Chine : la fin d'une politique absurde

La Chine a annoncé jeudi la mise en place de son 13ème plan quinquennal, s’étalant de 2016 à 2021. Parmi les nouveautés, il y a l’idée de la croissance verte, mais surtout l’abolition d’une mesure qui dure depuis 1979, celle de la politique de l’enfant unique. À l’origine, l’établissement d’une telle reforme avait des raisons économiques : cela devait accélérer le développement du pays. Aujourd’hui, les raisons de son abolition sont économiques mais également sociales.

 

Mise en place pour des raisons économiques et abrogé pour des raisons… économiques.
 

Selon Isabelle Attané, démographe et sinologue de l’institut national des études démographiques (INED), cette autorisation destinée à tous les couples ne devrait pas pour autant remonter le niveau de fécondité qui est incroyablement bas pour un pays émergent : entre 1.55 et 1.70 enfant par couple selon les sources. L’autre géant émergent, l’Inde, a un niveau de 2.55. Ce bas niveau de fécondité a des conséquences économiques. Puisque le renouvellement générationnel n’est pas atteint, il y aura bientôt le même problème que dans certains pays européens ou au Japon, c'est-à-dire de plus en plus de retraités, pour de moins en moins de travailleurs actifs. Ce qui cause une explosion des dépenses liées aux retraités, et une baisse des recettes fiscales. Selon certains experts économiques, à partir de 2020-2022, il y aura plus de chinois qui partiront à la retraite que de chinois qui entreront sur le marché du travail. Ce phénomène entraînera également l’effritement de la sacro-sainte croissance de l’ordre de 2%.
 

Un panneau du gouvernement a Tangshan : « Pour une nation puissante et prospère, pour une famille heureuse, pratiquez la politique de l’enfant unique».

Un dérèglement social aux conséquences désastreuses
 

Sur le plan social, la Chine, pays très inégalitaire au niveau des riches et des pauvres, l’est également du cotés des hommes et femmes. Le ratio homme/femme est de 116 pour 100, un des écarts les plus élevés au monde. Avec plus d’un milliard de personnes vivant dans le pays, cet écart se révèle énorme. La raison de ce dérèglement réside également dans la politique de l’enfant unique. Il est en effet plus intéressant financièrement parlant  d’avoir un enfant garçon qu’une enfant fille. Au contraire de cette dernière, le garçon peut hériter des terres, travailler dans les champs, garder son nom et surtout, lors du mariage, il n'y a pas de dot à payer. Conséquence : l’avortement illégal et incontrôlé a explosé, donnant donc plus de naissances à des garçons qu’à des filles. Ce même problème a également lieu en Inde et dans d’autres pays asiatiques.
 

 Graphique montrant le ratio de naissance d’hommes en Chine pour 100 femmes.


 

Et si c’était trop tard... ?
 

En 2013, un assouplissement de la politique de l’enfant unique avait vu le jour, mais il n’a pas eu le succès escompté. Cette modification avait pour effet de permettre aux couples eux-mêmes enfants uniques de pouvoir donner naissance à un deuxième enfant. Sur les 11 millions de couples concernés, seulement 1 million d’entre eux ont eu un enfant additionnel. Plusieurs raisons expliquent cela. Tout d’abord, la Chine devient un pays de plus en plus urbain, avec de véritables mégalopoles en création, en particulier autour du delta de la rivière des perles où se trouve Hong Kong et Shenzhen, ou encore autour du delta du Yang Jiang où ce trouve Shanghai. Comme dans beaucoup de pays développés, le fait de vivre dans un milieu urbain incite les gens à avoir moins d’enfants, notamment a cause du manque d’infrastructures et les coûts en général liés aux enfants, sans même parler des études supérieures qui coutent très cher.

Par ailleurs, il y a eu des sondages sur des sites comme Weibo, le twitter chinois, ou WeChat, le WhatsApp chinois, demandant à la population s’ils souhaitaient avoir deux enfants ou plus. Les résultats sont sensiblement les mêmes, le non l’emporte a chaque fois à près de 60%.  

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