d’émancipation pour un rôle de mères au foyer dont elles avaient eu du mal à se débarrasser. Il faut attendre la libération pour qu’enfin, des femmes siègent à l’Assemblée consultative. Le 21 Avril 1944, l’ordonnance d’Alger leur accorde le droit de vote dans le but de rompre définitivement avec la politique de l’État français ou la Troisième République, qui a également mauvaise presse. Le premier vote a lieu un an plus tard, en 1945, lors des élections municipales ; et lors des élections législatives du mois d’Octobre, 33 femmes sont élues députées, ce qui ne représente néanmoins que 5% des députés. Enfin, la Constitution du 27 Octobre 1946 consacre cette nouvelle égalité en garantissant dans son préambule des droits égaux entre hommes et femmes, suivie de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui reconnaît l’égalité entre les deux sexes. Dès lors, l’une des luttes de la République est d’accompagner les femmes dans leurs revendications en tentant de leur donner une place nouvelle au sein des institutions de pouvoir. Au fur et à mesure de cet accès au pouvoir, les revendications se renouvellent et posent de nouvelles questions sur le plan politique, comme la parité ou le niveau de compétences. Outre ces progrès politiques, c’est encore une fois dans le domaine social que s’illustrent les succès féministes, avec l’IVG et la révolution sexuelle, ou encore l’apparition du Mouvement de Libération des Femmes en 1970.

 

Manifestation de femmes demandant le droit de vote en 1944. (Rue des Archives)

 

Représentation, parité, compétences : la France a la traîne en matière d’égalité

 

Malgré ces indéniables progrès dans l’émancipation de la femme et dans sa participation accrue à la vie politique française, on peut se demander dans quelle mesure cette représentation est appliquée. Le combat pour l’égalité entre hommes et femmes semble en effet sans fin. Si depuis 1957, le traité de Rome est censé imposer une égalité de salaire entre hommes et femmes, il est difficile de savoir si une telle mesure est appliquée. De même, la place de la femme dans la représentation est complexe à appréhender : et devant un refus des institutions ou des électeurs de féminiser les postes de pouvoir, il aura fallu attendre les années 2000 pour obtenir une vraie loi imposant la parité au sein des scrutins dits « à liste », au risque d’encourir des sanctions en cas de non respect de la loi. Ce principe de quota est toutefois un sujet sensible provoquant polémique sur polémique ; il n’est pas rare d’entendre que la légitimité de ces femmes est à remettre en cause, sous le prétexte qu’elles ne sont élues « que parce que ce sont des femmes ». S’il est vrai que ces quotas peuvent soulever des questions sur la compétence des personnages encouragées à se présenter, il est néanmoins indéniable que cette même question de compétence n’est jamais posée lorsque l’on parle d’un homme, qui serait naturellement apte à gouverner si l’on en croit certains. D’autant plus que les femmes restent largement sous-représentées, aussi bien dans les grandes écoles ouvrant les portes de la politique qu’au sein des institutions politiques elles-mêmes.

 En 2014, l’Observatoire des inégalités pointait ainsi du doigt le non respect de cette parité tant affichée : avec 27% de femmes à l’Assemblée et 25% au Sénat, et malgré le gouvernement Valls parfaitement paritaire avec huit ministres femmes pour huit ministres hommes, la France a toujours des progrès à faire. Si ces résultats sont décevants, c’est sans doute également à cause d’un machisme ambiant très présent dans la sphère politique, misogynie qu’ont dénoncé de nombreuses femmes journalistes et politiques dans une tribune du journal Libération en mai dernier. Les hommes semblent en effet toujours avoir le monopole des décisions politiques, aidés par leur grand nombre et leurs postes plus importants, tandis que les femmes sont cantonnées à des postes très spécialisés ou à l’échelle locale,  avec finalement peu de pouvoir de décision. C’est toutefois là un défaut n’étant guère propre à la France, mais que l’on peut au contraire étendre à toute l’Europe : en 2011, onze pays européens n’avaient aucune femme dans leur gouvernement, et sur les 444 ministres des 27 pays de l’Union Européenne, seulement 25% étaient des femmes. S’il faut donc voir une certaine progression dans l’accessibilité du pouvoir pour les femmes, de nombreux efforts restent à fournir, d’autant plus que certains droits pourtant acquis semblent constamment menacés.

 

 

 

Pour en savoir plus :

https://www.cairn.info/revue-geneses-2007-2-page-24.htm

http://www.adequations.org/spip.php?article363#outil_sommaire_1

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