Laissez-nous tranquilles #4 : Ménard se frite avec les kebabs

01/11/2015

Le maire de Béziers Robert Ménard fait encore des siennes. Cette fois, il refuse l’ouverture de nouveaux kebabs dans le centre-ville de sa commune, sous prétexte que ce n’est pas français…

 

 Les kebabs sont la nouvelle tête de turc de Robert Ménard. (Creative Commons)



Ah, que ferait-on sans Robert Ménard ? Le fondateur de Reporters Sans Frontières ayant depuis dérivé vers l’extrême-droite a pris des mesures plutôt uniques en leur genre depuis son élection à la mairie de Béziers en mars de l’année dernière, et cette dérive pseudo-nationaliste semble loin d’être finie. Après les uniformes, la fin du linge aux fenêtres, le couvre-feu pour les jeunes, l’hommage à des membres de l’OAS, la crèche de Noël dans la mairie, les statistiques sur les musulmans et la propagande exacerbée envers les migrants dans son Journal de Béziers, l’élu se devait de frapper fort pour sa prochaine décision polémique. Il a donc cru bon de s’attaquer aux kebabs… en prenant soin de rebondir sur les propos de Nadine Morano sur la France et sa tradition judéo-chrétienne. La panoplie du super héros identitariste que représente Robert Ménard a donc gagné la fonction combo, ses fans apprécieront. Ce n’est pas le cas de tout le monde.

Kebab party

Nous l’avons déjà dit, la raison de la décision de Robert Ménard est liée à la France, ce beau pays qui selon lui ne devrait pas avoir à se coltiner plusieurs kebabs à chaque coin de rue. Selon le maire de Béziers, il y en aurait 20 dans le centre-ville. Au moins ceux-là ne devraient pas être remplacés, tout du moins à court terme. L’initiative de Robert Ménard va de pair avec une interrogation : pourquoi s’en prendre aux kebabs, et seulement à eux ? Comme d’habitude, Twitter est allé plus vite que tout le monde et les tweets se moquant de l’élu d’extrême-droite n’ont pas tardé à fuser dès l’annonce de sa décision. Revenant le plus souvent, les commentaires sur les prochaines victimes de la mairie de Béziers se sont multipliés. En effet, sur ce point, la question que nous posions plus haut est tout à fait légitime, les restaurants chinois ou les fast-foods américains ne rentrant pas non plus dans cette fameuse « tradition judéo-chrétienne » que l’extrême-droite nous fait manger à toutes les sauces (blanches) depuis plusieurs années. Il est vrai qu’au niveau de la quantité de restaurants, il y a sûrement plus de kebabs que de restaurants chinois dans les beaux-quartiers de Béziers, en tout cas si l’on en croit Robert Ménard. La raison de ce grand nombre est simple : par leur forme, les kebabs sont plus faciles à implanter car ils ne nécessitent pas de très grands emplacements, la majorité des gens privilégiant la formule « à emporter ». Toutefois, cela ne représente pas un argument suffisant pour expliquer les déclarations de Robert Ménard.

Parano ou manipulateur?

La chronologie des décisions prises par Robert Ménard, couplée à son attitude dans les médias et au contenu du journal municipal de Béziers, laissent penser que le maire dissident du Front National se fait de fausses idées sur l’importance de sa ville au niveau international. Il suffit simplement de se pencher sur une des nombreuses phrases qu’il a prononcées dans l’émission Envoyé Special de ce jeudi : « Il ne faut pas que Béziers devienne la capitale des kebabs ». Maître de la punchline franco-française, Robert Ménard pense-t-il sérieusement que, si le titre de capitale des kebabs était décerné, Béziers serait lauréat ? La ville n’apparaîtrait même pas dans les nominés ! Ces propos visent en vérité à légitimer ses décisions auprès de l’électorat qui l’a amené à la mairie l’année dernière. Le sujet musulman, directement lié aux kebabs, est une mine d’or facilement exploitable pour les maires d’extrême-droite, et Robert Ménard ne fait pas exception à la règle. Avec la photo retouchée montrant des migrants prêts à embarquer pour Béziers dans le journal de la ville, il avait déjà fait usage de cette méthode peu orthodoxe pour parvenir à ses fins, et l’AFP l’avait assigné en justice.
De par sa position extérieure au Front National, Robert Ménard possède une liberté d’action que les élus du parti de Marine Le Pen n’ont pas. En agissant de la sorte, on peut se demander si le maire de Béziers n’aurait pas une sérieuse tendance à vouloir sans cesse faire parler de lui, de toutes les manières imaginables. Démocratiquement élu, il remporte la grande majorité des procès qui sont lancés contre lui, et ne manque pas d’en profiter pour mettre en avant le « bon sens » de ses décisions. Ne manquant pas d’imagination, l’ancien militant du PS parvient en plus à fédérer la majorité des habitants de sa ville derrière lui… ce qui ne l’empêche pas de continuer sa marche vers le trône de monarque de la polémique. Cela lui laisse encore plus de quatre ans pour y parvenir, s'il n'est pas réélu... Sur leurs grills tournants, les kebabs biterrois doivent probablement lâcher quelques larmes épicées.

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