Prix Goncourt : Mathias Enard remporte le Graal !

C’était la cohue mercredi dernier au restaurant Drouant dans le 2ème arrondissement de Paris. Et pour cause, c’était la remise du prix Goncourt à Mathias Enard pour son roman Boussole. Quant au prix Renaudot, il a été attribué à Delphine de Vigan pour D’après une histoire vraie.
 

 Avec le Prix Goncourt, Mathias Enard connaît la consécration. (AFP/Joël Saget)

 

L’attribution était jouée dès le premier tour !
 

Fait assez rare pour être souligné, l’œuvre de Mathias Enard a obtenu 6 voix, sur les 10 nécessaires, et donc une majorité dès le premier tour. Parmi les autres candidats au prix à avoir reçu des voix, on trouve Hédi Kaddour, ainsi que Tobie Nathan. Outre la possibilité de gagner le Goncourt, l’autre point commun de ces romans est leur thème : l’Orient et l’Occident.

En ces temps où les clichés sur le Moyen-Orient se multiplient, le livre de Mathias Enard réhabilite cet endroit du monde. Nous sommes plongés dans l’histoire de Franz Ritter, un musicologue viennois qui vient d’apprendre qu’il souffre d’une très grave maladie. Nous suivons donc ses rêves et ses souvenirs le temps d’une nuit où il revient sur cet Orient musulman, sur cette belle et énigmatique Sarah et sur la beauté des lieux.

Enard avait déjà obtenu un Goncourt, mais celui des lycéens en 2010, ainsi que le prix Inter en 2009. Aussitôt lauréat, le romancier a même eu droit à un petit mot de Manuel Valls, le Premier Ministre, sur Twitter.


...Et le Renaudot


Le prix Renaudot revient quant à lui à Delphine Vigan pour D’après une histoire vraie, où elle nous entraine dans une histoire  autobiographique qui dérape vers l’autofiction et le suspense. Le livre s’étant déjà écoulé à 107 000 exemplaires, il ne devrait avoir aucun mal à devenir un véritable bestseller d’ici Noël. 

En effet, ces prix entrainent un gain de popularité immense. Le prix Goncourt se vend en général à 400 000 exemplaires, en plus de bénéficier d’une belle pub. Pour sa part, le prix Renaudot se vend un peu moins bien, mais à un peu plus de 200 000 exemplaires tout de même.

 

Des choix politiques ?
 

Les œuvres ont-elles été choisies politiquement ? C’est la question qu’on pourrait se poser, et chaque année ce genre d’interrogation est étalée dans la presse. Dans Boussole par exemple, l’auteur revalorise l’Orient, qui reçoit actuellement beaucoup de critiques, que cela soit vis-à-vis d’Israël, de la Syrie, ou de l’Etat Islamique. Cela donne une ouverture au livre, surtout que l’auteur revient tout juste d’Alger et de Beyrouth, qu’il parle arabe et qu’il vit à Barcelone. On peut donc y trouver un choix politique certain.

Pour le Renaudot, il ne s'agit pas de géopolitique, mais davantage d’un choix littéraire. En effet, le thriller psychologique se joue du réel et de la fiction, ce qui casse les préjugés actuels qui prétendent que la littérature française d’aujourd’hui est surtout composée d’écrivains égocentriques et bien trop ancrés…dans le réel.

 

Pas de polémique cette année… pour l’instant.
 

Cette année, pas de polémique autour du prix, puisque c’est l’éditeur indépendant Actes Sud qui rafle la mise. C’est la 3ème fois que la maison d’édition le gagne après l’avoir remporté en 2012 avec Le Sermon sur la chute de Rome de Jerome Ferrari et en 2004 avec Le soleil des Scorta de Laurent Gaudé.

Ce total est loin de ceux des « Galligrasseuil », un mot ironique mêlant les éditeurs Gallimard, Grasset et Seuil. En effet, le premier totalise pas moins de 36 récompenses, Grasset en compte 17 et Seuil 6.  C’est un secret de polichinelle de savoir que les maisons d’édition et les jurys ce mettent régulièrement d’accord sur le partage du marché de l’édition en France ainsi que sur l’attribution des prix littéraires.

Ce n’est pas la seule polémique autour de ces prix, une autre critique récurrente qui est faite et celle d’être passée à coté de certains grands auteurs du XXème siècle. On pourrait citer l’édition de 1932 qui a vu le prix passer sous le nez de Louis-Ferdinand Céline avec Voyage au bout de la nuit au profit de Guy Mazeline pour son roman Les Loups. Enfin, la dernière polémique concerne les juges, qui ne changent jamais... Les membres du jury ne sont pas remplacés d’année en année, ce qui fait que certains juges sont présents sans discontinuer  depuis 1995.

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