Plus vite que la musique #4 : Pulp fiction

30/10/2015

Peut-être trop sous-estimé ou trop peu connu en France, Pulp a marqué le mouvement Britpop de son empreinte acide. Emmené par Jarvis Cocker, le groupe sort le 30 octobre 1995 celui qui est considéré outre-manche comme l'album de Britpop par excellence : Different Class.

Different Class est vraiment d'une autre classe que tous les autres albums de Britpop du moment. En 1994, Blur sort Parklife, marquant le début de la grande époque Britpop, suivie de Definitely Maybe, puis (What's The Story) Morning Glory? d'Oasis. Il faut pourtant attendre ce cinquième album de Pulp pour découvrir enfin le chef d'oeuvre attendu, celui qui sera, pour le futur, l'incarnation même de la pop britannique des années 90. Cet album transpire l'Angleterre, il est LE disque anglais par excellence. Jarvis Cocker, leader charismatique et parolier de génie, livre ici ses meilleurs textes, racontant de petites histoires de la campagne et de la ville anglaise. Comme une réponse au sérieux et au traditionalisme du Selling England By The Pound de Genesis, Cocker vient appliquer à ces courts récits sa patte cynique, sombre et critique. Et là-dessus repose le paradoxe de cet album : il évoque souvent le sujet le plus tabou en Angleterre, qui est le sexe. Different Class est par essence sexuel, voyeuriste et ironique. Il ne se prend pas au sérieux, et c'est ce critère qui en fait un album inoubliable. Toutes les histoires sont celles de losers magnifiques, de riches connards ou de pervers frustrés, teintées du génie sordide et miteux du chanteur. Cocker ne se contente pas de chanter bêtement ses paroles géniales, il les raconte. Son phrasé, tantôt crié et déclamé de la plus belle manière, tantôt soufflé aux oreilles, transporte l'auditeur dans le quotidien de la classe ouvrière anglaise qui lui est narrée tout au long de l'album. La force de l'album réside également dans l'alliance subtile entre la narration agitée du leader, et les mélodies implacables balancées sans cesse par le groupe dans sa meilleure forme.
 

La juste pop

Plus qu'un texte, un récit, Different Class est une succession de tubes, ce que la pop a produit de mieux. Toutes les mélodies, qui peuvent sembler joyeuses et gaies à la première écoute, une écoute non-attentive des enjeux attachés aux paroles, toutes les mélodies sont pourtant teintées elles-aussi du cynisme débordant et fascinant du groupe. Entre tragique et comique, les membres de Pulp accompagnent le chant pour le souligner sans le déborder, pour le sublimer sans l'exagérer. Loin des guitares dures d'Oasis, loin des synthétiseurs bouillonants de Blur, Pulp délivre un terrible équilibre entre guitares propres et claviers grandiloquents. La musique lavée et presque lisse du groupe rompt presque avec le champ de Cocker, mais les deux forment un tout qui fait l'unicité de cet album. Different Class, c'est avant tout une critique de la société anglaise, cette même société qui l'adule aujourd'hui comme un bijou pop, la pop intelligente qui fait bouger les foules. Different Class, c'est un album voyeuriste et romantique. Different Class, c'est le dernier album de la grande époque de la Britpop. Different Class, c'est la Britpop.

"My favourite parks are carparks, grass is something you smoke, birds are something you shag"

 

 

 

Please reload