Les homosexuels pourront désormais donner leur sang (ou presque)

04/11/2015

Dans une interview accordée au Monde le 3 novembre, la ministre de la santé Marisol Touraine annonce la levée progressive de l’exclusion des homosexuels des dons du sang.
 

 La ministre de la santé Marisol Touraine tenait à prendre cette décision symbolique. (Creative Commons)


Quelle était la situation ?

 

L’interdiction pour les homosexuels de donner leur sang remonte à 1983, suite à la découverte des premiers cas de SIDA, maladie sexuellement transmissible en majorité diffusée par des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. La contamination s’opère lors de rapports non protégés, mais également lors de transfusions sanguines. C’est ce qui a poussé le gouvernement français de l’époque, ainsi que de nombreux autres pays en pleine "affaire du sang contaminé", à prendre la décision d’exclure totalement les homosexuels des dons sanguins : ils ont une plus forte chance de présenter le virus. De fait, « les hommes ayant des relations avec d’autres hommes ont un risque 200 fois supérieur d’être contaminés par le VIH » selon le président d’honneur de l’Association Française des Hémophiles, Edmond-Luc Henry. François Hollande avait fait de cette levée de l’interdiction une promesse de campagne, et l’amendement voté en avril dernier stipulant que « nul ne peut être exclu de don de sang en raison de son orientation sexuelle », s’inscrit dans la lignée de l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe. C’était également une demande de longue date des associations de défense des droits des homosexuels.

Quelles sont les mesures prévues ?

Marisol Touraine annonce donc qu’au printemps 2016 les hommes ayant des relations avec d’autres hommes pourront donner leur sang. Un changement qui se fera « par étape » et sous certaines conditions. Pour être autorisés à donner leur sang, ces hommes devront affirmer qu’ils n’ont pas eu de relations sexuelles depuis au moins 12 mois. Ils seront également autorisés à donner leur plasma s’ils n’ont pas eu de relations dans les quatre derniers mois. Dans le cas où les résultats de ces premières mesures seraient bons, la ministre de la santé n’exclut pas un « rapprochement » des règles qui s’appliquent aux homosexuels aux règles générales, l’année qui suit leur mise en place. Ces mesures seront complétées par la réécriture des questionnaires à remplir lors de chaque don de sang. Ils viseront à « préciser les conditions pour les homosexuels, mais également pour les hétérosexuels ayant des pratiques à risque, par exemple avec des prostituées » précise Marisol Touraine.

La sécurité en question

Tous les ans, on recense plus de 3 millions de dons du sang en France. Sur chaque don sont effectués des test permettant de détecter la présence du SIDA, des hépatites A et B et de la syphilis. Mais ils possèdent des limites quant au dépistage du VIH, car en cas de contamination récente, le virus reste indétectable pendant une période de 10 à 11 jours, appelée « fenêtre silencieuse ». L’enjeu sera donc de trouver une solution qui garantisse l’exigence de santé publique et la protection des receveurs. Les autorités sanitaires soulignent d’autre part que le don du sang n’est pas un droit, mais une forme « d’exercice de solidarité biologique » qui impose des règles et des devoirs vis-à-vis des donneurs, mais aussi des receveurs. La ministre de la santé est visiblement contente de son annonce, elle se dit « fière et heureuse » d’avoir mis fin à « une discrimination et un tabou » dans un tweet daté du 4 novembre. Restent à voir les résultats, car pour Bruno Spire, l’ancien président d’Aides, si une contamination a lieu à partir d’un don de sang contaminé, l’homophobie pourrait s’accentuer. Néanmoins, la demande en sang est toujours plus grande et le changement annoncé par la ministre est une véritable avancée pour les homosexuels.

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