Birmanie : Aung San Suu Kyi en route vers le pouvoir

08/11/2015

 A 70 ans, la « Lady », icone emblématique de la lutte pour la démocratie en Birmanie, a voté aux législatives du 8 Novembre pour lesquelles son parti est donné favori. Après une lutte âpre face aux généraux birmans en 1990, Aung San Suu Kyi est aux portes du pouvoir de son pays.
 

 Après une longue lutte, Aung San Suu Kyi est sur le point d'arriver au pouvoir en Birmanie.


Le parti de « Daw Suu » la ligue nationale pour la démocratie (NLD) porté par l’engouement suscité par le prix Nobel de la paix en 1991, devrait remporter les élections législatives, annoncées comme les plus libres depuis 25 ans. En dépit de la forte participation des électeurs (80%) qui croient en un gouvernement honnête dont la nature est corrélée à la dictature et aux fraudes, cette victoire n’a pas le goût de la consécration pour celle que l’on surnomme la « Lady » depuis que son nom a été banni par les généraux Birmans. Pour Aung San Suu Kyi, c’est le début d’une entreprise ardue, qui doit représenter le renouveau d’une Birmanie agitée qui n’a pas connu de cohabitation ni de quelconque alternance depuis le coup d’état des généraux en 1962. C’est dans un pays tiraillé par des troubles ethniques et religieux intenses, sans parler des conflits internes avec des rebelles armées, qu’est attendue Aung San Suu Kyi, porteuse de promesses irréalisables.

 

Au-dessus du Président?

En Birmanie, un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, mais pas de quoi faire effrayer la « Lady ». « Je dirigerai le gouvernement. Et nous aurons un président qui travaillera en accord avec la politique de la LND » a-t-elle attesté jeudi selon « Libération ». Même si pour le moment, elle ne peut exercer cette fonction du fait que la constitution birmane prohibe à tous les candidats ayant des enfants ou un conjoint d’assumer ce rôle, Aung San Suu Kyi a affirmé jeudi 5 Novembre, comme une parade à ce constat, « Je serai au-dessus du président ». Cette déclaration a fait des émules alors que pour Khin Zaw Win, directeur de l’institut de recherche « c’est le signe d’une grande présomption », toujours selon « Libération ». De ce fait, on peut également se demander qui la Lady va nommer candidat au poste de chef de l’état. Si la question de la victoire de la NLD ne se pose pas, un obstacle d’une grande envergure se dresse sur son chemin démocratique. La constitution birmane impose que 25% des sièges soient réservés à l’armée dans les deux chambres, ce qui oblige la NLD a obtenir au moins 67% des sièges. Tout comme Aung San, assassiné en 1947 avant l’indépendance dont il fut le principal initiateur, Aung San Suu Kyi est une figure emblématique du pays ce qui n’empêche pas le Myanmar de rester sur ses gardes. Une nouvelle loi vient menacer la liberté d’expression, qui semblait pourtant acquise, pour sauvegarder la « sécurité nationale ». Certains journalistes ont été emprisonnés à cause des critiques et des manifestions contre le gouvernement majoritairement composé de militaire de l’ancien régime. Ce raidissement a été renforcé par le président actuel qui a fustigé la NLD, qu’il assimile à un parti communiste.

Les prochains jours seront cruciaux pour Aung Sann Suu Kyi qui reste aux yeux des Birmans la femme qui a sacrifié sa liberté ainsi que sa famille et pour la Birmanie qui va sans nul doute basculer dans une nouvelle ère.

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