TF1 : Quel bilan pour Nonce Paolini?

29/10/2015

Le PDG de TF1 Nonce Paolini sera remplacé à partir du 17 février 2016 par Gilles Pélisson. En place depuis 2007, que retenir des neuf années du futur ex-président directeur général à la tête de la première chaîne de France ?

 

 Nonce Paolini va quitter son poste en février 2016. (Xavier Leoty - AFP)


Lorsque Nonce Paolini est nommé PDG de TF1 en mai 2008, la chaîne n’est pas en très bon état. La TNT, lancée en 2005, a donné lieu à une bataille entre les principaux groupes télévisuels pour l’achat et la mise en service de ces nouvelles chaînes gratuites et accessibles à tous. TF1 a une position ambivalente sur le sujet, n’y prenant tout d’abord pas part avant de racheter TMC et d’en devenir l’actionnaire majoritaire. C’est justement cette attitude hésitante qui pousse Patrick Le Lay vers la sortie au début 2007. Nonce Paolini le remplace en mai de la même année, avec comme objectif l’apport d’un second souffle à la chaîne créée en 1975. Des personnalités historiques de la chaîne vont ainsi faire les frais de la politique du nouveau PDG, les départs les plus symboliques étant ceux de Patrick Poivre d’Arvor en 2009 et de Claire Chazal en 2015.

Entre tradition et nouveautés

Face à la TNT et à son nouveau public féru de diversité des programmes, Nonce Paolini et TF1 cherchent à créer une nouvelle grille sans pour autant toucher aux ingrédients qui avaient fait de la première chaîne de France la première chaîne de France au sens propre. Vivant dans son époque, TF1 met en avant les télé-réalités: Secret Story est ainsi devenue une émission incontournable de l’été, attirant à chaque émission plusieurs millions de téléspectateurs, tandis que des télé-crochets tels que The Voice sont adaptés en version française et reçoivent un succès immédiat qui continue aujourd’hui.
La force de TF1 réside malgré tout toujours dans ses programmes historiquement phares, comme les journaux de 13h et de 20h qui paraissent traverser les âges en gardant un public fidèle - même si France 2 commence peu à peu à rattraper son retard – ainsi que les évènements sportifs majeurs qui restent encore sous l’emprise de la puissance financière du groupe Bouygues dans l’univers de la télé publique.
Sous la direction de Nonce Paolini, TF1 aura ainsi offert aux téléspectateurs deux Coupes du Monde de football et trois Coupes du Monde de rugby, tout en s’assurant bien souvent l’exclusivité des rencontres des équipes de France. Les retombées financières de ces évènements aux audiences exceptionnelles sont essentielles pour que TF1 conserve son statut, comme pour tous les programmes diffusés en prime time. Paolini n’a pas dérogé à la règle sur ce point, en mettant l’accent sur les séries américaines en semaine et sur les films pour toute la famille le week-end. Les chiffres des dernières années placent inévitablement TF1 en reine du prime time : ses programmes ont réalisé 95 des 100 meilleures audiences de 2014 sur ce créneau horaire, toutes chaînes confondues !


Une baisse d’audience inévitable

Le point noir de l’ère Paolini se trouve au niveau de l’audience globale de la chaîne. En effet, hormis la bonne santé du prime time, le reste de la journée est bien plus mal loti depuis plusieurs années… En juin dernier, TF1 a ainsi atteint son plus bas niveau historique avec 20,5% de parts d’audience moyenne sur le mois. Si elle reste néanmoins toujours la chaîne la plus regardée par les Français, l’écart avec France 2 se resserre à mesure que le temps passe. Il faut dire que TF1 souffre cruellement d’un manque de programmes phares à certaines heures stratégiques, que ce soit sur le canal 1 ou sur les chaînes de la TNT lui appartenant (NT1, TMC, HD1). Le jeu habituel du soir, symbolisé par Money Drop actuellement, rassemble toujours plusieurs millions de gens devant le petit écran, mais la multitude de programmes proposés par les autres chaînes empêchent TF1 de réellement s’échapper, comme c’était le cas le siècle dernier. En conséquence, Nonce Paolini s’est plusieurs fois retrouvé face à un dilemme, devant choisir entre la création de nouveaux programmes susceptibles d’attirer un nouveau public et l’appui sur de « vieilles » émissions qui rassemblent, mais qui peinent à retenir certaines catégories de téléspectateurs. Le PDG a souvent opté pour la seconde option, souvent par obligation après avoir tenté la première sans rencontrer le succès espéré.
Le bilan chiffré des années Paolini n’est pas bon, vous l’aurez compris. Cependant, il est difficile d’imputer les baisses d’audience au PDG de la chaîne, qui aura fait ce qu’il a pu pour tenter de redonner à la première chaîne de France le statut qui fut un jour largement le sien. Mais, dans la période actuelle, le manque d’audace se paie bien souvent négativement, et Nonce Paolini en a fait l’amère expérience. La chaîne qu’il s’apprête à quitter a beau toujours être numéro un en Europe, son successeur Gilles Pélisson devra trouver les moyens de préserver cette hégémonie qui paraît désormais en danger.

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