Roumanie : un incendie qui met le feu aux poudres

05/11/2015

Après l’incendie d’une discothèque qui a coûté la vie à 32 personnes vendredi dernier à Bucarest, des milliers de Roumains sont descendus dans la rue et le Premier Ministre du pays a démissionné. Rappel des faits et explications.
 

 Les Roumains ont manifesté par milliers pour se plaindre de la corruption règnant dans leur gouvernement. (Reuters)


Vendredi 30 octobre : l’incendie

Près de 400 personnes s’étaient rassemblées vendredi dernier dans la boîte de nuit Collectiv de Bucarest pour assister au concert d’un groupe de hard-rock local, Goodbye to Gravity. Pour l’occasion, les musiciens avaient prévu d’offrir un show pyrotechnique à leurs fans. Mais, dans une salle ne remplissant pas toutes les mesures de sécurité nécessaires à la bonne tenue de ce genre d’évènement, le show a tourné au drame quand le plafond et les piliers de la discothèque ont pris feu suite à une probable explosion, à en croire les témoignages recueillis par les témoins du drame. Dans un premier temps, les spectateurs pensaient qu’il s’agissait d’un effet scénique, mais ils se sont rapidement rendus compte du danger. L’unique issue de la salle de concert a alors été prise d’assaut par les centaines de personnes en panique, engendrant l’inévitable… Au total, 32 personnes ont perdu la vie et 184 ont été  blessées, dans ce qui constitue l’incendie le plus meurtrier de l’histoire de Bucarest. Le gouvernement a dans la foulée annoncé trois jours de deuil national.

Mardi 3 novembre : le peuple roumain dans la rue

L’histoire macabre aurait pu s’arrêter là. Mardi dernier, elle a pourtant pris une nouvelle tournure lorsque des dizaines de milliers de Roumains sont descendus dans les rues pour se plaindre du système politique en place dans leur pays. Les manifestants, pour la plupart trentenaires, considèrent en effet que le gouvernement a provoqué l’incendie meurtrier en autorisant l’ouverture de clubs ne respectant pas les mesures de sécurité propres à l’accueil de centaines de personnes. Ainsi, seulement deux boîtes de nuit de Bucarest possèdent des licences, les autres étant donc ouvertes illégalement. Les manifestants accusent le pouvoir de « laisser faire » de tels agissements, et, par conséquent, de mettre la vie de tous les jeunes sortant dans ces lieux non-sûrs en danger. La marche des contestataires a pris soin de passer devant certains haut-lieux de la politique roumaine, comme le ministère de l’Intérieur et le Parlement, en criant des slogans anti-gouvernementaux et en réclamant la démission du Premier Ministre Victor Ponta.

Mercredi 4 novembre : le Premier Ministre démissionne

Sous la pression du peuple et de l’opposition, le Premier Ministre était acculé. Accusé depuis plusieurs mois de mener un gouvernement laissant la part belle à la corruption, Victor Ponta  a finalement remis sa démission ce mercredi, admettant que la colère du peuple était « légitime ». Arrivé au pouvoir en 2012 après que son parti ait largement remporté les élections législatives, l’homme politique de 43 ans symbolisait les espoirs de tout un pays, qui voyait en lui une opportunité de relancer le pays dans de nombreux secteurs en difficulté. Victor Ponta n’aura au final réalisé aucune action politique espérée par son peuple, faisant même plus parler de lui pour ses remous avec la justice… Une justice dont il avait par ailleurs tenté de limiter les pouvoirs en proposant de mettre en place une immunité prolongée pour les membres du Parlement il y a deux ans, initiative qui n’a pas été votée.
Ce comportement peu digne d’une fonction de Premier Ministre a aussi coûté à Victor Ponta le poste de Président, le chef de gouvernement ayant perdu les élections de l’année dernière. Surtout, le voir démissionner une journée seulement après le début des manifestations révèle que sa position était loin d’être stable, alors même que l’opposition et une grande partie de son propre parti souhaitait sa démission depuis plusieurs semaines.
Enfin, il faut noter que la démission de Victor Ponta n’a pas calmé les ardeurs du peuple roumain, qui était toujours dans la rue mercredi en soirée. Pour une génération qui a connu la fin de l’époque Ceausescu, l’indignation est tout à fait compréhensible.

Please reload