Plus vite que la musique #5 : Oxmo Puccino, la poésie du flow lent

13/11/2015

Avec La Voix Lactée, Oxmo Puccino sort un septième album représentatif de son esprit, entre poésie, problèmes quotidiens et critique voilée de certains aspects du monde qui nous entoure.

 Après une collaboration avec le trompettiste Ibrahim Maalouf, Oxmo Puccino revient dans les bacs en solo. (V. Desailly)


Oxmo Puccino est une figure historique du rap français. Sur la scène depuis plus de quinze ans, le natif de Ségou au Mali est peut-être moins incisif qu’à ses débuts, mais ce changement de cap textuel débuté il y  a dix ans est une entreprise volontaire. Deux ans après Roi sans Carrosse, un album empli de métaphores et de joie de vivre, Oxmo Puccino sort donc cette semaine un nouvel album solo, appelé sobrement La Voix Lactée.  A l’intérieur d’une pochette aux airs très rétro, les 14 morceaux du disque possèdent indéniablement la patte d’Oxmo Puccino. Tant au niveau instrumental que sur celui des textes, les 40 minutes de l’album nous transportent dans l’univers du Black Jacques Brel, et on se laisse guider dans des notes acoustiques ou bien plus funky sans résistance aucune.

De la diversité

L’album, qui connaît quelques soubresauts rythmés comme Doux or Die et 1998, est globalement marqué par des tempos lents sur lesquels la voix d’Oxmo Puccino vient se poser efficacement, notamment sur Star et Célébrité, Ton Rêve et Le Marteau et la Plume. Composé en collaboration avec Renaud Létang, ce septième album solo comporte des aspects encore jamais entendus sur une œuvre du rappeur ayant grandi dans le quartier du Danube à Paris. Oxmo rappe, Oxmo parle souvent, mais surtout, Oxmo chante. C’est la principale surprise de cet album, puisque l’artiste avait l’habitude de faire appel à des guests pour chanter ses refrains, ou bien de les enregistrer lui-même dans un style mi-parlé mi-chanté qui ne différait donc pas vraiment de ses couplets. Et à entendre les différents refrains chantés et doublés par Oxmo sur cet album, on se demande pourquoi il n’a pas commencé plus tôt. Peut-être est-ce parce qu’il ne se considérait pas encore comme un « chansonnier », fait qu’il admet de vive voix aujourd’hui. Aujourd’hui, sa chanson est plus française que jamais, ses textes jonglant avec les mots comme un poète en forme olympique. Une des séquences les plus représentatives de l’ensemble se trouve au début de Slow Life : « à cheval sur une tortue j’arrive au galop / depuis que la mort tue faut y aller mollo ».  A coup de figures de style, de paradoxes et de rimes riches, Oxmo Puccino paraît capable de traiter tous les sujets, que ce soit les déboires propres à la célébrité (Star et Célébrité), la vie d’un enfant aux parents séparés (Un week-end sur deux), le rap et l’écriture en général (Le Marteau et la Plume), un moment de communion (1998) ou bien des histoires plus abstraites dont le rappeur a l’habitude de nous gratifier dans chacune de ses œuvres musicales (A cheval sûr). En plus, la diversité des instrumentaux donnent à l’ensemble une touche personnelle, symbolisés par l’usage de la kora, un instrument d’Afrique de l’Ouest, sur Ton Rêve, par les touches new-yorkaises présentes sur Star et Célébrité ou bien encore par le côté jazzy d’Amour et Propriété. Poète ou philosophe, peut-être les deux, Pucc’ a beau évoquer le malaise d’un « mec de tess lettré » dans son album, il n’a jamais semblé aussi sûr de lui.
 

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